‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 83 sur 167 · LEE · texte numérisé non relu

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de toutes les forces vivantes de ce milieu. Expliquer la dynamique sociale, c’est-à-dire le mouvement historique, par le milieu social, équivaudrait à l'explication de ce même mouvement par la lumière et la chaleur solaires, si nécessaires pourtant pour toutes les formes de la vie, historiques ou non. Ce serait, en d'autres termes, prendre une simple condition pour une cause suffisante. C'est cela précisément que fait la conception historico-saciale en compromettant ainsi son caractère scientifique.

Les forces nalurelles et humaines combinées produisent le fait social, le fait historique, Il semble donc quil n'y ait pas Heu de constituer un facteur nouveau, le facteur historico-social qui se trouve, en dernier lieu, réduit aux deux autres facteurs, celui de la nature et celui de l’homme. Nous ne le croyons pas pourtant. Et cela par des raisons purement méthodologiques. On ne peut étudier avantageusement les influences de la nature sur l'homme et de l’homme lui-même sur son milieu que dans leurs manifestations. Or, ces manifestations ont essentiellement ün caractère collectif. Les effets des actions humaines et des influences naturelles se fixent et se cristallisent dâns des formes plus ou moins stables, plus ou moins durables, que l’on appelle des institutions sociales, politiques, économiques et autres. En étudiant ces institutions, nous étudions encore la nature humaine. Mais ce n’est plus sous une forme abstraite, C’est dans

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son action même que nous la saisissons. L'homme se réalise par et dans la vie sociale. Et c'est là qu'il faut aller le chercher pour le bien connaître. C'est pour connaître l'individu qu'il faut étudier les formes sociales, qu'il se crée sous la pression des besoins, des sentiments et des idées.

La philosophie naturelle est restée stérile tant qu elle se bornait à des généralités, tant qu’elle voujait embrasser d'un coup la totalité des phénomènes. L'étude comparée des institutions, ces résidus de l'action humaine, individuelle ou collective, peut devenir jusqu à un cértain point pour la philosophie de l'histoire ce que. l'expérience est pour la science de la nature. Pour bien connaître l’ouvrier, il faut étudier son œuvre

. Une autre raison justifie la place particulière du facteur historico-social. Les résultats de l'action humaine, une fois produits et accumulés, ont une ten-

dance très marquée à sé conserver. Il se produit un

fait très curieux et très peu étudié qu’on peut appeler l'inertie sociale. Bien des formes sociales persistent même après avoir perdu leur raison d’être dans les besoins et dans les opinions. Ce sont des formes

sociales mortes qu’il reste encore à enterrer. Et ce

dernier acte de la tragédie sociale ne se déroule pas sans de nombreuses difficultés. Bien des « catastrophes », qu'on appelle des révolutions, pourraient s expliquer par cette résistance des institutions qui ont en quelque sorte survécu à elles-mèmes. Ce sont des morts qu'il faut tuer. On peut naturellement réduire une partie de cette résistance, de l'inertie Sociale, aux habitudes mentales, aux influences des

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