‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 30 sur 167 · II · texte numérisé non relu

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Pourtant, à y regarder de près, ces deux raisons ne suffisent pas pour rejeter simplement et à priori toute philosophie de l’histoire. Ni le manque de méthode, ni l’état chaotique actuel ne peuvent servir d’argument décisif contre sa possibilité. Car il n’y a pas une science, si exacte soit-elle, qui n’ait passé par un état qu’on peut appelér anarchique ou inorganique.

(1) Revue Philosophique, XXI, 1886, p. 33,

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Tout savoir humain commence par des tâtonnements. La chimie passe par l’alchimie, l'astronomie est précédée par l’astrologie, et la physique a débuté par des spéculations philosophiques pour lesquelles le physicien de notre temps n'a qu'un sourire bienveillant(1): De quel droit demanderait-on à la philosophie de l'histoire de faire exception à une règle générale? D'autant plus que cet état chaotique de la philosophie de l’histoire est justifié par le caractère extrèmement compliqué de son sujet. En effet, la philosophie de l'histoire doit être placée dans la hiérarchie des sciences, plus haut encore que la sociologie qui, selon la classification d’Auguste Comte, grâce à Sa complexité, occupe le rang le plus élevé dans cette hiérarchie. L'historien philosophe qui étudie'les conditions ou les lois du développement humain, présuppose le phénomène sociologique comme donné et connu. La

philosophie de l’histoire, comme système des con-

naissances se rattachant à l'évolution de l'homme, ne saurait donc arriver qu'après la sociologie qui n'étudie que l'organisation sociale dans ses états d'équilibre et de mouvement.

L'état déplorable où se trouve la philosophie de l'histoire s'explique également par la série de conditions historiques dans lesquelles elle se développe. Elle a pour objet les croyances les plus sacrées, les intérêts les plus impérieux.

En s'appliquant à déterminer la place que les croyances et les aspirations humaines occupent dans

(1) V, L'Histoire des Sciences Inductives, par Whewell, ch, I-IIT. |

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le développement historique, la philosophie de l'histoire prononce en quelque sorte un jugement sur leur valeur intrinsèque. Elle juge leur passé, leur état actuel et cherche à prévoir leur destinée. Mais les croyances s'opposent les unes aux autres. Les intérêts sont en lutte. Cette opposition, cette lutte, passent de la vie dans le domaine de la philosophie.

Là philosophie de l’histoire devient une arène. Elle est aussi une arme dans les mains des partis. Chacun

des partis en lutte, interprétant le passé selon son:

intérêt, y cherche une preuve pour son triomphe à l'avenir. | |

Cette lutte sera-t-elle éternelle ? Dans l’état actuel de nos connaissances, il est difficile de l’admettre.

L'idée de l’évolution, qui est l'âme même de la science

contemporaine, s'oppose d'une façon décisive à la conception pessimiste d'une lutte éternelle des intérêts et des idées. Dans tous les domaines de la science, le nombre des vérités incontestables et incontestées s'accroît. Il n’y a aucune raison pour qu’il nen soit pas de même pour les sciences se rapportant à l'homme. À mesure que l’antagonisme des intérêts élémentaires

diminuera, la lutte entre les diverses conceptions de

l’histoire perdra de son intensité et tendra à disparaître. Une philosophie de l'histoire ne nous apparaît donc pas comme une chose impossible, si on ne tient compte que des objections apportées. L'anarchie qui règne actuellement dans ce domaine nest que provi-

soire et s'explique, comme nous l'avons vu, par la

nalure imêine de toute évolution scientifique.

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| (4 $ à à COMME SCIENCE DE L'ÉVOLUTION . 37 L l Il existe pourtant une raison plus sérieuse que les N | précédentes, qui menacerait à nouveau d’ébranler ; F: notre foi dans la possibilité d une philosophie de lhis- S

toire. La voici. La nature même du phénomène historique — dit-on — rend impossible toute synthèse philosophique de l'histoire. Des philosophes, comme Schelling, Schopenhauer et Diltheÿ, ont soutenu cette

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thèse. | $

À la question : « La philosophie de l'histoire est-elle : } possible ? » Schelling répond catégoriquement : « Non, î | elle est impossible » (1). Ses raisons, les voici : L’his- | ; toire, c'est la science du passé, de ce qui est arrivé ï

î dans le temps. Elle n'a pour objet que le variable. Les | { | phénomènes naturels, c'est-à-dire les phénomènes 1 constants, réguliers, ne figurent dans l'histoire que °°}

par suite-de notre ignorance. Le chroniqueur, peu au il

courant des lois qui régissent la nature, les signale fl

dans ses annales à côté des événements historiques 1

qui frappent son imagination et celle de ses contem- l

porains. Ainsi, les mouvements des planètes ont été (k considérés comme des événements historiques tant : |

qu'on ne connaissait pas la régularité de ces mouve- fi

ments, la loi qui les gouverhe. L'histoire ne se répète fi

pas. L'événement historique n’a pas le caractère de | périodicité. Il n’est donc pas soumis à une loi cons- Li

tante qui permettrait la prévision. Le caractère même |

de l’histoire exclut la possibilité d’une synthèse philo- il

sophique. « Tout ce‘qui peut être calculé a priori —

(4} Œuvres, t. I, p. 466, édit. 1856.

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