III^.GEL
versel » ; — que Confiiciiis lui-mômc n'a prélcndu inspirer le respect de la tradition et des institutions établies qu'en se fondant sur cette considcration qu'elles manifestent et expriment les principes moraux que chacun peut aisément trouver au- dedans de soi-môrae ; et que le môme Confucius ne cessait de répéter que la sincérité d'esprit et la droiture de cœur sont les conditions indispensables de toute conduite vertueuse, soit au point de vue individuel, soit au point de vue domestique et social; — que c'est une doctrine profondément gravée dans les livres sacrés de la Chine, que « le ciel voit comme le peuple voit, que le ciel entend comme le peuple entend »; — que le vénéré Mencius fut un démocrate trèsavancé; — qu'en un mot la conception que la Chine se fit de l'Etat ne fut nullement celle que Hegel lui a attribuée, bien qu'elle ait été remarquablement hégélienne, et que la conception chinoise du ciel fut analogue à la conception hégélienne de l'esprit {Geist) : « Celui qui connaît sa propre nature et celle de toutes les choses connaît ce qu'est le ciel , car le ciel est, en vérité, l'essence intime et la vie de toutes les choses. » — Si le mot substantialité caractérise aussi mal la Chine, cela est vrai à bien plus forte raison pour les autres nations de l'Asie. Il ne s'applique avec aucune apparence d'exactitude à l'Inde védique; et même l'Inde brahmanique, si Ton juge de sa yie supérieure par ses productions mêmes, et non par l'exposé qu'en a donné Hegel, devrait trouver place, non dans la première, mais dans la troisième des prétendues époques de l'histoire. Enfin le mot sub^tantialiP^ ne convient nullement à la Judée, nation où la liberté, soit
SOUS les Juges, soit sous les Rois, n'était certainement pas concentrée sur une seule personne.
Au fond, le principal défaut de la philosophie de l'histoire de Ilégel vient directement de la méthode; en d'autres termes, il est dans l'importance excessive qu'il met à caractériser les nations par des mots comme substantialité, individualité, unité matérielle^ diversité matérielh, lumière, symbole, etc. Les nations ne peuvent pas être ainsi rangées et étiquetées comme les bocaux et les boîtes d'une pharmacie. Une pareille entreprise doit conduire, et ce fut le cas pour Hegel, à beaucoup de jugements étroits et injustes. Elle n'est pas cependant incompatible avec un nombre plus grand encore de jugements d'une grande profondeur et d'une grande vérité, et ceux-là abondent sans aucun doute dans l'ouvrage de Hegel. H avait une rare puissance pour se rendre maître des faits, et il est vraiment merveilleux de voir à quel point il a fait preuve de cette puissance, avec / une méthode aussi embarrassante et aussi vicieuse.
Les disciples de Hegel ont cultivé le champ de l'histoire avec autant de zèle que les autres domaines de la science. Ainsi, pour l'histoire de la philosophie , Rosenkranz \ Michelet ^ Schw^egler ^ Marbach % Lassalle \ Feuerbach (pendant le temps qu'il fut hégélien) ^, et plus encore Erd-
1. Histoire de la philosophie de Kant, 1840. — Schelling, 1843. — Vie de He'gel, 1844. — Diderot, sa vie et ses œuvres, 1866, etc.
2. Histoire des derniers systèmes de philosophie en Allemagne, 1837-38, etc.
3. Histoire de la philosophie dans ses traits essentiels, 18i8.