ORGANIQUE
Nous n'avons plus que deux choses à considérer: la manière dont les diverses théories transformistes se comportent à l'égard du caractère logique des formes organiques et la relation que la notion d'une transformation des espèces en général soutient avec le concept de l'entéléchie.
Nous savons que, dans leur forme dogmatique, le darwinisme aussi bien que le lamarckisme conçoivent tous deux comme fortuite, comme due au hasard, la forme spécifique des animaux et des plantes; et c'est précisément par là que ces deux théories prêtent le flanc à la critique : c'est ainsi qu'on peut dire que, pour le darwinisme comme pour le lamarckisme, les formes organiques sont accidentelles au vrai sens de l'expression forma accidentalis des anciens logiciens. D'apî'ès les deux théories, des formes infiniment nombreuses sont possibles, et il n'existe aucune
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loi des formes spécifiques. Dans une telle conception, la systématique perd naturellement toute signification réellement fondamentale. « Il n'y a pas de système rationnel des organismes », tel est le dernier mot que le darwinisme et le lamarckisme ont à dire sur cette question.
Dès lors, ce n'est pas seulement à l'heure actuelle, c'est pour toujours, que la systématique se réduit à un simple catalogue, et cela en vertu de la nature propre et essentielle des organismes. Mais, notonsle, ce n'est pas parce que nos deux théories accordent la possibilité d'un nombre infini de formes qu'elles arrivent à nier, la valeur de la systématique, c'est parce qu'elles ne tolèrent aucune loi par laquelle serait régi ce nombre infini de formes; dans les combinaisons chimiques, il y a aussi, en beaucoup de cas, des possibilités indéfinies, mais elles obéissent à la loi exprimée dans la formule générale. Il est étrange que ce soient justement les darwinistes, plus que tous les autres, (jui, dans tous les -pays, aient tourné leurs soucis vers la systématique. Ne voient-ils donc pas que ce qu'ils cherchent à édifier ne peut se rapporter, d'après leur |)ro|)re doctrine, qu'à des phénomènes tout fortuits ? Ou bien éprouvent-ils, tout de même, certains scrupules m ce qui touche les fondements de leur propre théorie, malgré les airs dogmatiques (pi'ils alTectent en la défendant? Ou bien (Micore est-ce rintérèt pour la prétendue histoire phylogénéti(|ue »|ui les nitraine?
Et maintenant, en ce cpii concerne la valeur des formes organi(|ues, il n'est j>oint difficile d(* diro quelle signification attribuerait à ces formes une
théorie phylogénétique, tout opposée aux doctrines fondées sur le hasard. Ce qui expose à la ruine ces dernières théories, ce qui les a même conduites à ces absurdités, c'est d'avoir substitué le hasard aux formes spécifiques et nié toute loi des formes comme telles ; il suit immédiatement de là que supposer n'importe quelle loi de transformation, c'est nier le caractère fortuit des formes vivantes.
Il ne s'agit donc pas ici de « forme accidentelle ». Mais la « forme essentielle» est-elle introduite par cela même ? Et avec quelle signification pour la systématique ? ,