‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 163 sur 167 · AAA · texte numérisé non relu

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s adapte à toutes les conditions nécessaires à sa réalisation. Si elle n’est pas sortie toute armée de la réalité comme Minerve de la tête de Jupiter, il faut qu’elle soit faite pour y entrer. Il faut que le germe idéal tombe dans le terrain appropriéà son développement, à sa croissance. La réalité objective, la réalité morte, est notre champ d'action, notre arsenal, notre locus

standi, Mais elle ne contient pas notre Fo. comme .

tout le matériel de guëérre ne contient ni le plan de la campagne, n1 la victoire, qui est l'idéal du combattant et qui se réalise dans et par l’action.

Toutes les idées ne peuvent devenir des réalités. Tout idéal. social n’est pas destiné à conquérir le

monde. La réalité décide de la victoire, mais non

seulement Ia réalité objective — s’appelle-t-elle l'Absolu, comme chez Hegel, ou « Structure économique » comme chez Marx — mais aussi et surtout la réalité subjective qui s'appelle : Homme, seul facteur agissant et conscient de l'histoire. Ne cherchons pas dans la réalité objective ce qu’elle ne contient pas, ce qu'elle ne peut pas contenir par définition — l'idéal. Les hégéliens ou les néo-hégéliens dotent, sans le

vouloir, ou même sans le savoir, la réalité dite objective inanimée d'un principe métaphysique, d'une

raison, d'un esprit de suite et d’un but. Ils reviennent ainsi aux époques lointaines, préscientifiques d'animisme et de théologie. fls cherchent notre idéal dans la réalilé objective. Or, la réalité objective n’a ni besoins à satisfaire ni aspirations à réaliser. Ce sont nos besoins, que nous cherchons à mieux satisfaire : ce sont n0s aspirations à nous que nous voulons réaliser; en un mot c’est notre idéal pour lequel nous

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4 combattons. La réalité objective nous fournit nos Ee moyens de combat, mais le but vient de nous. Îla

4 fallu toute la complexité embrouillée de la dialectique hégélienne— danssa forme mystique,selon l'expression de Marx lui-même —pourfaire disparaître cette simple

: vérité dans un nuage d’abstractions plus ou moins : métaphysiques. Non, l'idéal n'est pas un prolonge- 4 ment de la réalité objective. C’est plutôt le prolonge- 4 ment de nous-mêmes, c'est notre melior pars projetée .

| dans l'avenir, développée mais non créée de toutes 22% pièces par la réalité ambiante.

| La conception exclusivement objective de l'idéal À . humain abaisse notre digaité, rapetisse notre élan à vers le sublime, vers le vrai, nous meten contradic- Le tion avéc les exigences logiques de notre raison et \ celles de notre cœur, nous fait toujours tourner la . tête. vers quelque chose d'extérieur à nous, dont nous __ü . attendons aide et appui dans nos luttes. Autant il est dangereux de s’isoler de la réalité, autant il est per- . ee nicieux de croire que la seule réalité qui existe est “0 celle qui se trouve hors de nous. L'homme, avec ses . besoins impérieux, avec ses aspirations idéologiques, ses aspirations morales, généreuses, est aussi une réalité. La justice et la vérité ne sont pas des « grues mélaphysiques », comme le dit mon ami Paul Lafargue dans une langue par trop populaire. La justice et la vérité sont des notions nécessairement abstraites, désignant les réalités que Paul Lafargueluimême ne dédaigne pas d'invoquer à la première occasion... La justice et la vérité changent dans le cours \ de l’histoire leur contenu, leur objet, mais elles ne Ne sont jamais des mots tout à fait « vides de sens » | un

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La seule qui palpite et souffre, cherche et combat. qui GA; ne 11 - lâfa: 3 1 | + saigne dans la défaite ou triomphe dans la victoire ] ’h ee ’ ; 3 «71 : ] = ; -20mMme $ agite dans le vide s’il plane au-dessus et en dehors de la réalité, dans je ne sais quel espace

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transcendental. Mais tout en S'appuyant sur la réalité il ne peut, il ne doit pas Signorer, se dédaigner . même. Mieux il se connaît, plus il est conscient de sa force et mieux il se réalise lui-même. L'homme est une réalité vivante, et comme telle il est un système de forces variables et perfectibles. C’est une réalité croissante qui progresse et se développe infiniment. il est une réalité qui pevienr. La relation entre les deux réalités, la réalité humaine et la réalité ‘des choses mortes, a été définie par ce mot admirable et profond de Kant, créateur de l’id‘alisme critiqué | « Les idées sans la réalité sont vides. La réalité sans les idées est aveugle. »

J'ajoute, pour être juste, que Souvent, trop souvent même, la « morale », dans la société actuelle, devient un piège, jouant le rôle d'une police intérieure que les classes dominantes sont intéressées à faire respecter — Surtout par les autres — dans leur intérêt de classe Trop souvent on cherche à noyer les revendications concrètes el « grossières » des classes exploitées dans l'eau trouble d’une idéologie abstraite. —

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