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d'une telle pliiloso[)hie; c'est simpleiiient un ouvrage sur la philosophie de l'histoire, une série déconsidérations relatives à l'histoire et à la manière de l'étudier; il ne nous laisse jamais oublier le sur qui ligure dans le titre. De plus, les réllexions qui le composent sont unies par un lien tout extérieur et nullement organique, ce qui rend impossible d'en présenter un résumé ou un abrégé aussi court qu'il le faudrait ici. Je ne puis guère qu'indiquer les principaux sujets qui s'y trouvent discutés.
Wegelin, dans les premiers paragraphes de son premier Mémoire, nous montre la philosophie comme embrassant toutes les notions universelles qui servent de liens aux objets ; il établit que les idées principales qui constituent le monde moral, et par suite Thistoire, sont celles d'assimilation et d'enchaînement, de raisons générales, particulières, individuelles, de continuité et de diversité indéflnies. de forces vives et de forces mortes ; et il distingue les notions qui se rapportent à la métaphysique de celles qui se rapportent à l'histoire, en disant que les premières sont abstraites et ont exclusivement pour objets les relations essentielles et universelles des choses, tandis que les secondes sont collectives et enferment tout ce qui contribue à déterminer et à constituer un fait ; qu'ainsi la philosophie de Thistoire, tout en étant une série de notions, est fondée sur les modifications et la succession des faits eux-mêmes.
Il traite ensuite avec un développement considérable de ce qu'il appelle Venchatnure des faits, La partie consacrée à cette discussion est peut-être la plus intéressante de l'ou-
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viage. Il est prol)al)lc i\uc personne jusqu'à lui n'a ausbi bien expiimé cette grande vérité que, sous le système des laits extérieurs et visibles , il y a toujours un système de |)rincipes intellectuels, de pensées régulatrices, qui lie, pénètre et détermine le premier; un ensemble d'idées qui sont organiquement unies entre elles, qui ne peuvent se produire et se moditier que lentement; qu^enlin ce qui constitue l'essence et la substance de l'bistoire doit être cbercbé dans la nature et le développement des idées. On ne doit guère moins admirer la manière dont il a prouvé que les cbangements qui surviennent chez une nation sont dus à l'action séparée ou combinée d'une loi d'universalité et d'une loi d'individualité, de la force de coaction de l'Etat, et de la force de réaction de la liberté personnelle qui existe dans chacun de ses membres : Tune produit ce qu'on pourrait appeler un mouvement centripète et l'autre un mouvement centrifuge, et l'exacte harmonie de tous les deux assure le mouvement composé dans un orbite régulier où nul péril n'est à craindre. Ses remarques sur les différentes sortes d'enchaînements des faits, sur les séries de diverse nature selon lesquelles on peut ranger les événements, sur l'emploi des séries dans l'histoire universelle, et sur l'influence réciproque des intérêts et des actes moraux et politiques, sont dignes de considération.
Wegelin aborde ensuite le sujet de l'analyse historique, qu'il divise, d'une manière un peu bizarre, en analyse des faits et analyse des événements, la première n'étant que la disposition par ordre chronologique de ce qui est arrivé, la
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seconde consistant à rapporter ce qui est arrivé aux principes ou raisons qui en sont les causes. Il signale les difticultés de Fanalyse historique, difficultés qui tiennent tantôt à l'abondance, tantôt au défaut des données.
Tout ce qui a été dit de renchaînemeut et de l'analyse impliquant qu'il va dans Tliistoire une partie qui comprend des principes, des raisons, des bases intellectuelles, Wegelin en arrive à traiter de ces éléments dans leur rapport avec l'agent et avec l'action. Il nous expose comment nous devons juger du caractère et de la conduite des acteurs de l'histoire, et ajoute qu'abstraction faite de cette relation, les faits historiques peuvent être rapportés soit à des raisons générales, celles qui sont communes à plusieurs séries différentes de faits ; soit à des raisons particulières , celles qui résultent de l'antagonisme entre les principes généraux et donnent naissance à des séries intermédiaires d'actions ; soit à des raisons individuelles, celles qui expriment la relation des faits à l'ensemble combiné des circonstances qui les font ce qu'ils sont. Les exemples qu'il propose de ces raisons ont sans doute plus de valeur que les définitions qu'il en donne.
Dans la conclusion de ce Mémoire, Wegelin parle de ce qu'il appelle les phénomènes de l'histoire. Il entend par là les incidents spécialement caractéristiques de l'histoire, ceux qui éclairent pour nous le passé et le présent de manière à nous en montrer le véritable esprit et la signification. Le coup d'œil qui démêle de tels phénomènes est le don distinctif de l'historien; un tableau historique consiste à les
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réunir et à les disposer. Notre auteur les considère successivement sous les dénominations de phénomènes psychologiques, moraux et politiques ; la première classe comprend ceux qui jettent du jour sur le caractère intellectuel d'un individu ou d'un peuple; la seconde embrasse ceux qui nous instruisent sur l'état des sentiments, des affections et des mœurs des hommes; la troisième est celle des phénomènes qui éclairent la constitution et les tendances d'un gouvernement. Wegelin voudrait subordonner les phénomènes psychologiques et moraux aux phénomènes politiques, parce qu'il regarde les raisons politiques de ces derniers comme les causes finales de toute l'activité intellectuelle et pratique des hommes. Il tombe ainsi dans la vieille erreur grecque et romaine qui consiste à sacrifier l'individu à l'Etat et à considérer l'éthique comme une sorte de politique. Il n'est pas nécessaire de réfuter cette théorie surannée. De ce que l'homme n'est pas fait pour vivre seul, de ce que l'Etat enferme les individus, il ne s'ensuit nullement que riiomme n'existe que pour le bien de l'Etat, et que le bien de celui-ci soit une chose plus noble et plus compréhensive que celui de l'individu. L'Etat est fait pour l'homme, non l'homme pour l'Etat. Le citoyen ne doit pas envelopper riiomme; c'est l'homme qui doit envelopper le citoyen. L'Etat exprime seulement une phase de la nature humaine. La pohtique est à tous égards subordonnée à la morale; celle-ci, dans ce qui la constitue essentiellement, est indépendante de la politique.
Le second Mémoire montre que Leibnitz a exercé une in-
fluence décisive sur Tesprit de Wegelin. Il n'est guère, en réalité, que l'application à l'histoire de deux principes que Leibnitz a rendus célèbres. Lti premier est ce que Wegelin appelle la loi de diversité indéfinie des faits historiques; ce n'est qu'une forme particulière du principe leibnitzien des indiscernables. Il n'y a pas, dit Leibnitz, deux choses au monde qui soient absolument semblables. Et spécialement, ajoute Wegelin, il n'y a pas deux faits historiques qui soient absolument semblables. Naturellement, il n'a aucune difficulté à prouver sa proposition, à montrer que les faits du monde moral diffèrent l'un de Tautre à un plus grand nombre de points de vue que ceux du monde physique. Si c'est en vain qu'on espère rencontrer deux feuilles du même arbre entièrement pareilles, à plus forte raison sera-t-elle vaine l'espérance de trouver deux actions d'un homme ou d'une nation précisément semblables. La vérité d'une telle conclusion n'est pas douteuse ; c'est sa valeur qui, je le crains, peut être légitimement contestée. Wegelin la proclame un principe fécond, en qui l'on peut avoir pleine confiance; elle ne me paraît quant à moi, du moins en ce qui concerne la science, qu'une pauvre et stérile affirmation. Elle n'expUque rien en histoire, et c'est abuser des mots que de l'appeler, comme le fait Wegelin, une loi de Thistoire. Une loi est un rapport défini entre des faits; mais dire qu'il n'y a pas deux faits d'un certain genre qui soient semblables, ce n'est certainement pas là étabhr un rapport défini entre deux faits quelconques de ce genre. Le principe des indiscernables, quelque forme qu'on lui donne et quelque application
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qu'on on fasse, devient illusoire quand on va jusqu'à le transformer en loi ou à s'en servir comme d'explication. Il n'établit de rapport défuii entre aucun groupe quelconque de deux faits; il n'explique aucun fait isolé, quel qu'il soit. Le mot principe est si général qu'on ne peut se refuser de l'appliquer à la proposition de Leibnitz ou de Wegelin; mais elle n'a pas le moindre droit à être appelée une loi.
L'autre principe énoncé par Leibnitz sous une forme générale et appliqué par Wegelin à l'histoire est celui que ce dernier appelle principe de continuité indéfinie. Ce principe non plus n'est pas une loi. Quand on a prouvé qu'il existe par rapport à quelque classe de faits, on a seulement prouvé qu'il existe une connexion entre ces faits, mais non pas cette connexion définie qui seule constitue une loi. Pourtant c'est un bien plus grand service d'établir le principe de continuité que celui de diversité; et, surtout en histoire, c'est un service qui peut être de la dernière importance. Si la continuité n'est pas une loi, elle est néanmoins une condition de la loi, une indication de la loi, une assurance que la loi finira par être découverte. Quand nous ne pouvons dégager la connexion définie qui existe entre les choses, nous pouvons encore être satisfaits avec raison d'être capables de dégager la connexion qui existe entre elles. La méthode comparative de recherche a, depuis quelque temps, entre les mains des ethnologistes, des philologues, des historiens, éclairé d'une "vive lumière ce qui était auparavant obscur dans le développement humain, en prouvant que la continuité existe là où il semblait autrefois qu'elle était inter-
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rompue; et nul homme sensé ne dédaignera ou ne dépréciera celte lumière, sous prétexte qu'elle n'est pas encore plus vive qu'elle ne Test et qu'elle nous révèle rarement la loi, mais seulement le fait d'une évolution continue. On doit donc accorder, selon moi, que ce fut un grand mérite pour Wegelin d'avoir attaché autant d'importance qu'il l'a fait à la notion de continuité dans le développement historique, à la persistance ou permanence des principes, à la lente modification des idées et des sentiments qui déterminent la forme et les actes des sociétés. Avec une incontestable profondeur de pensée, et par beaucoup d'exemples bien choisis, il a prouvé cette vérité d'une importance capitale, importance que pourront seuls mesurer ceux qui ont longtemps réfléchi sur ce sujet : à savoir qu'il y a fort peu de transitions brusques dans l'histoire des nations, des formes de gouvernement, des systèmes de rehgion, des croyances morales et des usages sociaux.
Dans la seconde partie de ce Mémoire, Wegelin partage les forces du monde moral en deux classes ou groupes : le premier, comprenant tous ces motifs et ces tendances qui portent les hommes à développer leur activité personnelle, à suivre une direction indépendante de pensée et de conduite, à innover et inventer; le second, qui embrasse toutes ces manifestations de la sympathie, du respect pour l'autorité, du sentiment de l'imitation, du besoin d'association, de l'amour de la tranquillité et du repos, qui portent les hommes à s'en tenir avec satisfaction à ce qui est déjà établi et prouvent que « c'est du fond commun qu'est fabriquée la
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nature de riiomme, et que la coutume est la nounice à laquelle il s'attache. »
Les forces du premier groupe, qui constituent les principes progressifs de l'histoire, Wegelin les rapporte au principe de diversité et les appelle les forces vives de la société; les autres principes conservateurs dans l'histoire, il les rapporte au principe de continuité et les appelle les forces mortes de la société. Ces expressions : forces vives, forces mortes, sont évidemment les plus malheureuses qu'on ait pu choisir; mais la phraséologie n'a eu sur les pensées de l'auteur qu'une faihle influence en mal, si môme elle en a eu quelqu'une; ses remarques sur les forces et les principes eux-mêmes, sur leurs modes d'action, isolée ou réciproque, sont, en somme, excellentes. Il tombe néanmoins dans une erreur radicale, car il regarde le principe de diversité et celui de continuité, et, par suite, les forces de progrès et celles de conservation , comme entièrement distincts et même tout à fait opposés. Ces principes lui semblent, pour ainsi dire, se partager nettement le monde moral, en sorte que chacune des forces de celui-ci se rapporte d'une façon déterminée et exclusive soit à l'un, soit à l'autre. C'est là, sans aucun doute, une opinion erronée. La diversité et la continuité, le progrès et l'ordre, sont si peu séparés complètement, que celui-ci est la condition de celui-là. Ils ne sont séparés et opposés que dans la pensée de ceux qui les conçoivent d'une manière exclusive et exagérée. Mais il arrive si souvent qu'on les conçoive de cette sorte, que l'erreur de Wegelin ne doit pas nous surprendre : cette erreur prévaut
encore; elle a été longtemps et généralement acceptée, au point que, pour en trouver une réfutation valable, nous devons renvoyer à des pages d'un penseur éminent de nos jours, feu J.-S. Mill : il a montré avec la plus grande force, dans son Gouvernement représentatifs que « les conditions du progrès ne sont que les conditions de l'ordre à un degré plus élevé, et que celles de la permanence ne sont que celles du progrès dans une mesure un peu plus faible. » — « Le progrès, en quelque genre que ce soit, poursuit-il, implique la permanence dans ce même genre; toutes les fois que la permanence est sacrifiée à quelque espèce particulière de progrès, un autre progrès est encore bien plus sacrifié ; et si le sacrifice ne valait pas la peine d'être fait, ce n'est pas l'intérêt de la permanence seule qui a été méconnu, mais l'intérêt général du progrès qui a été compromis. » — « Les mêmes causes sociales, dit-il encore, les mêmes croyances, les mêmes sentiments, les mêmes institutions et les mêmes pratiques sont aussi nécessaires pour empêcher la société de rétrograder que pour déterminer un nouveau pas en avant. » Le troisième Mémoire est, par son contenu, une sorte de mélange, et je me contenterai d'indiquer les principaux sujets qui y sont traités. Le premier, c'est l'histoire politique, l'histoire de l'Etat; et l'Etat est regardé comme ayant son centre d'unité et son principe de développement dans une constitution qui peut être, ou vague et indéterminée si elle résulte d'un concours fortuit de circonstances ou de peuples, ou précise et déterminée si elle est fœuvre de la sagesse législative. Dans ce dernier cas, la précision et