LA FÉODALITÉ EN ORIEIIT
Oui, V Histoire des Perses est bien un roman aussi capricieux et peu cohérent dans le détail que hasardeux par son inspiration fondamentale, on pourrait dire par son leitmotiv^ pour emprunter un terme technique cher au fondateur de la renommée de Gobineau, Richard Wagner. Ce thème est Tincessante assimilation de la constitution iranienne antique à l'organisation féodale du moyen âge germanique. Sans doute, tout n'est pas illusion dans ce rapprochement inattendu (3),
(î) T. II, p. 4W.
(3) Renan le reprenait quelques années plus tard dans ton étude sur le Shanameh (Mélanges d'histoire et de voyaget). « L'ancienne Perse... res- •emblait singulièrement à notre époque carlovingienne. ■ De tout temps une classe de dikhan, restes d'une noblesse féodale, conserva les souvenirs, le génie de la Perse et son antique idiome. Une véritable réaction persane se produisit encore sous les Sassanides et les Gaznévides, vert le onzième siècle de notre ère, et produisit le poème de Ferdousy, qui n'est pas un Arabe, conclut Kenan, mais « un des nôtres*, témoignant de la persistance obstinée du génie indo-européen au travers des plus tristes aventures de l'histoire asiatique.
Il faut observer ici que bien des traits que Renan signale comme indo-européens dans le poète du Shanameh sont antiarabes à ses yeux, sans doute, mais non antisémitiques à la façon de Gobineau. Et l'on ne peut s'empêcher de soupçonner, dans ces lignes un peu excessives, une influence cachée de V Histoire des
car une réelle quoique lointaine parenté de race et surtout des conditions d'existence analogues en justifient plus d'une fois les tendances générales. L'esprit allemand ressentit peut-être quelque intuition de ce cousinage, puisqu'on l'a vu, vers le temps du romantisme, se délecter aux arômes enivrants de la poésie orientale (1), qui inspira à Gœthe quelques-uns de ses plus délicats morceaux; à moins qu'on ne préfère apercevoir dans cet engouement une preuve de ce fait d'expérience que les contrastes s'attii^ent dans les caractères, et que le soleil du Midi ou de l'Orient a toujours séduit l'homme du Nord. Quoi qu'il en soit, au lecteur de Gobineau telle aventure de Roustem avec un dragon rappellera certainement les vieux romans de la Table ronde; et l'on retrouverait jusqu'aux moments de frayeur du héros çamide, que le comte juge indigne d'un Arian pur, dans les naïfs récits de nos trouvères, où les preux chevaliers ne se montrent pas mieux à l'abri de la panique, surtout en présence des trahisons de la magie. Peut-être les impressions rapportées des croisades pourraient-elles expliquer, mieux que toute communauté de sang, certaines analogies littéraires de cette espèce.
Qu'ail en ait ou non le droit bien établi, l'historien des Perses se plaît à tracer un incessant parallèle entre les deux civilisations, iranienne et germanique, et quand cette préoccupation ne se traduit pas dans les mots, on la sent cependant présente «n sa pensée, ressort caché de l'entreprise et raison d'être de l'ouvrage tout entier. Dès ses premières pages, il rapprochera la cité des antiques Persans, le bouloug, du borough anglais, et, en décrivant minutieusement les dispositions, il ajoutera (â) : a J'insiste avec d'autant plus de plaisir sur ces détails qu^ils rappellent vivement les demeures des Arians germains, nos ancêtres. Les grandes métairies mérovingiennes des bords
PerseSy qui, pat plus que les Bêtifions dams F Asie centrale, n'est sans doute demeurée inconnue au membre actif de la Société asiatique que lut Tauteur de la Fie de Jésus,
(1) Voir Rbmt, Influence of India and Persia on the poeiry of Germany, New-York, 1902.