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iiotiis de Rousseau et de Basedow, des réforuies léclamées dans la législation crimirielh^ par Beccaria, des vérités de politique pratique proclamées par Montesquieu, et des doctrines économiques de Quesnay. Le fervent amour pour le vrai, pour la vertu, pour ses semblables, qui fut le trait dominant de son caractère, anime d'une chaleur singulièrement communicative ses Recherches sur l'organisation sociale: ses Rf'tes d'un ami des hommes, ses Ephémérides de l'humanité et tous ses autres ouvrages, mais surtout celui qui réclame ici notre attention, les deux volumes des Philosophische Muthmassungeri iiber die Geschichte des Menscheit (Conjectures philosophiques sur l'histoire de l'iiumanitéi, publiées en 1764.
Cet ouvrage a pour épigraphe ces vers de Pope : « Puisque la vie ne peut guère plus nous fournir que de jeter un regard autour de nous et de mourir, prenons librement notre essor sur cette scène de l'humanité. » Prendre librement son essor sur toute cette scène de l'humanité, voilà précisément ce que fait IseUn. L'ouvrage se divise en six livres, et chaque livre contient un grand nombre de chapitres, tous courts, quelques-uns très-courts, l'un même n'ayant que deux phrases, comme chez Montesquieu ; beaucoup de sujets sont ainsi effleurés; malheureusement, aucun n'est traité avec une profondeur et des développements suffisants. Ce n'est pas un tout élaboré avec un esprit philosophique; ce n'est pas une série de recherches logiquement enchaînées: c'est une succession extrêmement rapide de remarques, réunies par un lien assez lâche, sous un petit
nombre de chefs généraux, et portant sur ces matières infiniment variées qu'offre cette « scène de l'homme».
Le premier livre a la prétention d'exposer des considérations psychologiques sur l'homme. Ce n'est pourtant pas une analyse de l'esprit humain ramené à ses principes élémentaires et premiers, encore moins une étude de ces principes, telle qu'elle devrait être pour servir de solide base psychologique à une théorie de l'histoire. C'est simplement une suite de remarques, intéressantes et bien faites, mais nullement scientifiques, sur les aspects, les facultés, les relations de l'esprit les plus faciles à saisir. Ce livre est beaucoup plus superticiel, beaucoup moins analytique même, que la première partie de VEssai de Ferguson sur Vhistoire de la société civile^ celle qui traite des caractères généraux de la nature humaine; il a néanmoins beaucoup de rapports avec elle et peut lui être comparé avec profit.
Le second livre a pour objet l'état de nature. Par ces mots, certains philosophes ont entendu l'état le plus simple et le plus bas où puisse être un homme en restant homme; d'autres ont compris par là le meilleur état possible pour l'homme, l'état le plus conforme à l'essence de sa constitution. Ces derniers philosophes ont cru parfois qu'ils avaient réfuté les premiers, en montrant que ce qu'on affirmait de l'état de nature, pris dans le premier sens, n'était pas vrai de ce même état pris dans le second; ils ne voyaient pas que, en admettant qu'ils eussent prouvé qu'il en est ainsi, ils auraient simplement étabU ce qui n'a pas besoin de preuve et que personne n'a jamais contesté, à savoir que le pire état
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de thomme n'est pas le meilleur oh il puisse être. Ferguson, par exemple, est tombé dans cette erreur ; il suppose véritablement qu'à riiypothèse de Ilobbes sur un état de nature qui aurait été un état de guerre, auquel les boni mes ont tenté d'écbapper en se rapprocbant et en se faisant des concessions mutuelles, on adresse une objection valable quand on dit que Tétat de nature n'a jamais cessé et est aussi bien représenté par le Parisien le plus poli que par le plus grossier sauvage; Cousin et d'autres ont rappelé cette objection en Fapprouvant. Iselin mérite quelque louange pour n'être pas tombé dans cette erreur. Sans distinguer expressément les deux sens de l'expression état de nature, il les distingue virtuellement, car il admet partout et avec raison que le second sens n'a rien à voir avec ce qui fait l'objet de ses recbercbes, et que les vraies questions qu'il a à résoudre dans ce second livre sont celles-ci : Quelle est la condition la plus basse et la plus simple où l'on puisse supposer que riiomme ait vécu? Quelles sont les conditions, par ordre de succession, qu'il a dû traverser pour s'élever de cet échelon inférieur au degré de civilisation qu'il a aujourd'hui atteint? Iselin pense que l'homme n'aurait pu exister simplement avec l'usage de ses sens et la capacité de ressentir la douleur et le plaisir actuels , que même dans sa plus basse condition il dut avoir quelque prévision et quelque mémoire avec des aversions et des désirs correspondant à ces facultés, mais seulement à l'égard des choses sensibles. Dans cet état, il ne dut y avoir ni sentiment de la propriété, ni sentiment de la décence ou du devoir, ni notions générales, ni langage.
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Cet état a-t-il jamais existé réellement? On en peut douter : s'il a existé, nous ne devons pas regretter, avec Rousseau, qu'il ne soit plus, ni regarder la capacité du progrès, qui distingue l'homme de la bote, comme un don funeste, dont l'effet est de nous éloigner de la liberté et du bonheur, au lieu de nous en rapprocher. — Le second état est décrit par Iselin comme un peu supérieur à la condition purement animale ; l'homme commence à saisir des distinctions là où d'abord tout était confusion, à avoir un petit nombre de sentiments relativement fixes et durables, les premiers germes des notions générales et les faibles rudiments du langage. Iselin admet que les traits caractéristiques de cet état ne se trouvent réunis chez aucun peuple dont nous ayons entendu parler, mais il pense qu'on pourrait les rencontrer disséminés chez plusieurs, et il essaye de les déterminer et de les recueillir. Vient ensuite la phase la plus simple de la vie sociale, celle des bergers nomades, avec des notions embryonnaires de vérité et de justice, les premières impulsions de ces sentiments qui peuvent conduire à Tamour conjugal et à la régularité de la vie domestique, un langage quelque peu développé, et une plus grande somme de bonheur que celle dont leurs prédécesseurs avaient joui.
A partir de ce point, l'histoire, d'après Iselin, se divise en deux courants, et la race humaine en deux classes. La simple vie pastorale peut servir comme transition soit à la civilisalion, soit à la barbarie. Par elle-même, elle conduirait naturellement à la première; mais elle peut aussi encourager les tribus de rudes chasseurs, qui doivent se former sur les
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montagnes et dans les l'oièls, à piller, à délrnire, à asservir leurs voisins pacili()ues et plus [irospères. Par là prendra lin l'état de nature et s'établira l'état sauvage, si répandu mémo aujourd'hui. L'état de nature peut n'avoir jamais existé dans quelqu'une de ses phases; l'état sauvage ou barbare ne nous est que trop bien connu. Il faut l'étudier et le comparer avec l'état civilisé, et c'est à quoi Iselin a consacré tout son troisième livre. Son tableau des traits caractéristiques de la vie sauvage n'était pas sans mérite à l'époque où il écrivait; mais il est clair qu'au temps des Lubbock et des Quatrefages il ne peut plus nous satisfaire. La distinction entre l'état de nature et l'état de sauvage est elle-même insoutenable. •
Le second volume a tout entier pour objet la considéralion de l'état civilisé; les trois livres dont il se compose traitent respectivement de la civilisation chez les peuples de l'Orient, chez les Grecs et les Romains, et chez les nations de l'Europe moderne. La religion, les mœurs, le gouvernement, les lois, les arts, le langage, la littérature et la science, les changements qu'ont subis ces éléments, l'influence que certains grands événements ont exercée sur eux, leur action réciproque, sont examinés relativement à chacune de ces trois époques de l'histoire, l'époque orientale, l'époque classique et l'époque moderne. Toutes ces considérations sont généralement justes et intéressantes, mais rien n'est approfondi; encore moins l'ensemble présente-t-il une organisation scientifique et s'élève-t-il à la hauteur d'une philosophie. En réalité, le but qu'Iselin poursuit d'un bout à
l'autre est praliquc, non spccululil'. Ce qu'il cherche dans l'histoire, ce ne sont pas des lois scientifiques, mais des leçons morales K
Jacob-Daniel Wegelin est un nom important dans l'histoire de la science qui nous occupe. Il naquit à Saint-Gall, en 17^1. En 1765, il devint professeur d'histoire à la Royale Hitterakademie, de Berlin, archiviste et membre de l'Académie royale des sciences, et depuis cette époque jusqu'à sa mort, en 1791, il fut constamment occupé par des publications sur des sujets historiques. Frédéric le Grand le tenait en haute estime, à la fois comme homme et comme penseur, et l'appelait d'habitude le second Montesquieu. Un an après sa mort, sa biographie fut publiée à Saint-Gall, par J.-M. Fels, natif de cette ville. Il est curieux de voir combien ses titres dans le domaine de la philosophie de l'histoire sont oubliés, même en Allemagne. La seule exception que je connaisse à cette ignorance générale n'est encore que partielle. M. Rosenkranz, dans son intéressante brochure, intitulée : c( Ce que les Allemands ont fait pour la philosophie
1. Il est amusant de voir le professeur Doergens, de Heidelberg (voy. son Aristote, p. 12), parler d'Iselin coname du premier philosophe de l'histoire qui mérite d'être novimé après Orose. Lors même que nous consentirions à sacrifier Vico et Bossuet parce qu'ils se sont appuyés sur la théologie, que dirons-nous de Turgot, par exemple, qui écrivit environ un quart de siècle avant Iselin, et qui fit preuve de beaucoup plus de profondeur et de largeur de conception ? Nos bons amis les Allemands sont tout aussi suspects de faire passer leurs oies pour des cygnes, que les Français eux-mêmes, qui cependant ont la réputation d'être beaucoup plus qu'eux coutumiers du fait.
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do l'iiisloire, » brocliuie publiée en 1835, appela rallenliuii sur le mérite solide et vraiment admirable de l'ouvrage de Wegelin, relatif à la pliilosophie de l'histoire et inséré dans les Mémoires de l'Académie de Berlin ; il a traduit en allemand douze paragraphes du premier Mémoire, et les têtes de chapitres des autres paragraphes jusqu'à la fin du second Mémoire. Il déclare que, dix ans auparavant, il avait eu le projet de traduire le tout; mais, malgré cela, il supposait que ce tout ne comprend que deux mémoires, tandis qu'en réalité il y en a cinq. Il ne lait pas mention des autres ouvrages de Wegelin, dans le môme ordre d'idées. Voici tout au moins les plus importants d'entre eux : Considérations sur les principes moraux et caractéristiques des gouvernements (1760). Wegelin essaye d'y suivre le développement du gouvernement à travers ses différentes phases, depuis la plus grossière des conditions humaines jusqu'à la plus civihsée. Son but principal, dans cette tentative, c'est de découvrir, au sein de chaque constitution civile, son principe fondamental et organisateur, ce qui en est la vie et Fesprit. Malheureusement, il n'a pas, selon moi, réussi comme il le désirait. Dans le premier chapitre, il décrit Fétat sauvage ; dans le second, les constitutions civiles qui lui semblent avoir eu principalement pour bases les simples impressions ou impulsions riaturelles : par exemple, la constitution de TEgypte, fondée sur l'étonnement; celle des Babyloniens, sur l'amour du plaisir; celle des Chinois, sur le respect fi- Ual; celle des Perses, sur l'amour du sol natal. Dans le troisièmelivre, il s'occupe des constitutions qu'il regarde comme
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ayant eu pour principes des dispositions ou des réflexions morales : ainsi l'intérêt personnel pour la Phénieie, l'esprit de conquête commerciale pour Cartilage, pour les Hollandais cet amour de Fordie qui est une vertu nationale. Le quatrième livre a pour objet la religion dans ses rapports avec l'Etat, comme source des principes politiques. Il termine par l'examen particulier de quelques constitutions civiles.
Plan raisonné d'une histoire universelle et diplomatique de r Europe depuis Charlemagne jusquen Van 1740 (1769). Cet ouvrage débute par une rechercbe sur la nature de la tâche qui incombe à l'écrivain qui traite de l'histoire universelle. Il doit connaître à fond les documents originaux. Il doit juger les actes et les acteurs. Il doit employer l'analogie et l'induction , la première étant le procédé qui découvre des ressemblances entre les personnes et les événements, la seconde étant l'art de s'élever des faits particuliers à des conclusions générales. Le reste du traité est une exposition de la manière dont, selon Wegelin, les principes de la méthode historique devraient être appliqués. Plus tard, il essaya de confirmer plus complètement ces principes par des exemples, dans un savant et remarquable ouvrage en six volumes, VHistoire universelle et diplomatique de l'Europe depuis la chute de t empire romain jusqu'à Van 987, où se manifeste la préoccupation de découvrir les causes, et l'influence exercée par les événements sur le progrès des idées et le bien-être des sociétés.
Lettres sur f importables de l'histoire (Briefe ûber den Werlh