‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 129 sur 167 · PR · texte numérisé non relu

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privilégiées avec leur intérêt humain, ou de l'intérêt présent avec celui de l'avenir. On ne combat que pour un intérêt qu'on comprend et qu'on apprécie. Herbert Spencer, qui est loin de prêcher la haine des classes, à écrit dans son /niroduction à la srience sociale un beau chapitre sur les « Préjugés de classe ». où, entre autres, il dit : « Les classes qui gouvernent et qui font travailler ont le préjugé contraire non moins accusé [que celui de la classe ouvrière]. À leur point de vue, la conduite de leurs concitoyens pauvres dans toutes ces luttes est uniformément blämable.

Une grève leur cause toujours plus ou moins d’em-

barras ; c'est pour eux preuve suffisante que la grève a tort. Une indépendance qui conduit à refuser l'ouvrage au-dessous d'un certain salaire ou à exiger une réduction du temps de travail, leur paraît chose intolérable. » Nous lisons plus loin la même idée exprimée d'une facon plus significative encore :

« Le sentiment manifesté par le riche quand il parle du pauvre, ou qu'il a affaire à lui, n’est au fond qu une forme adoucie de celui que manifestaient les propriétaires de serfs ou d’esclaves. Dans les premiers temps, on traitait les vilains comme s'ils n'étaient mis

äu monde que pour être utiles à leurs propriétaires :

de nos jours encore, l'idée tacite mais bien compréhensible des classes d'élite est que leur convenance vient en première ligne et que le bien-être des masses nest qu'une considération secondaire. On aurait bien étonné un de nos vieux thanes en lui disant que son existence en tant que propriétaire de vilains n'avait qu’une justification : c'est que la vie de ces serfs était en somme mieux protégée et moins

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misérable quesi elle ne lui eût point appartenu. Les classes dominantes actuelles ne seront pas moins surprises d'entendre que leur seule raison d'être légitime est i l'amélioration de la vie des gens du peuple, qui résulte de leur action réqulatrice. Cest cependant, préjugé de classe à part, une vérité incontestable. Au point de vue moral, la sujélion du grand nombre au petit nombre n'a jamais eu d'autre signification que de favoriser Se. le développement du bien-être dans les masses ». Ni La conception marxiste du‘socielisme au point de ; vue moral, procède d’un autre ordre de raisonnement. 2 ci Elle ne tient compte que de l'intérêt présent et ma- HP tériel des classes dominantes et en fait le pivot de sa | politique. Elle considère la classe ouvrière exclusive- | ment comme une machine à accumuler des profils. | C'est à la psychologie collective à faire la part du vrai À et du faux dans ces deux affirmations contraires des | utopistes et des marxisles. Le problème mérite toute notre attention. |

Les raisons de l'indifférence ou de l'éclectisme | politiques des socialistes de la première période (1)- : IE

(1) Nous laissons de côte Proudhon et les anarchistes dont les tendances antiautoritaires et antipolitiques sont suffisamment connues. Par leur haïne de la politique, les anarchistes

. se rattachent eux-mêmes à la période utopique du socialisme. , TRE Cette ressemblance va jusqu’à la confiance — momentanée il . est vrai — dans la puissance « révolutionnaire » des despotes | éclairés. Les chefs les plus remarquables de l'anarchie, Prou- | dhon et Bakounine, en font preuve. Après le Deux-Décembre, “ee écrit Proudhon dans La Révolution sociale démontrée par le ë

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sont multiples. Nous en indiquerons quelques-unes. C'est d'abord la réaction naturelle de toute grande idée nouvelle, qui se développe toujours en Opposition avec les idées reçues. Telle, au moins, était la loi de l’évolution des idées directrices de l'humanité, jusqu'ici. Toute idée nouvelle cherche à se faire valoir, à se donner le plus grand éclat possible. Cela

lui réussit mieux lorsqu'elle attaque l'autorité des

coup d'État les lignes suivantes : « Moi qui, dans l'histoire, ne reconnais que des gouvernements de fait, qui les répudie théoriquement tous, qui n’en voulais pour mes contemporains aucun. je ne demande pas mieux que de voir celui que je paye se modifier et marcher suivant mes Principes. Et qui ne voit déjà combien le gouvernement du Deux-Décembre, tant fort: et tant sage qu'il s'imagine d’être, a besoin que Ses adver- Saires lui montrent la route » (deuxième édition, P. 4. 1852). Plus loin : « En politique, de même qu'en économie, on ne vil que de ce que l’on est et que l’on crée: cet aphorisme est plus sûr que tous ceux de Machiavel. Que Louis-Napoléon prenne donc hardiment son titre fatal ; Qu'il arbore, à la place de la croix, l'emblème maçonnique, le niveau, l’équerre, et l’'aplomb. Que le Deux-Décembre, sortant de la fausse position que, lui a faite la tactique des partis, produise, développe, organise, et sans retard, ce principe qui doit le faire vivre, l’antichristianisme, c’est-à-dire l’antithéocratie, lanticapitalisme, l’antiféodalité : qu'il arrache à l'Église, à la vie inférieure, et qu’il crée en hommes, ces prolétaires, grande armée du suffrage universel, baptisés enfants de Dieu et de l'Église, | et qui manquent à la fois de science, de travail et de pain. Tel est son mandat. Telle est sa force. » (Ibid., p. 116).

Les réflexionsmélancoliques sur ja faiblesse des individus et la proclamation finale que « le dernier mot du socialisme est, avec le non-intérêt, le BON-gouvernement » ne change en rien le sens indiscutable du livre qui est un appel direct au triste héros du Deux-Décembre de faire la révolution sociale. Bakourine, lui aussi, se demandait au sujet d'Alexandre |: ER « émancipateur » des serfs, S'il ne faut pas le préférer à Pou-

gatcheff,une sorte de Spartacus russe,qu'il proposait pourtant souvent comme un exemple à imiter.

idées traditionnelles. Son premier succès est le plus souvent fait du scandale qu'elle provoque par sa critique impie de la vérité consacrée, et non de ges mérites propres. C’est aussi pour elle — ou mieux pour ceux qui la représentent — un moyen-‘de vaincre le misonéisme, la haine du nouveau, et l’esprit de Conservatisme et de tradition. Au succès du scandale succède celui de curiosité, qui, à son tour. provoque l'étude et la critique, ou la raillerie. Si elle correspond à la réalité des choses, ou contient une part de vérité,

son succès d'un caractère peu flatteur de la première

heure devient ensuite plus réel et durable.

Il faut ajouter encore que cette attitude absolument négative des novateurs vis-à-vis des idées reçues est pour ainsi dire leur façon de se venger de l'hostilité absolue qui accueille d'ordinaire les idées nouvelles

chez les partisans de l’ordre des choses régnant. Le !

novateur ‘est, le plus souvent, considéré par ses contemporains ou par les gens de son milieu, comme un homme qui déraisonne, comme un Maniaque ou un homme dangereux. Il n’est que naturel qu'il éprouve à leur égard les mêmes senti: ments irrévérencieux. La critique de tout ce qu'il trouve autour de lui reflète l'amertume de sa déception. C’est aussi pour le propagandiste d’une nouvelle idée une facon de s'affirmer. Pour ne pas s'effondrer Sous le poids de la haine ou de l'indifférence de son temps, il a besoin d'exagérer et la valeur de la vérité Nouvelle et la critique de l’ancien ordre des choses triomphant. Il faut que sa vérité soit grande, très 8rande pour qu’elle mérite la souffrance que le novateur endure pour elle, Il faut que ce qui existe soit

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