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QU'EST-CE QU'UNE LOI DE L'HISTOIRE

4 Il est utile de ue par dire, comment il ne

| faut pas comprendre le terme loi historique. On la con-

: fond souvent — à tort! — avec les généralisations empiriques aussi nombreuses que superficielles.

; Elles viennent au bout de la plume de tout écrivain

î politique ou même du simple ane comme par

è exemple : Ia vénalité des légisiateurs est en raison

À inverse de leur fortune personne He. Ou : la révolu-

14 tion amène le césarisme. Ces

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cable. Elle doit également établir une relation nécessaire entre deux séries des faits, relation résultant inévitablement de la nature de ces faits. Or, le légis-

lateur pauvre n’est pas nécessairement et universelle-

ment vénal. Nous connaissons, par contre, assez de riches corruptibles et avares. La révolution ne provoque pas toujours el partout une réaction violente et césarienne. Exemple : la révolution de 1783 de

l’autre côté de l'Atlantique. Et pourquoi? Parce qu'il

n'existe pas un lien Reique. un rapport de cause à effet entre la pauvreté et la vénalité, entre la révolution et le césarisme. Ge sont des généralisations empIriques, hâtives même. Ce ne sont pas des lois de

“l'histoire.

Muis pour que l'idéal de toute science : — savoir pour prévoir — se réalise, il est précisément indispensable d'obtenir des relations universelles et nécessaires. On ne peut prévoir l'avenir qu’à l’aide de véritables lois historiques, c'est-à-dire à l’aide de constatations justifiées par le passé et applicables aux cas futurs. Les généralisations empiriques, qui en sontla contrefaçon ou la caricature, ne peuvent nous servir

de guides } plus ou moins sûrs dans le labyrinthe de.la-

vie historique. Ou mieux encore, elles nous égarent. En nous indiquant inexactement la direction de l'évolution, les généralisations superficielles nous mettent dans la situation d'un voyageur auquel on a donné un

aux plan de route. Voilà pourquoi il est extrêmerent important d'établir ia notion de la loï historique qui seule peut mettre un terme à } « anarchie intellectuelle », la caractéristique de Mél actuel de la philosophie de l'histoire. Nos discussions politiques

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et sociales en subissent le contre-coup. La philosophie de l’histoire ne deviendra une science que lorsqu'abandonnant le terrain des généralisations empiriques, elle réussira à établir quelques lois imporlantes capables d'éclairer notre destin historique. L'homme ne fera lui-même son histoire, toute son histoire, que le jour où il connaîtra ses lois — s’il en existe !

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La loi historique est-elle compatible avec notre liberté? L'une n'exclut-elle pas l’autre? Bien des théoriciens le pensent. « !l n'y a qu'un moyen de mettre la fivité de la nature physique dans le monde moral, c'est de nier la liberté humaine. C'est en effet à cela qu'aboutit le système des lois générales. Ajoutezy la négation d’un gouvernement providentiel. Les astres quiraccomplissent leur course avec une régularité admirable depuis qu'ils existent, ont-ils besoin d'un guide? Dès lors l'humanité peut aussi se passer d'un éducateur. Les lois générales éliminent en dé finilive, Dieu et la liberté. » (Laurent, Philosophie de l’Histoire, p. 216.)

L'auteur de l’Aistoire de la Civilisation en Anglelerre trouve indispensable, avant de formuler ce qu'il croyait être des lois historiques, de prendre position en face du problème de libre arbitre, ce sphinx philo- Sophique qui préoccupa et préoccupe encore tant d’esprits éminents.

Pareillement à Buckle, l'historien allemand Gervi-

Mais ici un problème se pose, grave et redoutable.

Ë É ÿ À LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE

È nus croit que les lois historiques re se manifestent è # . | + | Fe qu'à travers des grandes périodes. Pour les événe- : |: ments particuliers, c'est la liberté qui l'emporte

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< (Introduction à l'Æistorre du ALX® siècle, p. 12). Dans

son /ntroduction à la Science de L'Histoire, Buchez affirme le dualisme de |’ « ordre fatal ou nécessaire » et l’ « ordre libre » dans l'histoire. Un écrivain connu en Allemagne, Otto Henne am Rhyn, se refuse, après bien d’autres, à chercher des lois historiques qui tueraient notre liberté. Presque tous les grands maîtres de la pensée humaine, — Baruch Spinosa et les matérialistes du dix-huitième siècle exceptés — n'ont pu se décider à sacrifier la liberté. La loi historique serait donc une utopie!

Quelle que soit la solution que nous donnerons au |

grand problème de la liberté, la subordination de ia philosophie de l'histoire à la solution de ce problème | est de nature à rendre la construction scientifique de *e domaine, qui intéresse l'homme au plus haut degré, incertaine et douteuse. Les discussions sans fin se rattachant à la question de libre arbitre se trouvent du coup transportées dansle domaine historique. La philosophie de Vlhistoire deviendra le champ clos des sectes philosophiques, comme le fut la métaphysique.

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Heureusement pour notre science, cette subordination est très problématique.

La loi historique n'exclut pas nécessairement la tiberté humaine. Nous crovons le pouvoir démontrer

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