‹ La philosophie de l'histoire comme science de l'évolutionChapitre 84 sur 167 · AE GREAT · texte numérisé non relu

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intérêts individuels en jeu, aux situations acquises menacées par des novateurs. En d’autres termes, le facteur social se réduit encore au facteur individuel. Ïien restera pourtant dans l’isertie sociale un élément dû exclusivement au fait social comme tel. Et cela nous ramène à la troisième raison qui nous force à constituer à côté de la nature et de l’homme le facteur social.

Les hommes agissant collectivement ne forment pas, comme on l'a assez souvent observé, en exagérant à volonté ce fait indiscutable, une somme arithmétique. L'action collective produit des forces nouvelles. Pour

les connaître, il faut les étudier là où elles se mani-

festent, dans le milieu social. La division du travail et ses effets multiples sont une de ces manifestations. Gest une vérité si évidente qu'il serait superflu d’y insister autrement. Cest même cette vérité qui, mal appliquée et interprétée, a provoqué chez les partisans de la conception historico-sociale les exagérations dont nous avons parlé plus haut. Ils ont fait du milieu social un facteur indépendant qui se suffit à lui-même. Ils ont oublié que sile milieu social! a des propriétés particulières. c’est parce qu'il présente une combinainaison des forces individuelles qui ne peuvent se donner

Jour que sous une forme sociale. C’est toujours l'indi-

vidu qui agit, mais en se développant et en donnant plein essor à toutes ses facultés. Le milieu social ne crée pas chez l'individu des aptitudes nouvelles, Il ne fait que les développer et les transformer. Le milieu social des Français sera nécessairement autre que celui de Botocoudos, parce que les individus composant ces deux milieux sont différents,

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Nous pouvons donc étudier l'individu dans et par son milieu social sans faire de ce dernier un être à part. En un mot, on peul ren Are. e au point de vue s0ciologiqne ce qui lui appartient de droit sans tomber

dans l'anthropomorphisme social. .

NT "i + m 4 } RSS Le » y nr 24 Nous avons examiné les trois grands courants qui

‘constituent la philosophie de l’histoire dans leurs

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fs et négatifs. Nous avons désigné à chacun le rôle qu'il peut jouer dans la conception Re ique de l’histoire. Nous avons été amenés à

connaître comme trait commun à ces trois grandes nu historiques, la tendance à lhégémonie

‘bhilosophique, à l'unification de l’histoire à l’aide E 9

d'un seul principe, emprunté soit à. la nature, soit à homme, soit à l'histoire. Nous avons vu que toutes es erreurs particulières de chaque Se résultent nécessairement de cette tendance unitaire Chaque conception Jaisse nécessairement de ‘côté toute une série de faits qui n entrent pas see ent a son principe. Chacune des trois conception trouve ainsi incomplète et unilatérale. Chacune pour-

tant est justifiée par toute une cale; gorie de faits dont personne ne peut nier l'existence. La lutte entre les trois conceptions historiques, où chacune tend à exclure l'autre, n’est done rien moins que Ja lutte pour la vérité scientifique. Leur ses s'impose non dans l'intérêt de la conciliation des oppositions qui sont comme telles irréconciliables, mais dans

celui de la vérité, Je ne puis le faire ici. Je ne puis

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qu'indiquer les causes principales qui paraissent expliquer l'existence simultanée de trois conceptions historiques en lutte. D'abord la méconnaissance de la complexité extraordinaire de la vie. historique. Méconnue par les philosophes, cette complexité existe non moins comme fait indéniable qui produit certaines conséquences. Une des conséquences consiste dans la spécialisation imposée aux historiens philosophes. Cette spécialisation rétrécit l'angle visuel de chacun. Le philosophe Hegel ne voit que l'idée dans l'histoire, l’économiste génial qui porte le nom de Marx s'attache plus particulièrement au « mode de production », tout en reconnaissant l'influence des autres facteurs ; le juriste Menger préfère le facteur juridique, le naturaliste Du Bois Reymond tient pour les sciences naturelles, Schiller voit dans l'art le principe moteur. Ces exemples peuvent être multipliés à volonté. Pas un des philosophes qui cherchent à expliquer, en dernier lieu, l'histoire à l’aide d'un seul principe n’a fait preuve de réductibilué de tous les autres facteurs au facteur préféré par lui. Ensuite, le besoin de l'unité est si pressant chez l'homme qui pense, qu'il se hâte de la réaliser sans se demander si elle est possible. Ce besoin de l'unité à donné naissance à une foule de systèmes philoso-

phiques, dont chacun, depuis celui de Thalès jusqu’à

celui de Schopenhauer ét de Hartman, a la prétention d’embrasser le tout, et d'expliquer tout ce qui se trouve sur la terre et au delà. Ce même besoin a produit des conceptions différentes de l'histoire. Après tant de vaines tentatives, on est passé en philosophie à l'étude des faits, avec l'espoir d'y trouver des élé-

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ments rationnels de l'unité. On fera dé même dans la philosophie de l'histoire. Gela est d'autant plus nécessaire qu'il est plus important pour nous de comprendre le mouvement historique — comprendre, c'est prévoir — que de l’attacher sur le lit de Procuste d'un principe unique, d'un facteur dominant.

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