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existe entre ces conditions et la vie même. Comment se fait-il que telle condition matérielle produit tel effet immatériel ? Voilà la grande question à laquelle le physiologue Du Bois-Reymond, qui n'était ni de
près ni de loin un métaphysicien, a répondu par
son 2gnorabimus. Nous ne le saurons jamais, a-t-il dit. Peut-être cette réponse est trop hardie et pré-
maturée. Peut-être nous n'avons le droit — et le
devoir — que de dire : ignoramus. Mais cela est affaire de tempérament intellectuel, de notre confiance dans la force explicative de la raison humaine
En tous les cas cette réponse d'un des plus grands
naturalistes modernes démontre l'honnêteté profond
si l’on veut nous passer cette expression.et Îa cons- P P
cience nette de la méthode scientifique. Elle ne permet
pas d'avancer rien qui ne puisse être clairement conçu et solidement prouvé. Elle ne veut tromper personne par de simples affirmations qui, pour brillantes et pompeuses qu'elles soient, ne sont néanmoins que de simples affirmations {ne reposant sur rien. Que Îles esprits intéressés et peu philosophiques crient à |e « banqueroule de la science » — qui d'ailleurs n’a jamais demandé de crédit sur ce chef — la science moderne, malgré ces clameurs, se déclare hautement et fièrement impuissante pour le moment de donner l'explication de la relation qui existe entre la matière brute et la force vivante, entre le cerveau et la pensée, entre le protoplasme et la vie. Que ses adversaires prennent leurs hallucinations subjectives pour des vérités, qu'ils osent même offrir ces « vérités »
au peuple ignorant en en faisant une marchandise à
vendre, c’est leur affaire. La science positive ne les
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{ | 240 LA PHILOSOPHIE DE L HISTOIRE 4 $ | suit pas sur Ce terrain. « Que sais-je ? » dit-elle avec El È À! Montaigne quand il s’agit de trancher la question À Ra |! capitale que les matérialistes à la Büchner croyait si 4 a facile à résoudre, celle de l'origine de la Force ou : (fi celle de l'origine de 1 Idée. | N M. Woltmann critique tout ‘particulièrement la &l théorie morale du marxisme. À proprement dire le : 1 | marxisme n ajamais prétendu en avoir aucune. Marx | :&l cherchait à expliquer l'origine des idées morales, | | | | mais il n’a rien dit sur la vaieur intrinsèque de ces 1 : idées. Sa théorie appliquée à la morale n'a qu'un ‘E caractère générique ou tout simplement historique, ! ik: nullement dogmatique. Marx ne parle que de notre è ÿ + conduite politique ou sociale, Nulle part il ne déter- A | | ; mine notre conduite individuelle, notre conduite en À LE tant qu'êtres moraux. Chaque classe — toujours éco- à it re nomique — a sa morale à elle. Chaque époque — À | Î économique aussi — a sa morale. M. Woltmann le A |! conteste. Il y a, dit-il, une morale humaine. La preuve ‘th en est que les classes elles-mêmes se constituent non FA | seulement selon leurs intérêts économiques, mais aussi t | F selon leur caractère moral. Les relations entre les clas- t te es ses relèvent aussi bien de l'intérêt que de la morale. à : { TS Au surplus, la lutte des classes n’est pas toute l'histoire. * Ho Il y a aussi lutte des races. Ces luttes sont encore plus 4 Ris terribles, plus inhumaines que celles des classes. Les É RUE re idées morales, les sentiments moraux ont leur-valeur 1. MAL 11 > historique qui va en augmentant. Il est absurde selon : À { Woltmann de vouloir ramenèër tout effort moral à une : nes raison économique. Les individus se détachent sou- ; F: vent de leurs propres classes poussés par un intérêt Ë
moral. Les marxistes n'ont jamais entrepris de
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concilier le déterminisme historique qui explique et
éclaire avec le déterminisme pratique — la morale — qui condamne et justifie. L'auteur du Capital était
personnellement pénétré profondément des idées de justice, de liberté et de dignité humaine. Tel passage de cé même Capital en porte les traces vivantes. Nous voyons souvent Marx s'abandonner tout frémissant d'indignation, oubliant son déterminisme imperson- . nel seion lequel l'individu ne fait que ce que son rôle historique lui commande. M. Woltmann y relève une contradiction. Mais que prouve cette contradiction elle-même, si contradiction il y a? Que dans Marx l’homme, le révolutionnaire prenait souvent le dessus sur le théoricien. Marx en tant que théoricien aurait mauvaise grâce à reprocher au capitaliste sa fidélité à son rôle historique aussi nécessaire, et par certains moments même aussi bienfaisant que celui de son adversaire, le prolétaire, qui d’ailleurs en le combattant ne fait que son devoir, le devoir historique correspondant à sa situation sociale et historique. | Dans sa préface du Capital, Marx se défend d'attiser les haines. Cela n'empêche que le Capital, malgré
Ses dimensions très respectables, soit le pamphlet le
plus vigoureux et le plus violent qui ait jamais été dirigé contre la société capitaliste. Le capitaliste pur
Sang n'est pas peint avec des couleurs roses. El est également traité en conséquence. Ces « contradic-
tions » — si contradictions il y a — nous mènent loin de l'idéalisme de Kant pour qui la critique de la
réalité ambiante au nom de l'idéal est la chose la plus
naturelle du monde. | Comme pour rendre la conciliation qu'il rêve encore {4
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