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politique à ses divisions. Mais il est évident que si l'idéal chrétien se réalisait, la société temporelle finirait par être l’image de la société spirituelle. Dès maintenant, la chrétienté forme une grande république; la religion, en liant les hommes par une foi commune, leur a donné des sentiments communs; de là une civilisation commune qui est une préparation à l’unité du monde.

Le christianisme est aussi entreprenant que la race germanique, nous dirions volontiers aussi aventureux. Religion universelle, il ne connaît pas les entraves, ni les barrières que créent l’isolement et la division du monde féodal. Au milieu de ces siècles de ténèbres, où le voisin semble ne pas connaître son voisin, l’esprit universel de la religion se fait jour, l’homme du Nord est en relation avec l’homme du Midi : lien des âmes, tout-puissant bien qu’invisible. L'Église est animée du même esprit d’unité que la religion. Au onzième siècle, la société civile parait s'immobiliser dans les liens de la féodalité. A la même époque, tout est vie et mouvement dans la société religieuse. L’Église se réforme. Conciles sur conciles se réunissent. Les légats du pape parcourent l’Occident; ils imposent la volonté de Rome au clergé, en prenant appui sur les peuples. La papauté parvient à constituer le pouvoir spirituel, après une lutte qui remue l’Europe jusque dans les plus obscurs villages. Organe de Dieu, elle va prendre en main le gouvernement des choses spirituelles tout ensemble et diriger les affaires de ce monde.

Nous disons que l’esprit de l’Église est aussi aventureux que celui de la féodalité. Rien de plus naturel. Ne sont-ce pas des hommes du moyen âge qui deviennent moines, abbés, évêques et papes? L’Église ne connaît ni maîtres, ni serfs; elle se recrute dans toute la chrétienté, elle fait appel à toutes les intelligences. Les serfs et les seigneurs mouraient là où ils voyaient le jour, quand l'esprit remuant de la race germanique ne les emportait pas hors du cercle borné de leur existence. Dans le sein de l'Église, le mouvement d’une immense société qui ne tient aucun compte des barrières uationales, ressemble à l’esprit d’aventurp. La vie des prélats est aussi agitée que celle des chevaliers, les solitaires ont parfois une carrière plus vagabonde que les guerriers.

A vrai dire, les moines ont tort de s’appeler solitaires ; ils sont

UNITÉ ET DIVERSITÉ

en relation avec le monde entier. Il y a divers ordres religieux, ils se constituent en congrégations qui couvrent le sol de l’Europe; les innombrables monastères qui s’élèvent partout, comme par enchantement, se rattachent à quelques centres. Quand l’impulsion était donnée par un saint personnage, le mouvement prenait une force immense. Saint Bernard commuuiqua cette vie à l’ordre de Clteaux; il possédait 500 abbayes en 1152; un siècle plus tard, il en comptait 1,300; il n’y avait pas un pays eu Europe, où il n’y eût un couvent de Citeaux. Il en résulta que les moines étaient, à la lettre, citoyens du monde. Ainsi s’explique ce fait aussi singulier que caractéristique, qu'un moine, écrivant une histoire universelle au milieu des forêts de la Normandie, connaissait mieux le nord de l’Europe que les plus illustres historiens et géographes de l’antiquité.

L’Église réalisa dans son sein l’unité la plus vaste , la plus absolue dont l’histoire fasse mention. Elle est dans la main du pape, tous les intérêts de la chrétienté se concentrent à Rome. On dirait que la domination romaine se perpétue; c’est toujours la ville éternelle qui gouverne les peuples. Les évêchés et les ordres religieux sont sous les ordres immédiats des papes; les légats, comme jadis les proconsuls, régissent les provinces de cet immense empire. De tous les pays chrétiens, des clercs et des laïques affluent à Rome ; la cour du pape est le tribunal suprême, auquel tous les plaideurs recourent. Le souverain pontife intervient dans les affaires politiques comme dans les affaires religieuses ; pour mieux dire, la religion et la politique se confondent. Il n’y a pas un grand événement de l’époque féodale auquel la papauté ne soit mêlée, elle est le centre où tout aboutit.

L’unité est aussi absolue qu’universelle. Grégoire VII ne veuj pas que les Slaves célèbrent l’office divin dans leur langue; il s’inquiète des moindres différences dans la liturgie qui séparent les Arméniens de Rome; il veut qu’ils suivent en tout ce qui se pratique dans l’Église romaine : remplacer l’huile par le beurre dans le saint chrême est à ses yeux une grave dissidence, il n’en souffre aucune. Grégoire représente la grandeur de l’unité catholique, mais aussi ses dangers. Il embrasse l’univers dans sa pensée, mais il faut que l’univers obéisse à sa pensée : c’est l’unité absolue avec sa rigueur de fer. Si l’idéal s’était réalisé, il n’y aurait plus

LE PROGRÈS DAXS L’HISTOIRE

eu une ombre de liberté, ni par conséquent de vie dans l'humanité, la doctrine qui prétendait constituer le genre humain dans l'unité l’aurait tué. Heureusement que la force manqua aux papes; ils cherchèrent un appui dans les empereurs. De là l’unité du moyen âge par le pape et l’empereur, mais l’empereur devint un rival de la papauté, et l’unité se brisa.

L’empire est un legs de l’antiquité païenne. Une idée chrétienue vint se joindre à l’idée antique. C’est la papauté qui rétablit l’empire, en posant la couronne impériale sur la tête de Charlemagne ; elle lui donne pour mission de protéger le saint-siège et l’Église. Mais, en devenant chrétien, l’empire n’abdique pas sa nature guerrière. C’est donc un mélange d’idées contraires qui forme l’empire d’Occident : il s'appelle saint , comme étant le bras armé de l’Église : il s’appelle romain, et comme tel il est un prétendant à la monarchie universelle. Ce n’est guère qu’une prétention. L’empereur n’a de pouvoir qu’en Allemagne, mais l’absence d’hérédité, et la rivalité des princes sont une cause de faiblesse irrémédiable. Il porte encore la couronne de fer, mais pour l’obtenir, il faut qu’il la conquière; chaque couronnement est une guerre, et à peine le vainqueur a-t-il passé les Alpes, que les Italiens oublient qu’ils ont un empereur. Il est aussi roi de Bourgogne, mais c’est une royauté purement nominale. Plus chimériques encore sont les États feudataires, la Pologne, la Hongrie; le Danemark, l’Angleterre et la France. L’Occident ignore qu’il a uu monarque auquel il doit obéir.

Si l’empire joue un rôle dans l’histoire, c’est comme élément de l’unité catholique. Nous l’avons déjà rencontré dans le cours de cette Étude. Le vrai souverain du moyen âge féodal, c’est le pape. Il n’y a point de seigneurie; il n’y a pas de hameau où son pouvoir ne soit reconnu. C’est, il est vrai, un pouvoir spirituel dans son principe; mais, si le pape a la suprématie spirituelle, sa souveraineté doit aussi embrasser le temporel, car la souveraineté ne se partage pas. Organe de l’Église, le pape menace de fonder une monarchie qui devait embrasser le monde entier, puisque le monde est appelé à devenir chrétien. Ici se montre la mission

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providentielle de l'empire. Les papes l’avaient rétabli pour s'en faire un appui, tandis que, dans les desseins de Dieu, l’empereur était l'ennemi né de la monarohie pontificale. Il est vrai que l’empire est vaincu, mais la papauté l’est aussi. Pourquoi, vainqueurs dans la lutte contre les empereurs, les papes ne parviennent-ils pas à établir la monarchie à laquelle ils aspirent? C'est que pendant la lutte, les États particuliers ont grandi, et ils ne veulent pas reconnaître de supérieur, pas plus le pape que l’empereur.

En définitive la guerre du sacerdoce et de l’empire aboutit à l’établissement des nationalités, tant il est vrai que les nations sont de Dieu ; ceux-là mêmes qui voudraient les absorber servent d’instruments à la providence pour les constituer. Il reste néanmoins un élément d’unité dans la société européenne ; les peuples, bien qu’indépendants, sont unis par le lien de croyances et d’idées communes : c'est le fruit de la domination de l’Église. Ainsi nous retrouvons toujours les deux principes d’unité et de diversité. L'unité absolue, même dans l’ordre spirituel, est un faux idéal, Sans doute, la vérité est une; mais les hommes, créatures imparfaites, ne la possèdent jamais tout entière, c’est une lumière dont il» n’aperçoivent qu’un rayon ; il est bon qu’elle frappe les individus et les nations d’une façon diverse, car si une même foi était acceptée par tout le genre humain, il serait infecté par cela même de l’erreur qui s’y mêle. Plus il y a d’ouvertures pour des conceptions différentes, plus y a de probabilités que la vérité se manifeste sous toutes ses faces. Il faut donc laisser aux individus et aux nations une liberté entière de chercher la vérité à leur guise. Ils se rapprocheront de plus en plus de la vérité, mais chacun par une voie qui lui est propre, et avec des modifications dans les détails qui ne préjudicient point à l’accord sur les principes.

Ce qui est vrai de l'unité spirituelle, est vrai aussi de l’unité temporelle ou politique. Le genre humain n’est destiné, ni à une séparation infinie qui serait la dissolution, ni à une unité de fer qui, tuant toute vie individuelle, amènerait également la mort. Voilà pourquoi Dieu a mis les Barbares en face de l’Église, les uns représentant l’esprit de division et de séparation, l’autre, organe de l’unité. Logiquement le régime féodal aurait abouti l'individualisme et à l’isolement, et l’Église à une monarchie universelle qui n’aurait laissé aucune place à l’élément d’individua-

LE PROGRÈS DANS L’HISIOIRE

lité, de liberté. Les deux principes coexistent, ils se modifient l’un l'autre : il ne fallait rien moins que l’individualisme féodal pour neutraliser la puissance absorbante de l’unité catholique; et sans l’unité romaine la féodalité aurait risqué de se dissiper en atomes. Grâce à leur concours providentiel, les deux éléments se développent en ce qu’ils ont de légitime, et l'humanité avance vers un idéal qui donnera satisfaction et au besoin d’unité et au besoin de diversité.

N° 6. La République européenne

La réformation brisa l'unité catholique. C’était une unité à deux têtes, le pape et l’empereur; elle était moitié religieuse, moitié politique. Les protestants mirent fin à la papauté et par cela même à l’empire. C'était une entreprise gigantesque, et cela ne se fit pas sans de longs combats. Il était impossible que les papes abdiquassent volontairement leurs superbes prétentions; ils combattirent le protestantisme pour rétablir la domination universelle de l’Église.- La guerre de Trente ans et la paix de Westphalie brisèrent définitivement l’unité chrétienne. Est-ce à dire que toute unité disparut de la chrétienté?

Les défenseurs du catholicisme le disent et le déplorent; mais c'est s’attacher aux apparences, et ne voir l’unité que là où elle a un organe extérieur, un pape ou un empereur. L'unité étant un élément de notre nature ne peut pas périr. Il y a toujours un mouvement vers l’unité, dans l’Europe moderne, mais il ne se fait plus aux dépens de l’individualité. Bien loin que la paix de Westphalie ait détruit l’unité, elle inaugure l’ère de la véritable unité, de l’unité qui se fonde sur le libre concours des nationalités. On en trouve le premier germe dans cette paix célèbre. Schiller qui a écrit l’histoire de la guerre de Trente ans, se demaude pourquoi tant de sang a été versé? pourquoi tant de cités détruites? L’illustre poète répond que cette terrible guerre a uni tous les peuples en une seule famille au sein de laquelle régnent la liberté et la paix. A première vue, c’est là une étrange illusion. La paix de West-

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phalie ne consacre certes pas la liberté, pas même la liberté religieuse. Elle abaissa la maison d’Autriche, et donna aux princes allemands une indépendance presque souveraine; mais qu’est-ce que cette demi-souveraineté de quelques princes a de commun avec la liberté? Elle établit la paix de religion, mais seulement pour l’Allemagne, encore l’empereur la repoussa-t-il avec obstination dans ses États héréditaires. Quant à la paix que la guerre de Trente ans doit avoir assurée dans le sein de la grande famille européenne, n’est-ce pas une pure chimère?

Cependant quand on porte ses regards vers l’avenir, et que l’on tient compte des idées, ori doit reconnaître que Schiller a dit vrai. Oui, la paix de Westphalie a jeté les bases d’une nouvelle unité, bien supérieure à celle du moyen âge, car elle respecte l’élément de diversité. Au moyen âge, l’unité de foi était maintenue par les bûchers, et au besoin par la guerre. C’était tuer la libre pensée, sans laquelle il n'y a pas de liberté. Les papes voulurent détruire la réformation comme ils avaient détruit les hérésies du douzième siècle, par le fer et le feu; ils succombèrent. Qui donc est vainqueur? La libre pensée, et la libre pensée est le principe delà liberté politique. En apparence, la libre pensée aboutit à l’anarchie intellectuelle; mais ce que les partisans du passé appellent anarchie est la manifestation d’un droit inhérent à la nature humaine ; l’unité qui n’en tient pas compte serait viciée dans son essence. La diversité n’empêche pas l’unité : témoin toute la création. De même la libre pensée ne sera pas un obstacle à l’harmonie des intelligences, que dis-je? la liberté seule peut la fonder.

Au moyen âge il n’y avait pas de nations, la monarchie du pape et de l’empereur excluait toute souveraineté nationale. C’était l’unité, mais une fausse unité. Après la réformation, les papes, appuyés sur la maison d’Autriche, tentèrent de rétablir l’unité catholique. Les nations résistèrent. Qui l'emporta? La maison d’Autriche fut vaincue, c’est donc le principe des nationalités qui fut vainqueur. Est-ce à dire, comme le prétendent les défenseurs du catholicisme, que la paix de Westphalie détruisit toute unité? L'unité véritable doit donner satisfaction à la souveraineté des peuples, comme à la liberté des individus. C’est cette unité qui se prépare dans l’ère moderne, à partir de la révolution religieuse du seizième siècle. Cela est si vrai que la paix de Westphalie est

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célébrée comme la base de l’ordre européen. Elle établit en effet des liens entre tous les peuples de l’Europe. Il est vrai que ces liens furent politiques plutôt que religieux; il est vrai encore qu’ils furent insuffisants pour assurer la paix ; la grande famille dont Schiller parle, continua à se déchirer par des guerres cruelles. Cela n’empêcha pas qu’en consacrant le triomphe de» nationalités sur la monarchie universelle du pape et de l'empereur, cette paix célèbre a jeté les bases de l’harmonie future des nations. Quittons un instant le terrain des faits pour celui des idées, alors nous verrons que le poète allemand a été prophète. Les idées ne sont-elles pas aussi des faits? Ce sont même les faits le plus considérables, car c’est la pensée qui régit le monde.

La république européenne que Schiller prédisait, a fait au commencement du dix-septième siècle l’objet des entretiens de Henri IV et de Sully. Nous connaissons le grand dessein de Henri IV par les Mémoires de son ministre. La république européenne devait comprendre quinze États, dont six héréditaires, six électifs ou aristocratiques, et trois républiques. Ces États restaient souverains, pour leurs intérêts particuliers; leurs intérêts communs se réglaient par un conseil général, composé de soixante députés, espèce de parlement, dont les membres étaient nommés par chacun des Étals, en proportion de son importance politique. Il avait pour mission principale de prévenir les guerres et le despotisme; il devait veiller notamment à ce que la tolérance des trois confessions chrétiennes mît fin aux guerres de religion.

Est-ce que la république européenne de Henri IV est une chimère? Au dix-septième siècle c’était une utopie. Mais un grand poète a dit que l’utopie est l’idéal à distance. Rien de plus vrai que ce mot de Lamartine, quand l’utopie est en harmonie avec les lois de la nature. Nous n’entendons pas justifier dans les détails le projet de Henri IV, mais nous disons que les principes sur lesquels il repose sont de beaucoup supérieurs à l’unité catholique. Les papes repoussaient la tolérance comme un crime; Henri IV l’accordait aux catholiques, aux calvinistes et aux luthériens.

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Chose remarquable! Les faits ont dépassé l’utopie du dix-septième siècle : la liberté religieuse et la liberté de pensée sont reconnues aujourd'hui comme des droits dont l’homme ne peut être dépouillé, parce qu’ils tiennent à sa nature. L’unité catholique sacrifiait les nationalités. Henri IY et Sully les respectent comme établies par la nature; ils rétablissent la Hongrie, la Bohême, l’Italie dans leurs droits, mais ils veulent que les nations forment une société humaine. Nous laissons de côté l’organisation que Henri IV propose pour cette société ; si l'on s’en tient à l’idée, qui oserait dire que c’est une utopie irréalisable? Elle tend à donner satisfaction aux deux principes d’unité et de diversité que Dieu lui-même a déposés dans le genre humain, comme dans toute la création. C’est donc à tort que les historiens ont repoussé la république européenne, comme une idée indigne de Henri IV et de son grand ministre : elle sera un jour considérée comme leur titre de gloire.

Au dix-huitième siècle, ces idées reçurent un nouveau développement. Montesquieu formula les principes sur lesquels repose l’idée de confédération ; il le fit avec la netteté qui caractérise l’esprit français : « Cette forme de gouvernement, dit-il, est une convention par laquelle plusieurs corps politiques consentent à devenir citoyens d’un État plus grand qu’ils veulent former. C’est une société de sociétés qui en font une nouvelle qui peut s’agrandir par de nouveaux associés qui se sont unis. » L'auteur de l 'Esprit des lois marque parfaitement les avantages du gouvernement fédératif : « Composé de petites républiques, il jouit de la bonté intérieure de chacune; et, à l’égard du dehors, il a, par la force de l’association, tous les avantages des grandes monarchies. » Turgot, un des grands penseurs du dix-huitième siècle, si fertile en génies, rechercha les lois qui devaient régir les confédérations, en entrant dans les détails. Ici les difficultés se présentaient en foule : contentons-nous de dire qu’il voulait concilier l’indépendance des petits États avec leur sûreté extérieure. Ce n’était plus une utopie; l’idée avarit pris corps dans une république dont les premiers pas annonçaient déjà la future grandeur. Turgot s'inspira de la constitution que (es États-Unis allaient se donner. C’est dire qu’il n'oublia pas la liberté. Les termes du problème étaient très bien posés : l'unité devait donner la force, la diversité devait assurer la liberté des individus et l’indépendance des peuples

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fédérés. Ces idées ne lui étaient pas particulières, il était l’organe des sentiments qui régnaient dans l’école des économistes.

Le dix-huitième siècle est essentiellement cosmopolite. Il y a un écueil dans celte tendance; elle néglige la patrie, la nationalité, et menace de se perdre dans le panthéisme politique. La philosophie n’échappa pas à ce danger. C’est en Allemagne que le cosmopolitisme prit surtout cette couleur. Les Allemands ont à un si haut degré le sentiment de la personnalité, qu’ils semblent ne pas éprouver le besoin- de se rattacher à une société particulière; l’individu et l’humanité leur suffisent; on dirait que le sentiment de la patrie leur manque. Lessing avoue qu’il n’a aucune idée de l’amour de la patrie; le patriotisme lui parait être un défaut, une faiblesse. C'est dans cet esprit qu’il écrivit ses dialogues sur la maçonnerie. Il dit que la réunion des hommes en sociétés, tout en unissant les individus, est devenue une nouvelle cause de division. En effet, chacune de ces sociétés particulières a son intérêt à part. Il est impossible que ces intérêts divers ne viennent pas en collision. Qu’en résulte-t-il? C’est que le lien que la nature- a établi entre les hommes est détruit. L’Allemand ne voit plus un frère dans le Français, mais un ennemi, et les Anglais et les Français se détestent tout aussi cordialement. Voilà le mal. Quel est le remède? Une société du genre humain.

Le cosmopolitisme exagéré trouva un rude adversaire dans Rousseau. Il a une médiocre estime pour la philanthropie qui embrasse tout le genre humain : « Défiez-vous, dit-il, de ces cosmopolites qui aiment les Tartares pour se dispenser d’aimer leurs voisins. » Jean Jacques n’admet pas que l’on puisse être patriote tout ensemble et cosmopolite ; ne pouvant concilier les deux sentiments, il donne la préférence à celui qui lui paraît le plus naturel et le plus utile à l’État. « Il est certain, dit-il, que les plus grands prodiges de vertu ont été accomplis par l'amour de la patrie. » Voilà pourquoi Rousseau exalte les Grecs et les Romains aux dépens des peuples modernes : « Quand on lit l’histoire ancienne, dit-il, on se croit transporté dans un autre univers et parmi d’autres êtres. » Rousseau, de son côté, exagère et il se fait illusion sur le patriotisme de Sparte et de Rome. Si on laisse de côté la fiction, on se convaincra que la vertu qu’il célèbre fut le principe de la décadence de l’antiquité. En limitant toutes les

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affections de l’homme à sa patrie, les législateurs donnaient une leçon d’égoïsme dont les citoyens ne profitèrent que trop bien. Les descendants des Léonidas furent des propriétaires égoïstes qui ne songeaient qu’à accumuler des biens pour se procurer toutes, les jouissances de la vie. A Rome, les vices de l'ancien monde prirent un développement gigantesque. L’antiquité finit par périr sous l’influence de cette passion dissolvante qui, après avoir tout rapporté à la patrie, rapporta tout à l’individu.

La philosophie prépara la Révolution, fl faut donc nous attendre à trouver dans le mouvement de 89 le cosmopolitisme du dixhuitième siècle avec ses écueils. La Révolution n’est pas, comme on l’a dit, une révolution gauloise, elle s’adresse à toute l’humanité. De là la guerre de propagande. Elle ne suffit point aux ardents démocrates qui rêvaient une république universelle ; ils se sentaient à l'étroit dans les limites de la France, bien que libre et républicaine; il leur fallait l’univers entier pour patrie. Chose remarquable! c'est un Allemand, membre de la Convention, le baron Anacharsis Clootz, qui se fit l’organe de ces vœux désordonnés. Nous avons dit que le cosmopolitisme qui nie la patrie procède du panthéisme qui nie Dieu. Chez l 'orateur du genre humain cette filiation est évidente. Anacharsis Clootz niait un Dieu créateur; l'univers, selon lui, n’est pas un ouvrage, c’est l’être universel. Dans cette doctrine, il n’y a plus d’êtres particuliers, individuels. Ne reconnaissant pas de personnalité à l’homme, comment en aurait-il reconnu aux nations? Clootz niait l'idée de nationalité : « La nature ne connaît qu'une seule nation. » Quelle est cette nation unique qui seule a une réalité? C'est le genre humain, c’est à dire l’être universel. Donc il ne floit y avoir qu’une seule république, celle des hommes, et une seule souveraineté, celle du genre humain.

C’est au nom de la liberté que Clootz prêchait la république universelle. Singulière illusion! Qu’est-ce que la liberté, sinon les droits de l'individualité humaine, et qu’est-ce que ces droits deviennent dans une doctrine qui nie toute existence individuelle? Vainement l’orateur du genre humain proclamait-il la souveraineté

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des hommes, la puissance souveraine doit prendre un corps, s'appeler comité de salut public, consul ou empereur. Elle doit finir par se concentrer dans un chef militaire, car Clootz prêchait la guerre comme moyen d’arriver à la république universelle, et il n’y en a pas d'autre. Que l’on imagine ce que deviendra la liberté sous nn conquérant, comme Napoléon ! Est-ce que la paix et l’harmonie seraient mieux garanties que la liberté? La paix est la seule raison que l’on puisse invoquer pour colorer le rêve d’une république universelle. S’est l’amour de la paix qui a inspiré le Dante ; et Anacharsis Clootz dit aussi : « C’est bien assez de l’égoïsme des individus, sans qu’on affaiblisse le lien social par l’égoïsme des nations. » La paix est sans doute un grand bien, mais ce n’est pas le but, c’est un moyen ; le but c’est le libre développement des familles humaines; or, le but ne dojl pas être sacrifié au moyen.

Les républicains de 93, presque tous imbus du patriotisme antique, tel que Rousseau l’avait prêché, ne comprenaient rien au panthéisme humanitaire de Clootz. Robespierre le fit exclure des jacobins : ce fut le premier pas vers l’échafaud. La Révolution répudiait donc la république universelle. Elle ne renonça jamais à l’espoir de voir la liberté se répandre dans le monde entier ; mais la France n’entendait pas absorber le genre humain, ni être absorbée par lui. Les plus ardents révolutionnaires maintinrent l’idée de nationalité. «On ne peut pas plus, dit Camille Desmoulins, réduire tous les peuples à un seul gouvernement que toutes les langues à une seule. Sans doute, tous les hommes sont frères entre • eux ; à ne considérer que leur origine et leur destination, ils ne forment qu’une seule et unique famille. Mais en s'étendant les Ramilles se divisent, et finissent par former des nations diverses de langue, de génie, de mœurs. La nature elle-même le veut ainsi, puisqu’elle crée des climats divers et par suite des habitudes diverses. »'

Camille Desmoulins considère la république universelle comme un idéal qui dépasse les limites de l'imperfection humaine : c’est faire trop d'honneur à cette fausse utopie. Ce que l'on regarde comme un idéal ne serait rien moins que la mort de l’humanité. Quel est le but de notre existence? N’est-ce pas le développement le plus complet de nos facultés dans leur variété infinie? Or, ce développement n’est possible que si le monde politique et social

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offre un spectacle varié qui éveille des sentiments et des idées différentes. Si tous les hommes parlaient la même langue, si tous avaient les mêmes pensées, la riche variété que le Créateur a répandue dans son œuvre ferait place à une tuante uniformité, et , l’uniformité conduirait inévitablement à la médiocrité dont nous voyons l’image dans un ordre fameux. La société des jésuites est une république universelle, elle n’a qu’une âme qui anime mille corps; mais ces corps n'ont qu'une vie factice : ce sont des cadavres vivants, une horrible monstruosité.

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Cependant l'unité absolue a séduit de grandes intelligences. Nous trouvons cette idée chez .un écrivain qui, après avoir joué un grand rôle dans la réaction ultramontaine, s’est jeté dans le parti démocratique, mais en conservant les sentiments qu’il avait puisés dans le catholicisme. La Mcnnais est catholique, quand il parle de l’unité : on croirait entendre saint Thomas ou quelque grand docteur du moyen âge. « Toutes les fractions du genre humain, dit-il, gravitent vers une grande unité, qui se constituera tôt ou tard, parce qu’elle est le terme de ses efforts et l’accomplissement de ses destinées terrestres. » Cela est vrai, mais il y a un autre élément dans la nature; qu'est-ce que La Mennais fait de la diversité, du principe de nationalité? Il en parle avec une espèce de dédain. Ce serait violer, d’après lui, l’ordre providentiel que de s’enclore dans l’enceinte étroite des vieilles nationalités, dans un patriotisme exclusif, qui n’est que l’égoïsme de peuple à peuple (1). Nous souscrivons à tout ee que La Mennais dit contre l’égoïsme national. Mais l’individualité est-elle nécessairement l'égoïsme? Il y a une marque de cette individualité qui est tout aussi providentielle que l’unité du genre humain. Aussi haut que remontent nos traditions historiques, nous voyons les peuples divisés par les langues qu’ils parlent. D'où vient que des nations qui appartiennent à la même race, et à la même branche d’une même race, parlent des langues différentes ? Quand on recherche l’origine des choses, on aboutit toujours à Dieu. Toutes les causes que l’on

(I) Lamennais, Politique à l'usage du -peuple. (Œuvres, t. IX, pag. *7.)

LE PROGRÈS DANS L’HISTOIRE

assigne à cette diversité de langage ne sont que secondaires, toutes conduisent à un fait primitif de création. La Mennais reconnaît que la diversité des langues a été un principe de développement, un élément de perfection; mais l’idée d’unité le domine à ce point qu’il ajoute que le développement des facultés humaines réduira progressivement le nombre des idiomes divers, par la formation de plus vastes unités sociales, unités qui ellesmêmes se fondront un jour dans l’unité du genre humain, dont l'unité de langue sera une conséquence (1). Que deviendront alors ces nuances de pensées, de sentiments, d’images, qui n’ont d'expression possible, d’expression exacte et complète qu’en un seul idiome? La Mennais avoue qu'aucun poète, aucun orateur, aucun grand poète n’est traduisible. Quand donc il n'existera qu'une langue sur la terre, que de richesses perdues! La perfection de l’homme consisterait-elle à s'appauvrir?

L’unité absolue est une idée catholique ; bien loin d’être l’idéal de l’humanité, elle méconnaît un élément essentiel de la nature humaine, la diversité. Il y a donc deux principes qu'il faut concilier, si l’on ne veut pas mutiler la création. Comment se fera cette conciliation? Comment harmoniser deux principes qui semblent s'exclure l’un l’autre? Nous ne croyons pas qu’il y ait une opposition inviucible entre le principe d’unité et le principe de diversité, et qu’il faille sacrifier l’un à l’autre : le spectacle de la nature nous montre partout l’unité au milieu de la plus riche diversité. Pour le moment les deux principes se développent simultané-, ment. Il y a un mouvement de nationalité, qui est trop retentissant pour qu’on puisse le nier. Il y a en même temps un mouvement d'unité tout aussi incontestable. La seule question qui reste à débattre est celle de la forme que prendra l’unité humaine, si elle veut, comme elle le doit, respecter le principe de nationalité.

Les termes dans lesquels nous posons le problème, excluent la monarchie universelle ou la république universelle qui nie l’idée de nationalité, ainsi que toute existence individuelle. C'est l’erreur du panthéisme ; nous l’écartons, parce qu’elle heurte évidemment les faits. Comment nier qu'il y ait un élément individuel dans notre nature, alors que la civilisation moderne repose sur

:l) Lamennais, Esquisse d'une philosophie, t. tl, pag. Ï26.

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le principe des droits de l’individu, droits qu’il tient de la nature, c’est à dire de Dieu? Or, dès que l’individualité humaine est reconnue, l’individualité nationale doit l'être aussi, puisque les nations ont leur principe en Dieu aussi bien que les hommes. Ce rapport entre les nations et les individus nous met sur la voie d’un autre système qui donne satisfaction au besoin. d’unité et au besoin de diversité.

Quel est le but que Dieu a assigné à l’espèce humaine? C'est le développement le plus complet des facultés dont il l’a douée. Ce travail est évidemment une œuvre individuelle : c’est l’individu qui se perfectionne, c’est donc le perfectionnement de l’individu qui est le but. On pourrait croire qu’à ce titre il ne doit y avoir que des individus, dont les efforts suffisent pour l’accomplissement de leur destinée. Mais Dieu ne l’a pas voulu ainsi, puisqu’il a aussi créé des individualités nationales. Il y a donc les nations et les individus. Chaque individu se rattache à une nation, et ne se conçoit que comme membre d’une nation. Ce lien est à certains égards un lien de subordination, mais qui ne va pas jusqu’à absorber l’individu dans la société dont il fait partie. Il y a une part dans notre existence qui nous reste propre, il y a un domaine dans lequel l’individu est souverain. La société, loin d’anéantir cette individualité, a pour objet de la sauvegarder, de lui ouvrir un champ libre pour s’y déployer à son aise. C’est en ce sens que nous disons que l’individu est le but et que l’État est le mioyen.

Ce qui est vrai de l’individu dans ses rapports avec la société, ne serait-il pas vrai des nations dans leur rapport avec l’humanité? A première vue, on serait tenté de croire que la similitude est parfaite. Les nations sont des individus, douées comme eux de facultés spéciales, ayant comme eux leur mission. Si les individus doivent vivre en état de société pour remplir leur destinée, n’en doit-il pas être de même des nations? N’y a-t-il pas une société du genre humai û dont tous les peuples font partie? Et cette société ne doit-elle pas recevoir une organisation analogue à celle des sociétés particulières, que nous appelons États? Chaque nation forme un État; donc toutes les nations réunies doivent former un Étal qui comprendra l'humanité entière.

Un philosophe dont l’école a l’ambition de formuler la doctrine

LE PROGRÈS PANS L’HISTOIRE

définitive sur Dieu et sur l’homme, Krause a le premier, croyonsnous, développé cette idée dans son Idéal de r humanité (l). Depuis lors, la théorie d’un État humain a gagné; les publicistes s’en sont emparés, et parmi eux un esprit éminent, Bluntschli, professeur à Heidelberg (2). Il faut rendre une justice aux écrivains allemands, c’est que leur système n’a rien de commun avec la monarchie ou la république universelle, telle que l’entendaient le Dante ou les révolutionnaires de 93. Ils maintiennent les droits de l’individu en face de l’État, parce que ces droits sont inhérents à sa nature. Par la même raison, ils n’absorbent pas les nations dans l'humanité; ils admettent que les nations ont leurs facultés et leur mission comme les individus, qu’elles ont donc droit à une existence individuelle. Mais l’individualité humaine empêche-t-elle la constitution des nations en Étals? De même les individualités nationales seront respectées, garanties même, par leur réunion en un État humain. L’État humain n’absorbera pas plus les nations, que l’État national n'absorbe les individus. On donne ainsi satisfaction aux deux principes d'unité et de diversité.

Nous sommes d’accord avec les écrivains allemands sur la nécessité d’une certaine unité dans la vie de l'espèce humaine. Mais faut-il que cette unité soit légale, ou l’unité morale suffit-elle? La question est prématurée, en ce sens que le temps n’est pas venu de lui donner une solution. Comment déterminer les lois qui régiront les nations, alors que ces nations n’existent pas encore? C’est seulement quand le travail de la formation des nations sera achevé, que l’on pourra examiner sérieusement les lois qui doivent régir leurs rapports. Toutefois, la question étant soulevée depuis Henri IV, il faut y donner une réponse. Notre conviction est que l’unité morale suffit pour l’humanité. Nous entendons par là des relations de plus en plus intimes entre les peuples, relations qui seront réglées par voie d’association, c’est à dire par un concours libre de consentement, mais non par voie de subordination légale.

Il faut partir, nous semble-t-il, de ce principe que le dévelop-

(t) Krause, lias Urtiilil lier Hcnschbeit.

(S) Bluntschli, Allgrmeincs Slaalsm-bl (3' rdition, (863), 1. t, pag. A3 et suiv.

USITÉ UT niVERSITÉ.

pement de l’individu est le but, que l'unité, de quelque nature qu’elle soit, est le moyen. Or, les moyens ne Sont légitimes que s’ils sont nécessaires pour atteindre le but. La question se réduit donc à savoir si l’union de toute l’humanité en un seul État est une nécessité pour l’homme : ne peut-il développer ses facultés que dans un État universel? Nous disons un État, et non une société. Dès maintenant la société du genre humain existe, et elle prend tous les jours une plus grande extension. Mais est-il nécessaire que cette société ait une forme légale, comme l’État dans lequel vivent les individus? Sortons du vague de la théorie, et cherchons les raisons qui rendent l’État nécessaire pour les individus. Il y a une première nécessité, sur laquelle il est inutile d'insister, tant elle est évidente, c’est le maintien du droit, de l’ordre public. Eh bien, nous le demandons, ce but n’est-il pas suffisamment atteint par la constitution des États particuliers? Il y a certes des imperfections dans la distribution de la justice sociale, mais ces imperfections disparaîtront par le progrès naturel qui s’accomplit au sein de chaque État; et si les limites des États y apportent des obstacles, il suffira de conventions internationales pour remédier au mal.

On invoque une autre raison en faveur de l’État humain, et en apparence elle est décisive. Les nations sont de Dieu, disons-nous, elles sont nécessaires au développement de l'individu. Dès lors l’humanité ne doit-elle pas être organisée de manière à sauvegarder les individualités nationales? Et faut-il ajouter que dans l'état actuel de désorganisation, les nations n’ont aucune garantie de leur existence? Faut-il rappeler le meurtre de la Pologne? Tandis que si les peuples étaient unis par un lien légal, leur existence serait plus assurée que celle des individus. Il y aura toujours des crimes individuels, mais les crimes sociaux deviendraient impossibles, si l’humanité était organisée de façon à donner à chaque nation une place dans cette grande société. S’il n’y avait d’autre moyen de garantir l’existence des nations que la formation d’un Étal universel, il n’y aurait pas 5 hésiter. Mais est-il vrai que, même dans l'état actuel des choses, l’indépendance des peuples soit à la merci de la force brutale? On cite le meurtre de la Pologne. On oublie que ce sont des rois et des impératrices qui l’ont commis. Le crime eût été impossible si les nations

LF. PROGRÈS DANS l'hJSTOIRE.

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