LAME DES BETES
11 déclare qu'il est bien persuadé, tout comme sa protectrice, que les animaux ne sont pas des machines.
« Vous n'êtes point embarrassée « De le croire, Ni moi. — >>
Puis, laissant à d'autres « qui tiennent le milieu entre l'homme et l'esprit, » le soin d'argumenter tout à l'aise ; il se contente d'apporter des exemples qu'il prétend véritables et par lesquels il prétend convaincre d'erreur le grand philosophe.
C'est alors qu'il nous montre ce chat-huant (i) qui, comme un bon propriétaire de la campagne a su se faire une étable et un vivier à son usage. Pour avoir eu l'idée de couper les pattes à toutes les souris afin de pouvoir les prendre et les manger lorsqu'il était en appétit :
'( Cet oiseau raisonnait, il faut qu'on le confesse. »
Ensuite, il s'en prend à Descartes :
« Puisqu'un cartésien s'obstine
« A traiter ce hibou de montre et de machine
(i) La Fontaisp. — F.ihler. XI-c;
« Quel ressort lui pouvoir donner
« Le conseil de tronquer un peuple le mis en mue ?
« Si ce n'est pas là raisonner,
« La raison m'est chose inconnue. »
Puis il fait faire à son hibou un syllogisme en forme et conclut :
« Quel autre art de penser Aristote et sa suite « Enseignent-ils par votre foi .- »
Toutefois, La Fontaine nous avoue qu'il a un peu exagéré, comme il est permis aux poètes, mais cependant il affirme que « ceci n'est point une fable et que la chose, bien que merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée »(i).
Une autre fois, c'est la perdrix qui, lorsqu'elle voit ses petits en danger, attire sur ses pas le chasseur et le chien pour écarter le péril et sauver sa famille (2) ; puis les castors, qui, dans ce pays où les hommes vivent dans une < ignorance profonde » construisent des travaux et « font communiquer l'un et l'autre rivage », tandis que le savoir
(i) La Fontaine, — Fables. XI-9. Note de La Fontaine. (2) I-A Fontaine. — Fables. X-i.
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des hommes témoins de ces exploits, consiste toujours « à passer l'onde à la nage. »
Mais, que répondra-t-on à ce qu'il va dire ? Et sur le témoignage du roi de Pologne, car
« Jamais un roi ne ment ! »
il se plaît à nous initier aux réflexions et aux inventions de deux rats, qui, voulant sauver leur œuf, finissent par imaginer une voiture dont personne avant eux n'avait eu l'idée, et sauvent ainsi leur dîner. Et il ajoute :
« Qii'on m'aille soutenir après un tel récit « Que les bétes n'ont point d'esprit ! » (i)
Sans attacher à ces exemples de La Fontaine une autorité absolue, il faut reconnaître cependant qu'il a su fort bien se tirer du dilemme de Descartes, en attribuant aux bêtes l'intelligence, tout » en refusant à leur âme Timmortalité. Il pense, avec Gassendi qu'il y a une âme végétante qui anime les plantes ; une âme sensitive qui nous est commune avec les animaux ; et c'est ainsi qu'il « subtilise un morceau de matière,
(t) La FoNTAlKE. — Fahles. X-I.
« Quintesceiice d'atome, extrait de la lumière « Je ne sais quoi de plus vif et plus mobile encor « Que le feu ; car enfiu si le bois fait la flamme « La flamme eu s'épuraut, peut-elle pas de l'âuie « Nous donner quelque idée ? »
Voilà bien cette âme que Gassendi appelait « la fleur la plus vive et la plus pure du sang » et que La Fontaine accorde indistinctement aux sages, aux fous, aux enfants, aux idiots, enfin à tous les « hôtes de l'univers sous le nom d'animaux ». A l'homme seul, il réserve le privilège d'une âme raisonnable :
<; Entre nous et les anges « Commune en un certain degré. »
Cette âme qui est en germe chez l'enfant ne se développe qu'avec l^âge :
« Tant que l'enfance durerait
« Cette fille du ciel en nous ne paraîtrait
<c Qii'une tendre et faible lumière. »
Quant aux animaux, leur âme imparfaite et grossière resterait toujours enveloppée dans « les ténèbres de la matière »,
L'avantage est resté dans cette question à ceux qui pensent comme La Fontaine que les bêtes ont une intelligence inférieure à la nôtre sans doute,