CHAPITRE II «Il
de la Somme et de TOîse étaient encore bàUes à peu de choses près sur le plan inventé jadis par les ancêtres de la haute Asie (1). 9 L'existence, principalement agricole, nVHait pas moins semblable de pari et d'autre, et, tandis que les Ira* niens tenaient cet emploi de Tactivité humaine pour le plus noble, le plus digne du guerrier et de Thomme de haute nais* sance, tous les a gentilshommes de TKurope occidentale jus* qu'au jour présent ont reçu un pareil préjugé de leurs ancêtres issus de la souche ariane, ou fiers de le faire croire » . Le romte songe-t-il à lui-même dans cette dernière réserve? Kn tout cas, il retrouve facilement sur les armes des compagnons de Gyrus le blason héréditaire (2), nomme volontiers manoirs (!)) leurs retraites montagneuses de TEIbourz, reconnaît le combat des Trente (4) dans la lutte de onze paladins persans contre autant de guerriers scythes, et dira des sujets iraniens de Darius, en style du dix-septième siècle, que « ces jeunes gentilshommes ne suivaient guère que le parti des armes (5) » . Gyrus lui apparaît comme un autre Charlemagne, entouré de ses pairs (0) : Roustem en est Roland; Shegad, le Ganelon. Gcs chefs arians n'étaient pas, dit-il, par un de ces euphémismes un peu naïfs dont il est coutumier, « plus disposés à la mièvrerie que ne le furent plus tard leurs arrière-neveux Geoffroy Grise-GoncUe, comte d'Anjou, et Hugues Pille-Avoine, seigneur de Ghaumont en Yexin. n Enfin, décrivant d'après une de ses pierres gravées le a noble faucon arsaciden , il ajoutera que ce mélékè-tayfeh, successeur légitime, de Tantique vie ampati, et roi héréditaire de son domaine, était bien u de toutes pièces, de sentiment comme de position, de droits comme de volonté, un vrai baron de notre moyen âge (7) n , Ces rapprochements sou*
T Gobineaa tonge sans doote ici avec ane certaine cooiplaiMiic« i ton cbiicaa de Trye, prè« deGoomay, daot le pays de Bray, doot non* verront lea TÎCMaitodca dans Otiar JarL s; T. I, p. S96 et 4441.
(5 T. Il, p. 90.
rr^ T. Il, p 496
vent arbitraires le plongent d'ailleurs dans une sorte d'attendrissement assez semblable aux émotions touchantes que lui procura parfois ce bon pays de la Perse moderne. Remarquant en effet dans les Nameh un amour de Taventure analogue à celui d'où sortirent les romans de la Table ronde^ il poursuit : tt Cette tournure bien particulière de Tintelligence iranienne est précisément celle des nations germaniques, et il en ressort une preuve de plus, bien frappante, bien imposante, j'ajouterai bien séduisante et bien chère, de la parenté antique des feudataires de Cyrus avec les vainqueurs du monde romain (1). »
La familiarité de ces paladins orientaux a produit une conséquence plus importante dans la pensée théorique de Gobineau. Elle l'a réconcilié pleinement avec la féodalité, qui nous était apparue dans Y Essai comme une déviation de l'odel, comme un mal nécessaire, comme une adaptation forcée de la conception ariane au gouvernement de vastes conquêtes, les résultats heureux qui en purent résulter provenant encore de la source plus pure dont elle n'avait pas entièrement souillé les flots bienfaisants. En Orient, l'odel semble oublié dès l'origine, et avant toute extension de territoire (2), dans un état de société aussi absolument militaire et agricole que l'était celui de l'Iran jusqu'à Cyrus, a l'unique forme de liberté possible était la féodalité, » qui met l'homme et tout ce qu'il possède, tout ce qui le complète et lui donne le sentiment de sa valeur, au-dessus des caprices despotiques des majorités. Cette organi* sation accordait en somme à chaque guerrier arian, sous des règles fixes, immuables, « échappant à la pression de toute volonté »j et que « personne n'avait qualité pour changer (3) » , ce qui se pouvait maintenir par l'emploi incessant du courage. Situation violente sans aucun doute, mais un peuple sous les armes « ne hait pas et surtout ne méprise pas » une pareille situation : il éprouve un grand plaisir à faire ce qu'il veut, « une tendance flatteuse à rester à perpétuité en contemplation de ses droits personnels, plus disposé à les exagérer qu'à les