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généralité de vue dont un individu seul est capable, de même aussi cette force d'attention à laquelle aucun détail n échappe, et qui les saisit tous avec une égale exactitude, ne peut être le partage que d'une réunion d'hommes. » ((Æuvres, t. XV, p. 189). De là la nécessité du parlement.
Mais, déjà, à cette période, c'est la réforme sociale qui le préoceupe le plus. Le système de la propriété est la base de tout système social. Aussi écrit-il : « Z4 n y a point de changement dans l’ordre social, sans un changement dans la propriété (1). L’enthousiasme du bien public peut bien faire consentir, d’abord, aux sacrifices que ce changement commande, et c'est la première époque de toute révolution; on se repent bientôt, on s'y refuse, et c’est la seconde. Or, la résistance des propriétaires ne peut être vaincue, si les non-propriétaires ne s'arment ; et, de là, la guerre civile, les proscriptions, les. massacres. » (Œuvres, t. XV, p. 242).
Plus tard, il s’adressera, ainsi que Robert Owen, aux Mmonarques de la Sainte-Ailliance, les engageant à employer leur autorité « à accroître, le plus rapidement possible, le bonheur du pauvre ». Il implorera également la protection de Louis XVIII pour les classes industrielles. En 1817, il écrit : « L'esprit politique que les industriels ont laissé voir dès l’origine de leur
Corpofation..., celui qu'ils professent encore aujournd mms
. () «Dans tous les pays, la loi fondamentale est celle qui établit les propriétés et les dispositions pour les faire respecter ». Ces lois sont plus importantes que «la Charte », ainsi que « toutes les constitutions qui n’ont réglé qué les formes du gouvernement säns s'occuper de constituer la propriété ». (Saint-Simon, t. II, (x1x), p. 89-91). |
COMME SCIENCE DE L'ÉVOLUTION 191 d'hui et d’après lequel ils agissent, ést une combinaison où ils se proposent constamment pour but... d'éviter toute secousse politique, et par conséquent, de ñe pont changer la forme du gouvernement quelconque qui se trouve établie ». (Ibid... t. XIX, p. 167).
Saint-Simon, tout en cherchant un moyen de faire passer entre les mains de la classe des producteurs la direction de la société, tout le pouvoir politique, croit néanmoins que les gouvernements « ont intérêt à accroître l'importance politique des industriels, puisque ceux-ci sont toujours disposés à maintenir le gouvernement existant ». (Ibid,, p. 169). On ne peut, me semble-t-il, pousser plus loin l'indifférence ou l’éclectisme politique.
On a présenté, à maintes reprises, la société socialisié comme une société où tout le monde sera fonctionnäire. ll est donc curieux de constater que cest un socialiste, un apôtre de la doctrine de la transformation sociale, qui a fait la critique la plus sévère du fonctionarisme, la démonstration la plus lumineuse du mal que représente cette manifestation spéciale du parasitisme social.
« Nous supposons, écrit Saint-Simon, que la France perde subitement ses cinquarite premiers physiciens, ses cinquante prémiers chimistes, ses cinquante premiers physiologistes, ses cinquante premiers mathématiciens,ses cinquante prerniers poètes, ses cinquante premiers peintres, ses cinquante premiers sculpteurs, ses cinquante premiers musiciens, ses cinquante premiers littérateurs. » Saint-Simon énumère encore
les mécaniciens, les banquiers, les cultivateurs, les
ouvriers de tout genre, et conclut que éetle perte
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ferait de la France un corps sans âme; il faudrait au
moins la vie d’une génération pour réparer ce dé-
sastre. Supposons, au contraire, que la nation perde
Monsieur, tous les princes de ia famille royale, les ministres, les maréchaux, les cardinaux, les préfets, les juges et les dix mille propriétaires les plus
à riches vivant noblement ; en tout, trente mille per-
sonnes. Quel dommage en résultera-t-il pour le pays? Aucun. Tous seront faciles à remplacer. « Il existe un grand nombre de Français en état d’exercer les fonc-
tions de frère du roi aussi bien que Monsieur... Les
antichambres du château seront pleines de courtisans
prêts à occuper les places de grands officiers de. la:
couronne ; l’armée possède une grande quantité de militaires aussi bons capitaines que nos maréchaux
actuels. Que de commis valent nos ministres d’Etatl.….
Quant aux dix mille propriétaires vivant noblement, leurs héritiers n’auront besoin d'aucun apprentissage pour faire les honneurs de leurs salons aussi bien qu'eux » (1). Il critique sévèrement « ce monde renversé » — cette « antinomie sociale », aurait dit un marxiste de nos jours — qui a « pour principe fondamental que les pauvres doivent être généreux à l’égard des riches ». (Œuvres, t. XX, p. 24).
Saint-Simon n admet que le pouvoir des capacités, capacité scientifique, capacité industrielle. Une organisation sociale est une administration économique, nullement un pouvoir politique. Autrefois, l'homme ambitieux et actif s’attachait à dominer ses semblables : dans le système nouveau il s’eflorcera de dominer les
(1) Œuvres, t. XX, pp. 17-22.
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choses. Tel nabab anglais qui règne en despote sur des milliers d’Indous au Bengale, n’a quun rêve, c'est de retourner vivre en Angleterre où il ne Jui
sera pas vermis d'offenser le dernier matelot (4). Son P
idéal est d'être gouverné le moins possible, au meilleur marché possible 12).
Il ne s’agit pas.ici de décider si la constitution sociale proposée par Saint-Simon présentait toutes les garanties désirables d’un régime démocratique libéral, si elle ne contenait pas de germes du développement d’un mandarinat scientifique ou d’une ploutocratie industrielle. Nous ne considérons que ses tendances politiques, sa conception du gouvernement politique coercitif. Et nous sommes obligés de conclure que cette conception, tout éclectique qu'elle fût, était largement libérale, à tendance légèrement anarchiste. La subordination sociale réclamée par Saint- Simon n’a rien de politique. Elle est toute fonctionnelle, c'est-à-dire elle doit être justifiée par les exigences de la fonction industrielle que chaque membre de la société occupe dans la production.
Les disciples de Saint-Simon ont hérité de leur maître de l’éclectisme politique et, comme cela arrive souvent avec des disciples, lorsqu'il s’agit du côté faible du maitre, l’ont exagéré à plaisir. La grande transformation politique de 11789 les laisse indiffé-
(1) Œuvres, t. XIX, p. 167.
(2) Ibid., t. XX, p. 127. |
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rents. Aussi, Michel Chevalier écrit au sujet de la Révolution : a
« La réforme telle que l'entreprit la bourgeoisie, était celle que pouvaient concevoir des gens qui n'avaient ni faim, ni soif, ni froid. Celle qui reste à accomplir au profit de la démocratie doit être concue de ce point de vue : que la démocratie a froid, soif et faim, qu'elle mérite de changer de condition, qu'elle en a la volonté et, disons-le franchement, Ia puissance. » La réforme politique de la révolution dite bourgeoise ne faisait pas partie de cette « puissance »
dont parle le disciple de Saint-Simon, plus tard rédac-
teur des Débafs.
Après la Révolution de Juillet, Gustave d'Eichtal écrit : |
« Je me casse la tête à comprendre comment les journées des 28 et 29 juillet ont émancipé le peuple sans Saint-Simon. Je ne vois pas que tout cela lui ait donné une pomme de terre de plus, comme disait O’Connel » (4).
Cette dernière remarque est caractéristique pour toute la période utopique du socialisme. L'importance de la réforme économique rend les utopistes incapables de comprendre celle de la réforme politique.
Duveyrier, dans ses Lettres politiques, sollicite la protection de Louis-Philippe, auquel il conseille l'alliance avec le peuple en vue d’une politique sociale, comme autrefois Saint-Simon s'adressait à Louis X VIN.
(1) Cité par M. G. Weill (Ecole Saint-Simonienne, p. 46, 1896).
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Les Saint-Simoniens ne visent qu’à obtenir des réformes sociales du gouvernement.
Après la révolution de 1848, les Saint-Simoniens né réclament que des réformes d'ordre général (des écoles primaires pour tous, des grands travaux publics et des institutions de crédit). Enfantin demande à la seconde république à répondre immédiatement à deux questions : l'éducation des enfants et la retraite pour les vieillards. I demande aussi le rachat des chemins de fer, avec indemnité. Mais il.ne parle pas des réformes politiques. Il raille les « alchimistes » du Luxembourg. En 1847 il écrit : « Il fut un temps, quin est pas loin, où les grandes questions politiques s'appelaient liberié de la presse, libertés municipales, liberté individuelle. A une autre époque, elles s’appelaient Austerlitz, Iéna, Wagram ou Marengo ; à d'autres, c'était autour de Jansénius, ou de Luther, ou de Calvin que voltigeaient les esprits supérieurs; aujourd'hui, c'est près de Rothschild qu'il vaut voler (sans calembour), et sur les rails qu'il faut marcher, si l’on veut se mêler vraiment aux grandes affaires de ce monde. » ((#uvres, 1. XEE, p. 39.)
Les Saint-Simoniens étaient donc conséquents avec eux-mêmes en montrant une indifférence absolue vis-à-vis des changements politiques survenus à la suite du coup d'État de Napoléon IL Il y a plus. Quand Enfantin voit l'essor pris par l'industrie sous le régime impérial, il n'éprouve aueune difficulté à l'approuver : « La tribune et. la presse, écrit-1}, doivent se taire, pour un temps, afin que que le marteau retentisse seul là où parlait la poudre, afin que
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