LIBRAIRES-ÉDITEURS 16, RUE SOUFFLOT, ET 12, RUE TOULLIBR
Que Ja guci'ie soil un mat, c'cit ce qui ne l'ail do doute pour personne, el je ne m'attarderai pas à la dcmorislrallon do eu truisme. Mais ce mal n'est-il pas la coiuliliun d'un plus grand bien, ou tout au moins le remède d'un mal pire? N'est-il pas, a ce titre, inévitable, indispensable à la vie des nations, comme la douleur cM, au dire de certains pbjsiologisles, indisfpensable h la vie des organismes? N'est-elle pas, [comme la douleur encore, rémunératrice denerj^ie pbysique et de valeur morale •' Sur ces problèmes [l'accord est loin d'être fait, et la matière en est si r vaste que je n'ai pas, dans les limites de cet essai, la prétention d'apporter une solution qui lève toutes les diîlicultés, .le voudrais au contraire circonvenir le débat, le dégager de considérations vaines ou seeonlires dont on a coutume de le compliquer, et déli-
LA l'IlILOSOPHIE DE LA PAIX
miter le lerrain sur lequel il est, à mon sens, ulîl porter la itiscussiun eiUie adversaires et paitisani ia guerre. Ea un mot, c'est moins la « Pliilosopl la paix » que je voudrais trailer ici, que la méll qu'il convient de suivre quand on aborde un probl d'une aussi redoutable complexité. Il n'y a, saas thode, ni science ni pliiîosopliie, et la sociologie la guerre, qui est encore à errer tout entière, ne sa^ se dispenser de définir son objet et de faire le coi <les moyens dont elle dispose pour l'étudier sous i SOS aspects.
Je ne m'attarderais pas à critiquer ce qu'on pouï appeler la méthode lbcuIof,'ique, si elle n'avait éj| illustrée par les brillants parado.ves d'un Joseph Maistre, Mais convient il même d 'appeler « niéthot ce qui n'est en tond, qu'aven d'inqnîissance et d'explication? Car si l'auleur des Soirées de Pélershoiirt/ lient la guerre pour <i divine n^ n'est point qu'il reconnaisse dès l'abord dans sel horreurs l'œuvre d'une Providence juste et bienveillante ; c'est en guise de preuve accessoire qu*
A PniLOSOPHIK DE LA PAIX
remarque qric h guerre esl d divine dans la gloire yslérieusc qui Venvironne, dans l'attrait non moins inexpliqué qui nous y porte.,., dons la protection accordép aux plus grands ca[)ilaiaes, même aux plus hasard<nix... . el.divine dans ses résultats qui l'chappent absolument aux spéculalionsdelaraisonluimaine... )){i). Au fond, la guerre l'étoane et le scandalise, comme toute r « espèce de rag«... qui arme tous les êtres in mutua fnnera » (i). Elle lui semble une « horrible énigme » rnnlraire k la nature de l'homme. Mais c'est pr(^ciséiiient ce rarartère énigmaîiqne, relie inexplicable foiie de la guerre qui amèuf Josepli de Maisire h affirmer a priori l'impossibilité de toute nxplicalion nalur<'Ile. flommenl. se <leu"iande-l-il, résoudre en raison ces antininnics : l'homme hait le meurtre et cependant le plus doux, en face de l"eiinenii, « s'enflamme par dcf^Tés et en viendra jusqu'à Tenthousiasme du carnage » (3). Le soldat est partout une menace intérieure pour la liberté et le bien-être des nations : et cependant, les nations les plus jalouses de leurs libertés, qui
(i) Soirées de Sainl-Pélersboar'j. i5' l'J. i vol. iri-8, Lyon l'I Tours. i8!S/|. Septième Soirée, t. H, p. 3't-35. (a) P. liS.
(3) P. :vi.
A l'HILOSOl'lIti; DE L\ PAI.I
jettent avec tiunciu- au bnurreaii le prix du sanî accordent sans compter aux hommes de guerre honneurs et les privilèges ot les entourent d'un rospec religieux (i). Comment expliquer pareil aveuglement, s'il n'(';tait vraiment une v fureur divine » (2) ; si la guerre n'était un acte du drame expiatoire qui se joue sur la terre et qui doit anéantir peu à peu une créai corrompue dans ses premières origines;* « Ail s'accomplit sans cesse, depuis le ciron jusqu'à l'homi fa grande loi de destruction violente des êtres \ ivani La terre entière, continuellement imbibée tle san| n'est qu'un autel immense où tout ce qui vil doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'n la consommation des choses, jusqu'à l'extinction du niî jusqu'à l'A mort de la mort. » (3).
Ainsi Ifi guerre est divine, non paicc qu'elle est bienfaisante, mais parce que la tragique épouvaut(^ <!t'^ batailles nous oblige à en chercher la raison d'être, nudelà de Tordre naturel des causes et des eiïets, dans I4 « Gouvernement temporel de la Providence ». Seul utt. Dieu a pu frapper d une peine aussi furiuidablc