L AME DES BÉTES 5 I
Aussi bien, tous les disciples de Descartes s'attachaient à sa théorie des animaux-machines comme à un article de foi, et Ton ne pouvait au xvii^ siècle se dire vraiment cartésien, si l'on n'était convaincu que les bêtes se comportent comme les aiguilles d'une montre et qu'elles crient lorsqu''on les frappe de même qu'un tambour résonne sous des baguettes.
Si La Fontaine n'était pas un philosophe très sJibtil, du moins les vérités de sens-commun lui échappaient rarement, et il est singulier de voir, comme le remarque M. Georges Lafenestre, que, « parmi les très rares esprits indépendants qui protestèrent avec réflexion contre les étroitesses du système cartésien, le plus simplement hardi et le plus sincèrement éloquent ait été le fabuliste. » La Fontaine aimait les bêtes, les connaissait à merveille ; Descartes, en leur refusant une âme et en lesjtraitant de machines, l'avait blessé dans ses affections les plus chères. Aussi, pour la seule fois de sa vie peut-être, va-t-il engager une discussion philosophique et défendre son petit monde à quatre pattes si dédaigné, contre cette philosophie :
« Subtile, engageante et liardie « Qu'on appelle nouvelle. » (i)
La Fontaine détestait les pédagogues, et il fallait que la question lui tînt bien au cœur, pour qu'il apportât à la discussion tant d'ardeur et de verve,
Tout le discours à M'"^ de la Sablière qui ouvre
le X^ Livre des Fables est employé à démontrer
que les philosophes se trompent en niant la vo-
/ lonté, la mémoire, jusqu'à l'instinct des bétes ; et
que si l'animal n'a point en effet :