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CHAPITRE IV

lions irrésistibles. La Renaissance (1)^ assurait-il à cette occasion, est la plus puissante des créations artistiques du grand Français après Amadis, Remettant à plus tard la discussion de la seconde partie de ce jugement, nous avouerons franchement, quant à la première, que la Renaissance est, au contraire, à notre avis, le moins significatif des ouvrages de Gobineau, et nous apparaît même comme une anomalie, une saute de vent dans la pensée de Tautcur.

Écoutons d'abord M. Schemann vanter ce qu'il n'a pu faire passer dans son interprétation, c'est-à-dire le style de l'œuvre originale. A Ten croire, la langue en serait véritablement classique et tout à fait propre à servir de modèle dans les gymnases germaniques, où la lecture de la Renaissance a déjà été fort goûtée. La puissance dramatique n'en est pas moins exceptionnelle : portés à la scène, ces tableaux dialogues produiraient une tt impression foudroyante » ; le seul terme de comparaison digne de leur mérite paraît être l'ensemble des drames royaux de Shakespeare. Mais il convient de nous souvenir en cet endroit que le grand Will est quelque peu usé en Allemagne pour avoir servi de patron depuis un siècle à plus d'un débutant de belle espérance ; néanmoins nous ne savons s'il avait jusqu'ici délivré passeport au delà du Rhin à un auteur de nationalité française, au risque de faire tressaillir dans le tombeau les mânes gallophobes de l'auteur de Minna de Barnhelm. Schiller et Klopstock viennent d'ailleurs à la rescousse pour appuyer les audacieux pronostics de M. Schemann sur les triomphes qui attendent quelque jour au théâtre les dialogues de la Renaissance ; et nous quittons enfin le préfacier enivre d'enthousiasme avec cette assurance qu'entre ses mains les délassements d'un dilettante français sont devenus des chefs-d'œuvre de la littérature universelle. Car, dans notre résistance à un entraînement injustifié, nous pouvons heureusement nous appuyer du sentiment d'un des rares lecteurs de la Renaissance parmi nos compatriotes, mais d'un

(i) L'ouvrage se compose de cinq morceaux dialogues : Sauonarole, César Borgia^ Jules II, Léon A, MicheUAuffe. M. Schemann vient d*en donner encore une édition allemande de luxe (1903).

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lecteur qui, par fortune, est un esprit aussi libre et fin qu'éclairé sur rhistoirc générale. M. André Hallays juge (I) « que l'auteur, avec une vive intelligence des passions et des mœurs de l'Italie du seizième siècle, prête à tous ses personnages un style uniforme et terne qui convient mal au dramatique du sujet. Ce sont de beaux croquis, et, seul, un coloriste peut nous donner l'image de la Renaissance italienne. Puis, ce genre, la scène historique, qui n'est ni le roman, ni d'histoire, ni le théâtre, a toujours un peu l'air d'un exercice de composition scolaire » . On ne saurait mieux dire, et nous ajouterons que la Renaissance nous a rappelé souvent les pages les plus vieillies du théâtre historique dans le romantisme français, par exemple certains drames d'Alfred de Vigny.

Quant au fond de l'ouvrage, nous ne saurions croire que nos voisins d'outre-Bhin, malgré leur Burckhardt, leur Treitschke et tant d'autres, demeurent, sur une période historique à ce point capitale, si pauvres en vues personnelles que l'amusement d'un Français, fatigué par Tâge et pur amateur en ces matières, leur soit une occasion de s'approvisionner d'idées nouvelles et fécondes. C'est pourtant ce qu'affirme et prétend démontrer M. Schemann ; mais il faut ajouter dès à présent à sa décharge que l'engouement excessif dont il vient de nous donner des preuves trouve son excuse dans une conviction profonde où se complaît ce wagnérien fanatique. A son avis, Gobineau aurait exercé sur le maître de Bayreuth une influence considérable, précisément à Thcure où mûrissait dans l'âme géniale du musicien philosophe le suprême enseignement que SCS dernières années réservaient a son école. Le professeur de Fribourg a cru trouver maint reflet de la pensée du comte dans les oradles les plus écoutés du prophète de Wahnfried; et c'est ce mirage qui l'a conduit à exalter sans mesure un astre assez éclatant pour prêter un instant sa lumière à un pareil satellite. C'est là Torigine et en partie le secret du gobinisme

(1) Article des Débats, déjà cité. Gobineau écrivait à son ami Prokesch, le 25 avril 1873 : ■ Je tente une chose nouvelle... une grande fresque murale. » Sa fresque est une grisaille.

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