‹ La Philosophie de la LibertéChapitre 36 sur 103 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

forment un tout. Quant au critère lui-même, nous prétendons qu'il est donné par un besoin réel de la pensée , mais l'expérience nous apprend que les divers besoins intellectuels ne sont pas également sentis par tout le monde.

Celui-ci ne saurait se manifester que dans les esprits qui reconnaissent en premier lieu la suprême autorité de la loi morale , qui participent d'ailleurs aux aspirations de la science, et qui travaillent à faire régner l'harmonie entre toutes leurs opinions.

On voit dans quel sens et dans quelles limites la Philosophie de la Liberté peut être nommée un système a priori. Une fois la nature du premier principe obtenue par voie inductive, l'ordre dans lequel les vérités reconnues doivent se présenter est déterminé naturellement par leur rapport avec cette vérité fondamentale, mais chacune d'elles n'est pas moins dans son origine un résultat de l'induction. La doctrine de l'unité de la créature, par exemple, se produit nécessairement dans l'exposition avant celle de la chute, sans que l'esprit s'y soit arrêté avant d'avoir constaté la chute, mais plutôt après, Tune et l'autre étant suggérées par l'expérience du mal, par la solidarité du mal, qui est assurément tout ce qu'il y a de plus contraire à l'a priori.

Ceux qui, dans l'explication qu'ils adoptent, n'éprouvent pas le besoin de faire place à tous

PRÉFACE XLTÎI

les faits constatés, ceux qui peut-être n'éprouvent pas le besoin d'une explication quelconque, ont beau jeu pour trouver la nôtre embarrassée. Ceux qui n'ouvrent pas les yeux sur la contradiction qui déchire le monde trouveront aisément matière à nous accuser de contradiction ; mais encore faudrait-il y mettre quelque mesure et ne pas appuyer ces reproches sur des imputations gratuites. « Si le monde est le produit d'actes libres, nous a-t-on dit, ces actes ne peuvent pas devenir les anneaux d'une chaîne dialectique. » Assurément, mais on méconnaît l'évidence en nous attribuant l'établissement d'une telle chaîne. Ce n'est pas à la nécessité logique, c'est à l'expérience que nous en appelons pour la constatation du premier fait : la création. Nous ne prétendons pas non plus que, le principe de l'être étant tel que nous l'avons défini, la création doive être nécessairement telle ou telle;, nous avons dit seulement que Dieu n'ayant besoin de rien, si Ton veut assigner un motif à la création, on ne saurait en trouver d'autre que le bien de la créature. Nous sommes si loin de déduire a priori la nécessité du fait, que tout notre système repose au contraire sur l'opposition profonde entre ce qui devrait être pour satisfaire à Y a priori relatif de notre pensée et ce que l'expérience nous montre exister en fait. Peut-être avons-nous étendu ce contraste au-delà de ses justes bornes. Toutes

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