LES DETRACTEURS DE T.A FONTAINE ()I
ralités des « impératifs catégoriques. » Il est un nh<;prvatpnr^ans illusion qui nous fait assister à la grande comédie humaine et nous apprend à nous résigner d'avance au train ordinaire des choses. Il nous met sous les yeux les leçons de l'expérience: or, celle-ci nous montre que presque toujours ja force prime le droit.
« La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
Souvent, en effet, il arrive à l'agneau d'être croqué par le loup, au bouc et au corbeau d'être trompés par le renard. La Fontaine nous avertit en outre que si le tour est bien joué on ne plaindra pas la victime, et les rieurs seront du côté du bourreau.
Quant à prétendre avec La Condamine, y[me d'Epinay et Kant que les fables sont au-dessus de la portée des enfants et qu'elles leur faussent le jugement, ce sont des paradoxes que dément l'expérience de chaque jour. Quel est l'enfant qui, à moins qu'on ne lui ait déjà gâté la raison ou corrompu le sens moral, prendra parti pour le loup brutal et glouton contre le petit agneau innocent
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et lâchement attaqué ; pour la fourmi que l'avarice rend impitoyable contre la cigale, cette artiste dont le seul tort est de nous avoir égayé de ses chansons pendant l'été, au lieu d'avoir prévu les approches de l'hiver ?
D'ailleurs, les détracteurs de La Fontaine n'ont pas paru s'apercevoir que s'il y a quelquefois de méchantes bêtes dans les fables, il en est aussi de bien douces et de bien généreuses. Si l'on y voit beaucoup de loups, de singes et de lions égoïstes et durs ; on y rencontre parfois une petite colombe pour apprendre d'elle la charité et la reconnaissance, c'est-à-dire les plus touchantes et les plus nobles des vertus humaines.
De grands maîtres en pédagogie, comme Fénelon et RoUin, ont en outre recommandé les fables de La Fontaine et en ont fait constamment usage pour l'éducation de leurs élèves, qui pouvaient y trouver sous la forme de l'apologue de sérieuses et profitables leçons. Sans doute, La Fontaine n'est pas la seule cause des succès obtenus par Fénelon et Rollin dans l'éducation du duc de Bourgogne et du fils de Jean Racine, mais on ne saurait affirmer qu'elles n'y ont pas largement contribué.
LES DÉTRACTEURS DE LA FONTAINE (j3
« La Fontaine est un préjugé français »
a dit Lamartine. Tandis que les détracteurs commencent à connaître l'oubli, « le préjugé » dure encore. Les enfants étudient toujours les fables, elles les instruisent et les amusent quand ils sont petits ; les charment quand ils sont devenus des hommes ; et quand, arrivés enfin sur l'autre versant de la vie, la neige commence à blanchir leurs cheveux, tandis que chaque jour, comme les feuilles d^octobre, tombent les dernières illusions, ils relisent encore avec plaisir le livre du vieil ami de leur enfance. « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, disait Molière, ils n'effaceront pas le bonhomme. »