‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 38 sur 167 · À LE · texte numérisé non relu

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aura toujours un grand risque à écrire une philosophie de l’histoire avant que la vie humaine n'ait atteint son but final sur cette terre. C’est seulement lorsque la série des mouvement tout entière sera terminée, que la connaissance complète de la vie jaillira de l'abondance de la vie même. » Comme nous sommes, selon toutes probabilités, encore assez loin du « but final » de l'humanité, la philosophie de l’histoire n'est pas près, à en croire notre auteur, de devenir une science. Mais même en faisant abstraction de ce « put final », il n'est pas douteux que ce que nous connalssons de notre histoire est infiniment peu en comparaison avec ce que-nous en ignorons. Les paléontologues comptent des centaines de mille, voire même des millions d'années, pour le séjour de l'homme sur notre globe. On affirme qu'il existait dans le bassin de la Somme il y a cent mille ans. Quelle piètre figure fait donc en face de ces chiffres notre pauvre histoire écrite, qui compte à peine quelques milliers ‘d'années, |

Or, ilest certain que notre ignorance du passé est grande, mais elle ne doit pourtant pas nous servir de prétexte pour nous déclarer impuissants à comprendre quoi que ce soit dans l'évolution des peuples. Même dans les sciences exactes, fières des progrès accomplis, le connu ne forme qu'un petit ilot dans le vaste océan de l'inconnu. Ce n'est pas une raison pour ne pas travailler continuellement à agrandir ce domaine, si petit soit-il.

Dans la grande lutte de la science contre l'ignorance, la philosophie de l'histoire a bien le droit de réclamer sa part de combat. Elle fera, dans la mesure

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du possible, reculer l’ombre de l'Inconnu dans un domaine qui, en somme, nous intéresse le plus. Car il s’agit de la destinée de l'homme. Et il peut être

imprudent, au point de vue humain, de se déclarer

impuissant et vaincu avant d'avoir sérieusement combattu pour la vérité scientifique.

En dehors de cet argument ad hominem, il y a d’autres raisons qui ne permettent pas de déclarer la cause de la philosophie de l'histoire perdue à tout jamais. Quelle que soit notre ignorance en histoire, nous en sayons assez pour comprendre ie caractère de son évolution et pour en déterminer les condi-

tions principales. En effet, nous sommes en état de

connaître suffisamment les phâses les plus importantes de cette évolution. Gé sont les phases par lesquelles les générations qui nous précèdent ont passé, Selon une loi élémentaire de toute évolution, ces phases qui sont pour nous les dernières — engendrées ét conditionnées par celles qui les précèdent — doivent résumer à elles seules les traits caractéristiques de toute la série évolutive. Cuvier ne demandait qu’un os pour reconstruire un type animal disparu. En philosophie de l'histoire, nous sommes heureusement encore plus favorisés que ce grand naturaliste. Nous possédons tout un corps de faits historiques au milieu desquels nous vivons et luttons.

Nous sommes forcément de notre époque, laquelle

résume à elle seule toutes celles qui la précèdent. Il ne nous reste qu’à la bien comprendre. Quand on

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ne connaît qu'une partie déterminée de circonférence, on n'est pas embarrassé pour en trouver le rayon et son équation analytique. Je ne doute pas de la grande utilité des travaux qui cherchent à nous éclairer sur l'enfance de l'humanité, sur la préhistoire et la protohistoire. Mais il est incontestable que les sources de l’histoire contemporaine sont autrement abondantes et sûres que celles de l’âge de la pierre. L'étude de l'histoire des trente dés iers siècles

qui comprend la période gréco-romaine et celle de

l'Europe occidentale est, me semble-t-il, plus apte à nous fixer sur la marche de notre civilisation et les conditions de son développement que tous Îles travaux paléon —. igiques, si dignes de respect qu'ils puissent êtr

On Lu. être partisan ou non de la formule du progrès donnée par Herbert Spencer, pour ne citer

que celui-ci, mais on n’a pas le droit de Îla rejeter

a priori Sous prétexte que ia préhistoire n'est pas encore saftiss amment étudiée. La philosophie de Aitéiée pourrait donc être considérée comme scientifiquement établie si elle arrivait à compaître le mouvement historique, quant à sa direction générale, à sa nature et aux principaux facteurs qui le déterminent.

Certes, les théories historiques fourmiront toujours matière à discussion : matérialistes et idéalistes ; monistes et dualistes ; optimistes et pessimistes; croyants etsceptiques ; mystiques et rationalistes ; déterministes et indéterministes, en un mot tous les partis philosophrques rivaliseront entre eux, ainsi que les diffé-

rents partis politiques, chacun désirant mettre la phi-

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