NÉOPLATONISME
cipe d'émanation, ils répondraient que c'est un mystère, un miracle, un suprême élan de l'âme contemplative, qui s'élève à l'enthousiasme par la prière, et s'unit immédiatement à Dieu par l'extase. Nous ne les contredirons point, mais nous rappellerons avec l'excellent historien de l'école d'Alexandrie, M. Jules Simon, que l'unité absolue de Plotin, le simple, le Dieu supérieur à l'être, n'est autre chose que l'Être des Eléateset le Bien de la dialectique platonicienne, tandis que le second degré, la seconde hypostasede la divinité, l'intelligence, reproduit le Dieu d'Aristote enrichi par la doctrine platonicienne du monde idéal. Dans l'âme universelle enfin, nous retrouvons le Dieu du Timée et plutôt encore ctelui des Stoïciens. Le principe du mouvement progressif, l'idée d'émanation ou de production nécessaire se trouve également en germe dans la philosophie antérieure, qui avait aperçu et. proclamé que l'activité est l'essence de l'être. Le néoplatonisme a donc mis à profit toutes les conceptions précédentes, qu'il s'est efforcé de concilier. Il l'a fait avec grandeur. Résumant l'Orient et la Grèce, la pensée antique tout entière, il pèse d'un poids immense sur la philosophie moderne. Traduit par l'arianisme en langage chrétien, il a failli bouleverser le dogme; puis, s'infiltrant par de secrets canaux dans la pensée de saint Augustin, dont il forme la logique et la méthode, il circule comme une sève amère dans toute la théologie dogmatique du moyen âge, dont la no-
tre n'est qu'un débris. Il a brillé d'un nouvel éclat aux temps féconds de la renaissance ; il vit encore dans la philosophie contemporaine et jusque chez ceux qui s'en doutent le moins. La superstition néoplatonicienne de Leibnitz, de Hegel et de leurs disciples est l'un des principaux obstacles à l'avènement de la philosophie que nous cherchons, bien qu'à certains égards le néoplatonisme Tait peut-être servie.
Permettez-moi de concentrer mes objections essentielles contre ce système en un mot que je livre à vos réflexions :
Une étude attentive de l'idée d'émanation fait voir qu'elle conduit à l'idéalisme, qu'il faut bien distinguer du spiritualisme véritable. Si toute activité est idéale, les produits ne peuvent être que des images, savoir : des images du principe actif. Les êtres dérivés seraient des ombres, des ombres d'ombres, et ainsi de suite. Toute création serait nécessaire, et l'activité créatrice se confondrait avec celle de la conscience. Mais le principe de l'idéalisme est gratuit. Nous pouvons admettre, comme nous le faisons, qu'être soit agir, qu'agir soit produire, sans arriver encore à l'image. L'acte constitutif de l'être n'est pas la production d'une image, c'est la production de soi-même. Puis, même en accordant que l'être n'existe qu!en créant incessamment un produit distinct de lui-même, nous n'arrivons point encore à la hiérarchie des émanations. L'explication