CONCLUSION
Telle est en ses traits essentiels la philosophie de La Fontaine. Se jouant à travers les systèmes, le bonhomme nous a laissé de précieux enseignements ; et il se dégage de ses fables un parfum exquis fait à la fois de bon sens et de simplicité naïve^ Sans doute, il a proclamé la nature maîtresse souverainejie la vie et il semble nous engager à repousser les entraves qui en pourraient arrêter l'expansion. Sa phjlosophie n'est que celle d'un sage de l'antiquité dans tout ce qu'elle peut oflrir d'agréable et d'utile. Mais il lui faut reconnaître le mérite de nous avoir montré la vie et les hommes sous leur jour véritable, et de ne pas nous les avoir fait voir trop en beau, de peur que le découragement ne nous prît le jour où nous les aurions vus tels qu'ils sont. 11 s'est en outre efforcé de nous
enseigner la modération dans les désirs et la tolérance dans les idées; n'étant ni tout à fait épicurien, ni tout à fait sceptique ; détestant seulement les pédagogues et les dogmatiques, toujours d'autant plus exclusifs qu'ils sont plus ignorants. S'il s'échauffe quelque peu contre les stoïciens et les machinistes, c'est qu'il voit les extravagances oii peut conduire l'esprit de système ; car il est d'ordinaire pacifique et bienveillant. Le plus souvent il n'affirme rien, sachant que les facultés de l'homme sont limitées, et trouvant un peu bien pédantesque celui qui prétend avoir la vérité.
"Certains lui en ont fait un reproche ; au dire des autres, c'est précisément ce qui ravit dans ses œuvres et en fait le charme incomparable.
La Fontaine n'est donc pas de ces esprits grands et hardis, qui, se jetant avec audace dans l'infini, se proposent d'expliquer dans leurs systèmes le monde et les fins de l'homme. Eloigné par les tendances mêmes de son esprit de ces dangereuses spéculations, il estime qu'il vaut mieux vivre heureux que s'entr'égorger pour la question de la promotion de l'esprit ou le problème des universaux.