‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 225 sur 230 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

attendons à rencontrer chez lui, pour les saluer au passage avec une joyeuse surprise. »

En résumé, bien supérieur à Tessai de jeunesse de Racine sur le même sujet, cet Alexandre, à lui seul^ assure à son auteur une place éminenie parmi les grands dramaturges du monde; et Ton regretterait amèrement qu'un homme de théâtre à ce point doué eût renoncé à poursuivre sa carrière littéraire en ce sens, s'il n'y avait une ingratitude évidente à s'arrêter aux récriminations, en présence des surabondantes moissons qui furent, sur un autre sol, le produit de cette existence d'élite.

Voici notre avis personnel sur la tragédie de Gobineau : Alexandre est un aimable essai de rhétoricien appliqué, où l'on peut noter quelques détails heureux, fruits d'une imagination déjà vive; un bon devoir, qui, à titre d'encouragement pour le talent naissant, méritait une note favorable. On n'y trouve naturellement aucune des idées de VEssai; mais, précisément pour cette raison, on y observe une certaine harmonie avec le portrait du conquérant tracé dans V Histoire des Perses; car, nous l'avons montré, cette apologie obstinée contredit directement toutes les théories ethniques et politiques du comte. Ce dernier retrouva évidemment, vers 1869, à l'égard du Macédonien, comme plus tard en face d'Amadis^ les fraiehes sensations admiratives de sa naïve adolescence : il se garda de retoucher une image qui demeurait chère à sa fantaisie, toujours despotique vis-à-vis de sa raison, et il sacrifia sans scrupules les immunités arianes à la perfection impeccable du successeur des Grands Rois sémitisés. — Et déjà, dans la tragédie, Alexandre se prépare à remplacer les généraux grecs de son armée par des Iraniens «trop soumis pour suivre leur audace» et maudit la Liberté,

Ce turbulent démon^ Jldau de nos aïeux!

On aperçoit même quelques souvenirs napoléoniens et autocratiques au fond de l'intrigue : les chefs macédoniens, fatigués de combattre, désireux de savourer en paix leur fortune inespérée, ressemblent à certains maréchauxde l'Empire, et l'on croirait entendre parler Joséphine dans la scène où Roxane

442 LE COBfTE DE GOBINEAU

reproche au conquérant de vouloir épouser la fille des rois perses afin d'affermir son pouvoir oriental

Ajoutons que cette édition, amoureusement préparée, est pourvue de tout l'appareil soigneux de l'érudition germanique et présentée avec des égards que n'ont pas toujours rencontrés parmi nous nos véritables classiques : deux manuscrits, celui de Mme le baronne de Guldencrone, née Gobineau, et celui de Mme la comtesse de La Tour, ont été diligemment coUalionnés : l'orthographe, la ponctuation, les lettres majuscules sont discutées copieusement ou justifiées tour à tour.

Avouons-le, un tel effort, fruit d'une telle conviction, a fini par toucher notre cœur. 11 y a désaccord absolu entre M. Schemann et nous quant au véritable mérite du comte : il le cherche avec prédilection sur le terrain littéraire et wagnérien, dans la Henaissanccy Amadis ou Alexandre; nous le voyons dans sod originalité aristocratique, dans Y Essaie les Perses j les Pléiades y Ouar-Jarl même. Mais ces divergences de vues ne nous empêchent pas de travailler en somme à la même œuvre réparatrice que le professeur de Fribourg et de rendre cordialement justice à la chaleur de ses sentiments, au dévouement qu'il apporte à servir la cause qu'il embrassa. Il croit en effet avoir reçu de son maitre Wagner la mission expresse de réhabiliter un solitaire, un vaincu retiré à Técart sous Fétendard de la vérité (1) . H a voué sa vie à cette lâche idéaliste et donné par là un exemple au$$i noble que rare d'enthousiasme désintéressé. — Pourtant, notre ironie française conserve aussi ses droits et garde enfin le dernier mot. Oui« c'est un piquant spectacle que Taventuredu o\Hisiu de Cynftno prenant d'assaut sous un déguisement nordique habilement improvisé les bonnes grâces de la confiante Alloma^;ne« que les gentillesses de celte paissante matrone tWrtu^inia^ $^Hluite une fois de plus, sans le savoir, par les presli;;o$ de rin^^;i»ativ^n méridionale, d*auiant plus puissants sur $%>» esprit qu ils lui fv^nt defaïut davantage, et, dès lors, se com-

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