PHILOSOPHIE DU MOYEN AGE
néoplatonicienne du monde repose sur l'axiome que l'image est inférieure à son modèle, l'œuvre à l'ouvrier. Eh bien, cette proposition subreptricement introduite est une manifeste contradiction. S'il est vrai qu'être signifie produire sa propre image, la perfection de l'être résidera dans la production parfaite ; l'image de l'être parfait est une parfaite image, c'est-à-dire, une image égale au modèle, ce qui nous conduit non point à la série décroissante des émanations de Plotin, mais à la trinité d'Athanase. L'élément, vrai peut-être, de la pensée émanatiste ne contient pas l'explication des choses finies ; il laisse subsister tout entier le problème de la création ; il n'efface pas le caractère accidentel du monde; il n'exclut pas la solution chrétienne, la liberté, que les Grecs ont entrevue sans pouvoir la saisir.
La philosophie ancienne n'a surmonté ni la fatalité ni le dualisme. Elle s'éteint, laissant la tâche inachevée. Tout est à recommencer, mais rien ne sera perdu.
L'Eglise chrétienne dans le monde ancien travaille à l'élaboration du dogme. La philosophie proprement dite se. trouve dans les hérésies, et cette philosophie, c'est tout naturellement la philosophie des Grecs, la philosophie païenne. Il n'en reste que trop dans la pensée des Pères les plus orthodoxes. Cependant l'idée chrétienne se formule en même temps que la chrétienté prend racine. Cette idée, les au-
teurs chrétiens ne t'inventent pas, ils la trouvent en germe dans leur foi, et se bornent à l'énoncer. La pensée chrétienne est très profonde ; elle n'est pas libre. Elle forme un système, non une science.
Quand l'humanité chrétienne fut constituée par la formation de nouveaux peuples, de langues et de lois nouvelles, on vit bientôt surgir l'opposition du dogme et de l'intelligence, de la forme et du contenu. Il ne s'agit pas de déterminer le dogme , il est arrêté, il est debout; il s'agit de le justifier aux yeux de la pensée, de le démontrer. Le dogme et la raison sont en présence l'un de l'autre, il faut les concilier. C'est l'œuvre de la philosophie du moyen âge, de la scolastique, dont l'apparente uniformité recouvre de profondes oppositions. La plus générale s'établit d'assez bonne heure entré la scolastique pure, source commune du rationalisme et de l'orthodoxie, et la philosophie mystique, plus intimement chrétienne que sa rivale et plus indépendante, par l'effet de cette intimité même. L'une et l'autre reconnaissent l'autorité et la valeur absolue de la Révélation. Saint Anselme est à quelques égards leur auteur commun.
La scolastique proprement dite trouve dans saint Thomas d'Aquin son expression la plus pure et la plus parfaite. Son rival, Scot, le docteur subtil, la pousse au delà de ses propres limites et la conduit au mysticisme d'un côté, de l'autre à la libre spéculation. Le caractère particulier de la scolastique