‹ La Philosophie de la LibertéChapitre 88 sur 103 · UN ACTE DE L'ABSOLU EST ABSOLU LUI-MÊME · texte numérisé non relu

UN ACTE DE L'ABSOLU EST ABSOLU LUI-MÊME

L'idée d'un acte absolu de volonté est pour nous d'un intérêt décisif. Elle prépare l'intelligence du monde ; elle fait droit à un besoin de la pensée que nous avons refoulé trop longtemps peut-être, le besoin de la nécessité. Il y a aussi quelque chose en nous qui, sous les noms d'Ordre, de Raison, de Destin, de Nature ou de Providence, nous parle de nécessité. C'est l'intelligence qui ne renonce pas à chercher les effets dans les causes; c'est l'expérience, qui nous enseigne l'immutabilité des lois de l'univers ; c'est peut-être un instinct plus profond. Je reconnais tout cela ; mais il me semble que* la voix qui nous parle de nécessité nous dit, quand on l'écoute bien, de remonter plus haut encore. Il y a une nécessité des choses, mais une nécessité voulue ; il y a d'immuables statuts, mais ils ont été posés. Toute nécessité s'explique, toute nécessité est dérivée, toute nécessité est un fait. Le sentiment intime semble témoigner en faveur de cette manière de voir. Nous l'avons appuyée, dans les leçons précédentes, par une considération assez forte: c'est qu'il est toujours possible à la pensée de supposer quelque chose au-dessus de la nécessité, tandis qu'il est impossible de supposer quoi que ce soit au-dessus de la liberté; mais enfin cet argument ne tranche pas tout. Un argument logique n'établit rien à lui seul. Sans nier la dialectique, qui est un fait, sans établir entre le fond de la pensée et sa forme une séparation insoutenable, je ne reconnais pas k

la déduction a priori la même valeur qu'à l'accord de la raison et de l'expérience. Je ne suis pas assez inconséquent pour vouloir que le système d'après lequel il n'y a nulle part de nécessité absolue, se fonde lui-même sur une nécessité absolue. D'entrée, je l'ai fait reposer sur l'obligation morale, c'est-àdire sur une libre adhésion. Ma principale raison est toujours celle-ci : Il faut admettre la liberté absolue pour comprendre la réalité de la nôtre; il faut croire à la nôtre pour croire au devoir, ce qui est un devoir. Mais je sens que la nécessité peut élever -des prétentions légitimes au point de vue de l'intelligence. Je lui fais sa part en ce moment.

Les systèmes de nécessité expliquent la liberté comme une pure apparence et renversent ainsi l'ordre moral. Le système de la liberté doit aussi expliquer l'apparence de la nécessité ; il peut le faire sans courir des dangers aussi graves : la nécessité c'est, comme nous venons de le voir, le caractère absolu de la volonté divine. Nous dirons bientôt son nom auguste et doux.

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