LA FORME ORGANIQUE ET L ENTELECHIE
Ce problème n'est pas aussi simple qu'il pourrait sembler d'abord; il est même insoluble présentement C'est ici que se pose la question : quel est le rapport entre le principe hypothétique de transformation avec notre cpncept de l'entéléchie?
Nous savons que l'entéléchie, quoique non matérielle elle-même, utilise pourtant pour produire la forme de chaque individu des matériaux, fournis au cours de la continuité matérielle que l'hérédité assure de génération en génération. Qu'est-ce qui change maintenant dans la phylogénie ? Les matériaux, c'està-dire le « moyen », ou l'entéléchie? Et quel serait le sens logique de la systématique en chacun de ces cas?
Dans les deux cas il y aurait naturellement une loi systématique; et par là, dans un cas comme dans l'autre, la systématique pourrait un jour etfe ration-
nelle. Mais si le fadeur de transformation était lié à ce qui est moyen dans la production de la forme, on pourrait à peine dire que la forme spécifique comme telle est une essence primaire. C'est l'entéléchie qui serait cette essence, mais l'entélécliie en tant qu'universelle, et comme demeurant toujours la même dans son caractère intime; et les différences spécifiques ne seraient dues qu'à un « quelque chose » cpii ne serait pas la forme, mais seulement un moyen pour la forme. Maintenant, à vrai dire, il me semble que l'harmonie qui se montre à nous dans la production de toute forme typique, normale ou régulative, interdit d'attribuer les changements, supposés par le transformisme, à ce qui est moyen dans la j)roduction de la forme ; et, par suite, nous conclurons cette discussion sur les plus problématiques des phénomènes de la vie en disant que nous croyons qu'il est plus conforme au caractère général de la vie, pour autant que nous le connaissons, de rattacher le principe inconnu du transformisme à l'entéléchie rll«>-nîème et non aux moyens qu'elle emploie. La systématique des organismes serait alors propnMnenl une syslémali([ue des entéléchies, et j)ar conséquent les formes organiipies seraient des « formes essentielles »; l'entéléchie constituerait l'essence propre de la loiiiie dans sa spécificité. En ce cas, le système des organismes j)ourrait naturellement acquérir dans l'avenir un caractère vraiment rationnel : cl l'on pourrait, un joui-, trouvt^r un principe, — un j»riii('i|)(' londé siii* l'analys»' de l'entéléchie, — qui rendrait cornpte dcî la totalité des formes pf)ssiblrs. Comme nous avons accord»' (jue lo lamarckisme explique hypothétiijuemenl l'adaplivité
histologique, et que le darwinisme rend compréhensibles un certain nombre de différences quantitatives (cette adaptation et ces différences étant naturellement et par elles-mêmes de caractères fortuits), il faut en conclure que le système rationnel que nous attendons de l'avenir serait lié à certaines différences accidentelles. Par suite, une des tâches les plus importantes de la biologie systématique de l'avenir sera de découvrir, au milieu d'un ensemble de dissemblances, un système vraiment rationnel qui pourra, au premier regard, apparaître comme nullement rationnel, une catégorie de dissemblances se trouvant pour ainsi dire recouverte par l'autre.