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IV. — Le classement suprême et les dernières demeures

Le grand défaut des espérances d'»venir, c'est celui de toutes nos espérances, c'est d'admettre l'impossible,

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de franchir les degrés, les états préparatoires et les transformations successives.

' De ces transformations morales, il en est une qui est indiquée très-spécialement dans les textes religieux comme (fevant coïncider avec la transformation du monde matériel, avec la création de nouveaux creux et d'une terre nouvelle. Le monde transformé doit servir de demeure aux nouvelles générations, à l'humanité regénérée et sanctifiée, et sang doute aussi à d'autres familles du monde spirituel appelées également à une existence plus élevée, et transpottées dans d'autres demeures. Or la métamorphose doit coïncider précisément avec ce grand acte de classement qu'on appelle le jugement dernier. Cela n'est pas seulement enseigné dans des codes chrétiens ; cela se trouve ailleurs, dans les traditions de l'antiquité la plus religieuse. Et ce qui est établi par tous ces enseignements plus ou moins symboliques, c'est quece classement se lie à l'ordre présent des choses à ce point, que celui-ci reçoit tout son jour de celui-là, qui en est à la fois le complément nécessaire et la solution providentielle. Car, sans les rapports que Dieu nous réserve dans la vie à venir, ses rapports actuels avec nous demeureraient une énigme désolante pour la raison, et ils sont tels que tout demande un classement définitif, une équation faite dans le sens de ce que le christianisme appelle en style symbolique le jugement dernier. En effet, les grands systèmes de

rOrient religieux parlent tous de cette solution, sous une dénomination ou une aytre, preuve nouvelle de ces impatience», de ces anticipations de la raison, dont tant d'autres témoignages ont déjà frappé notre attention. Car, tous les systèmes admettent un jugement, un juge suprême, des récompenses, des peines, des compensations, un monde meilleur, une terre et des deux renouvelés, en d'autres termes ce dogme, qu'aux illusions et aux espérances succèdent des réalités; aux transitions, des perpétuités; aux épreuves, des triomphes.

On a dit, à titre d'objection, que dans ce cas tout ce qui aurait été décidé sur le sort des esprits, dans l'immense intervalle de leur départ de la terre ou d'un autre point jusqu'au jugement dernier, serait à considérer œmme provisoire: que la condition de tous serait à vérifier de rechef, non-seulement selon les œuvres accomplies .pendant leur existence terrestre, mais encore selon les changements moraux qui auraient eu lieu en eux durant cet intervalle. Or ceux-ci, dans ce laps de temps, doivent être considérables, une intelligence morale et libre étant libre et morale partout. Mais cela est si évident, qu'au lieu d'être une objection, c'est un simple lieu commun.

En effet, l'être moral et libre, en quelque mcNonent qu'on le prenne, est un avec ses œuvres^ ses sentiments, ses idées ; partout et toujours sa responsabilité est en raison de ses facultés et de sa liberté.

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Dans plusieurs systèmes, oela est vrai, un compte spédal ne lui est demandé qu'au moment de son eaatrée dans la vie nouvelle, et chacun sait avec quelle solennité cet examen est figuré dans les monuments de la théologie égyptienne. Mais aucun des grands systèmes n'exdut Tidée d'un classement général, tous l'impliquent, et la théologie chrétienne l'enseigne dans le symbolisme le plus magnifique et le plus explicite. Rien n'est plus motivé, soit dans l'économie biblique, soit dans les degrés successifs de la vie éthique qu'elle a pour mission de développer. Dans le monde éthique, du moins dans l'espèce humaine, il est peu d'individus qui soient en une situation définitive à l'époque de leur mort. Il en est peu qui se connaissent bien eux-mêmes, peu qui ne se trompent d'une manière sensible sur leur compte. Et les plus avancés, les plus savants, les plus saints, sont précisément ceux qui s'affligent le plus du peu de chemin qu'ils ont parcouru, de la longueur de la route qui les sépare encore de l'idéal cher et sacré qu'ils brûlent de réaliser.

Or, si l'état normal n'est pas atteint, même pour les plus avancés, n'est-il pas évident que leur destinée dernière n'est pas arrivée, qu'elle ne saurait être tranchée immédiatement d'une manière définitive?

Cela est certain, et cela est clairement enseigné par un dogme chrétien dont le criticisme négatif est d'ordinaire très*embarrassé, et dont il aimerait à faire

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une simple locution symbc^ique, mais qui est à la lois un enseignemeot positif et nécessaire comme complément. En efifet, dans la théologie chrétienne, c'est par le Fils de Dieu , le Logos, la loi et la pensée de Dieu , ordonnatrice ou législatrice de Tunivers, que s'est faite la création du monde physique , et la rédemption du monde moral. C'est par lui aussi que se fera l'appréciation ou la classification de celui-ci. Le Fils de Dieu donne lui-même sur le fait, le temps et les circonstances, les indications que comporte la faiblesse de ses disciples, trop enclins à confondre dans leur mémoire le jugement du monde avec celui de la yille de Jérusalem. (V. Saint Matthieu XXIV.)

Mais quel est le vrai sens de ses paroles?

Insurmontables seraient les difficulté» que nous offrirait ce texte, si l'on prenait à la lettre les données exprimées par le Fils de Dieu en style symbolique. Et les images mêmes dont il se sert, montrent qu'il faut en faire abstraction pour ne s'attacher qu'aux idées. Toutefois, ses images expriment ses idées. Le berger rangeant son troupeau, les béliers à gauche, les brebis à droite ; le roi assis sur son trône et assenant aux justes les places d'honneur; le son des trompettes indiquant le grand jour; le Juge descendant sur les nuages des cieux, entouré des armées célestes : ces images sont la réprésentation du fait, elles ne sont pas ce fait même. La grande catastrophe, la transformation complète de l'univers physique, l'appréciation

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OU l'acte définitif de justice divine pour Tunivers moral, la révélation complète de la puissance du Fils de Dieu, comme juge : tels paraissent être les faits généraux, les faits purs, les dermes incontestables.

On a objecté qu'il ne s'agit, dans ce toMea/vb^ que d'un effet moral à produire ; que c'est un discours de piété et non pas une prophétie; que le cours du monde sera toujours ce qu'il a toujours été (i Pierre IH, 4^iO) ; que l'histoire du monde est le seul jugement du monde.

Mais on ne saurait affirmer sérieusement ni que le monde physique doive subsister tel qu'il est, ni que le monde moral doive rester à jamais un mystérieux mélange de bien et de mal, ni que Jésus-Christ n'ait voulu faire qu'un tabkaUy qu'une exhortation pathétique, ni que les jugements de l'histoire ne soient pas les actes précurseurs d'un jugement dernier.

Le jugement dernier est-il définitif, un classement après lequel nul autre n'aura lieu et après lequel nul esprit ne pourra plus dévier?

L'impossibilKé de dévier impliquerait ou la privation de toute liberté ou l'identification absolu^avec le bien? Ni l'un ni l'autre ne se peut concevoir.

Le jugement dernier est-il un classement universel? Appellera-t-il non-seulement la famille humaine, mais le monde spirituel tout entier, y compris les âmes qui sont entrées dans l'éternité depuis les temps les plus reculés ? Ou bien est-ce le classement spécial des es-

prils terrestres au moment où le globe cessera d'être ce qu'il est aetuellement et livrera ses habitants à des demeures plus pures ?

Est-ce un classement plus partiel encore, limité à ceux qui seront trouvés vivants en ce monde au moment de la dernière transformation du globe ?

Nul ne saurait prétendre à résoudre péremptoirement œs questions. Mais aussi la solution péremptoire de ces questions n'est que la chose secondaire et très-ultérieure. La chose essentielle et actuelle, c'est ce qui est exigé par la grande téléologie, par la marche morale, par la cause finale du monde : l'acte de justice universelle, l'application à tous hommes du type qui leur est donné, du type visible, du Fils de Dieu, qui est le jugedes œuvres, par la raison qu'il est le dépositaire de la loi et de l'ordre moral du monde spirituel.

C'est une indication à remarquer dans la théologie chrétienne que la stature tlu Christ doit être parfaite dans l'âme du fidèle admis au royaume de Dieu : elle fait connaître la mesure applicable à tous.

On objecte que, dans ce cas, le jugement dernier n'est af^icable lui-même qu'à ceux qui ont pu connaître ce type. £t à cette objection on en rattache une multitude d'autres, qui toutes se résument dans ceci : restriction de l'acte de classement aux seulschrétiens, faible minorité. de la population terrestre.

S'il s'agissait d'un jugement humain ou d'une comparaison personnelle, d'une mise en présence de tout

homme et de tout être spirituel devant sop juge divin, l'objection serait sérieuse. Mais ce dont il s'agit, c'est une comparaison éthique, c'est un rapprochement intellectuel entre une moralité individuelle et l'idéal divin de toute moralité tel qu'il s'est révélé dans Jésus-Christ.

Or, l'application de cette idéalité est non-seulement très-possible, mais la seule possible. Car quelle dutre que la plus haute voudrait-on qui fût appliquée?

Il n'en faut ni deux ni plusieurs.

Comment et quand sera-t-elle appliquée?

Ni le mode, ni l'époque n'en sont déterminés dans les textes, par la raison qu'ils ne sont pafs déterminables en langage humain. Origène dit avec raisoti que ce jugement n'a pas besoin d'un temps déterminé, ni d'un temps à remarquer ; qu'il n'aura, comme la résurrection, pas plus de durée iqu'un coup d'œil.

C'est là ce qu'on a dit de plus philosophique sur ce sujet parmi les hommes.

Le Fils de Dieu déclare que, ni les anges m le Juge lui-même n'en connaissent le jour et l'heure^ dont la connaissance est réservée à son Père céleste seul.

Les illusions et les ambitions humaines n'ont pas tenu compte de cette déclaration. Elles ont dit : Le Seigneur Ini-même a recommandé aux siens de faire attention aux signes du temps. Fort de ce raisonnement, on a calculé bien des fois, et dès les premiers siècles, sinon le jour du Jugement, du moins celui

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de la catastrophe qui doit ramener, la Ad du monde.

Loin d'être choqué de ces théories, on doit reconnaître la simplicité et la pureté où cette espérance s'est maintenue dans Tère apostolique, sans ombre d'raalUition, sans aucune analogie avec le fanatisme millénaire d'autres siècles. Le calme dévoué et la sainte régularité avec lesquels cette espérance, soutien nécessaire d un tOTops d'épreuves, s'est transformée pour ne plus reparaître, si ce n'est à des époques extraordinaires et en quelques rêves excentriques, en quelques intdligences exaltées-^-ce calme et cette régularité $ont4'effet d'une des plus admirables dispensations de la Providence. Car c'est la Providence elle-même qui a voulu que la question du jour dernier demeurât voilée comme celle des lieux derniers qui recevront les diverses familles des esprits jugés.

Dans toutes les théories la question des demeures dernières a toiyours marché de front avec celle du jugement dernier.

Notre première demeure à venir sera-t-elle la dernière?. Sera-ce celle de Dieu? nous rapprochera-telle de lui au point que nous partagerons la sienne?

Dieu étant également présent en tout et partout, il ne peut se rapprocher de rien, et nul ne peut se rapprocher de lui, comme nul ne peut s'en éloigner, c'est-à-dire topographiquement. Aucun changement d'organisme ne peut amener un changement sous ce rapport, nous l'avons dit.

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Mais, notre transformation devant produire un progfès très-grand dans nos facultés et nos perceptions, elle changera profondément le sentiment de la préseoce de Dieu. En déchirant une partie des voiles, en les' rendant tous plus transparents, elle nous rapprochera de lui en ce sens ; mais ce n'est pas à un changement de demeure que tient oe degré de communication plus intime et d'union plus parfaite.

Un premier changement de demeure pour les esprits terrestres parait démontré, d'abord, par l'opinion générale, par la doctrine de toutes les religions, puis, par le fait, que l'habitation de ce globe, sous sa forme actuelle, n'est compatible qu'avec leur organisme actuel. Mais quelle que soit la résidence de chaque famille et de chaque classe d'êtres, partout nous serons en face de Dieu ; et partout, que nous soj^onseitoyens de l'univers ou babitantsexolusifsd'une de ses parties, nous pourrons jouir de ce sentiment complet de sa présence qui égale la perception sensible, la vue face à face, selon l'expression symbolique.

Si nous devons être attachés encore à un lieu spécial, à un globe, la terre au besoin nous servirait elle-même de résidence glorifiée, puisqu'elle doit être transformée pour répondre, renouvelée, à des cieux nouveaux.

Toute la question de notre demeure future est dominée par cette loi, que l'être intellectuel et moral, fiait à l'image de Dieu et issu de Dieu, est son fils dans

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Tunivers tout entier, n'y est enchaîné d'une manière absolue nulle part, y étant appelé partout, pour que son œuvre s'accomplisse entièrement.

Mais ici s'élève ce qu'on appelle la question de cœur.

La pensée régulatrice de notre destinée, sans faire diversion à l'achèvement de notre tAche, n'appelle-t-elle pas de préférence l'esprit détaché de sa première demeure là où se retrouvent les objets de son affection naturelle? Ou bien lui en fait-elle trouver sans cesse d'autres, de plus, dignes et de plus parfaits, déplus conformes à son état et de plus favorables* à son développement?

Les affections établies au nom des lois divines sont sacrées et perpétuelles comme c6s lois. Point de doute qu'en son temps, en temps opportun, nous ne retrouvions ceux qui sont les nôtres selon l'esprit. Les nôtres entendus d'après ce principe : a Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère et ma sœuretma mère.» (MaUh. xii, 48,50.)

Cela répond aux questions si souvent mal agitées à savoir quand, comment, pour quel temps et avec quelles affections, nous reverrons les nôtres, ou comme nous disons, ceux qui nous sont chers,

11 n'est pas, à ce sujet, de réponses autres que celles qui jaillissent de la nature des choses. Elle veut, quant au temps, que ce soit le jour où l'harmonie des Ames sera complète à ce point que, dans cette com-

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munauté le bonheur et la paix soient possibles. Or, cette communauté n'est possible que dans des conditions d'analogie, dans des accords de pureté et de sainteté tels qu'il n'y ait pas, ^ntre les uns et les autres, ce que la grande parabole de Lazare appelle un abîme. A cet égard, la*faiblesse humaine pourrait s'alarmer pour les objets de ses affections et s'affliger, soit de la lenteur des autres, soit de la sienne propre.

On a souvent dit avec un grand air que, si ceux que nous aimons nous manquaient au séjour des bienheureux, la douleur que nous en ressentirions empêcherait notre félicité d'être parfaite; il faudra donc qu'ils soient avec nous. Mais, nous l'avons dit tout-àrheure, la parfaite félicité n'est le partage que de la parfaite sainteté, et celle-ci est au-dessus des affections terrestres. Or s'ils n'aiment pas notre compagnie ou que nous ne fussions pas dignes de la leur, comment la réunion serait-elle possible ?

On a cru trancher la difficulté en disant que nous ignorerons la destinée des nôtres qui ne seraient pas aussi heureux que nous, l'inégalité devant nous peser péniblement. Mais encore une fois, défions-nous de tout argument assis sur notre bonheur absolu. Car nos inclinations ou nos convenances ne domineront pas plus la justice divine ou la loi morale dans l'autre monde que dans celui-ci.

Moins nous conserverons dans nos idées les limites de la condition terrestre, qui est essentiellement T. II. 26

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locale, plus noussarons dans le vrai. Ainsi les limites de l'espace ôtées, tous les esprits seront habitant^ de l'univers entier et nul ne sera plus attaché à aur cune sphère. Mais y aura-t41 ubiquité pour chaçuii ^ promiscuité pour tous? Nulle doctrine ne va jusque-là, nul texte sacré de l'antiquité judaïque, ai diji christianisme.

Les textes bihUques, qui classent la totalité de$ êtjres moraux en deux grandes catégories, ont deux séries CM deux ordres de désignations poux ceux qui les habitent. QiMQd ils considèrent D^eu comme un monarque absolu, à l'iustar de ceux de l'Orient, il^ 4q[)|)ellent le$ uns les élus, les autres les réprouvés^. Quand ils considèrent Dieu comme juge, ils appellent les uns les justes ou les justifiés par la grâce, Iqs autres les condamnés. Quand ils considèrent Dieu Gomiae un maître dont les serviteurs ont perdu leurs droits par l'abus qu'ils ont fait de leur liberté, et qui les a fait racheter en livrant son propre fils à la mort, qu'ils avaient méritée, ils appellent les uns les rachetés, les autres les escbves du péché. Enfin, quand ils eons^èrent Dieu comme chef du royaume des cieux ou des lumières, ils appellent, les uns, les enfants de la lumière, les enfants de Dieu et les héritiers du ciel, les autres, les enfants des ténèbres, les fils de Satan ou les habitants des enfers.

Et, pour ces deux immenses catégories, qui embrassent la totalité des esprits, ils n'ont naturj^Uement en

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dernière analyse que deux espaces coi^ï^ôpondant i ce classement éthique, appelés le Paradis et l'Enfèt*, sàlîf la nuance entre les deux, ou le lieu de transition dont nous allons parler.

11 y a des systèmes qui n'ont pas même Tair de connaître un moyen terme, ni plusieurs catégories d'immortels. Et cela est tout simple aussi. Jésus-Christ l'a dit : <c Qui n'est pas pour moi est contre nboi. »

Cela est-il trop simple? Dans les systèmes les plus riches de l'antiquité orientale, il n'y a pas un plus grand nombre de désignations pour les demeures futures ou pour les catégories d'habitants appelés à les peupler. Mais une division générale n'exclut pas les nuances; et un fait allégué dans les textes apostoliques parle ouvertement en faveur d'un Heu d'épreuves ou de transition.

Ce fait, la descente dans le Hadès, appartient à la mission terrestre du Fils de Dieu, et n'est que légèrement indiqué, parce qu'il est étranger à son œuvre terrestre. Mais qu'il soit pris dans le sens historique t)u dans le sens symbolique, la conséquence en est la même : il prouve que, dès les temps primitifs, l'opinion chrétienne admettait l'existence d'un lieu intermédiaire.

Pour ne pas choquer ceux qui trouveraient étrange que le Fils de Dieu fût descendu aux enfers, on a proposé de traduire les mots, descendu aux enfers^ qui entrent dans la profession de foi du chrétien, par ces

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autres : descendu auprès des morts. Mais si les morts sont en un lieu, on peut fort bien le désigner par le nom d'Enfers. C'est en ce sens que les loci inferiores étaient entendus chez les ancien^. Or, on peut parfaitement admettre ces deux choses : d'abord, que le Fils do Dieu ait visité un ordre d'esprits réunis dans une région spéciale, esprits n'appartenant à aucune des deux classes rigoureusement désignées par les termes d'élus Où de réprouvés ; puis, que le mot d'enfers se soit pris dans le cours des siècles en un sens exclusif qui ne répond plus à celui des loci inferiores.

Le fait de la divine Visitation ayant eu lieu immédiatement après la mort de Jésus-Christ, antérieurement au jour du classement ou du jugement du monde moral, il est évident qu'il faut éloigner de cette région, de ce àcfeç visité par le Fils de Dieu, toute idée d'un lieu définitif de peines et de supplices.

Faut-il ajouter que, dans ce sens, le fait est très-acceptable ; qu'il est même très-convenable ; que le Fils de Dieu a fait là, dans le sein de l'humanité ultra-terrestre, ce qu'il avait fait dans le sein de l'humanité terrestre à laquelle avaient appartenu ceux qu'il est allé visiter, et qu'il s'y est adressé à ceux qui étaient disposés à l'entendre, comme il avait fait sur la terre?

Non, car il n'y a pas d'hypothèse possible en cette matière ; il n'y a qu'à prendre le texte apostolique dan3 sa concision, ou bien qu'à y renoncer.

On voudrait savoir s'il s'est adressé aux démons pour

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les gagner? Mais quand il les apostropha sur la terre» fut-ce pour les convertir? U est dit, en langage figuré, mais en un sens positif^.que le Fils de Dieu est venu pour renverser remfjire de Satan, et que c'était là sa mission. Fort de cela, on demande comment il l'aurait renversé, s'il avait évité de lutter contre les démons, de les éclairer ou de faire luire devant leur Ame sa lumière divine et son amçur céleste.

Mais, évidemment, ce n'est pas par les démons eux-mêmes qu'il est venu renverser leur empire.

Il est une hypothèse qui s'arrête à moitié chemin, qui veut que le Fils de Dieu n'ait apparu aux enfers que pour y annoncer sa, victoire et que sa mission y ait été un chant de triomphe et non pas un Évangile.

Mais on se figure difficilement le Fils de Dieu annonçant aux intelligences déchues, qu'il vient de triompher près des intelligences terrestres, puis s'arrêtant et disparaissant après cette proclamation de héraut.

Quelque faibles que soient d'ailleurs toutes ces hypothèses sur l'œuvre spéciale du Fils de Dieu au Hadès, l'existence, au moins temporaire, de ces de*raeures provisoires n'est pas contestable, et l'extension de sa mission sur tous ceux qui ont habité la terre ainsi qu'à tous ceux qui ont exercé une action sur eux, même funeste, est au contraire une conception très-haute.

Dans tous les cas, quand même il n'y aurait en dé- T. n. 26.

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finitive que deux catégories d'êtres moraux» les bons et les mauvais, rien no semble exclure les degrés et les nuances dans Tune et l'autre. La religion cbré^ tienne en indique plusieurs pour les anges ; et» si sobre qu'elle soit de ces théories sur l'avenir, qui ne doivent pas trop peser sur le présent, elle admet cependant une variété de demeures. Elle parle du troisième ciel, du septième ciel. Elle parle du plus petit et du plus grand dans le royaume des cieux. Et la preuve que ce ne sont pas là des images, mais des idées, c'est que ces termes répondent à des idées spéciales. Par exemple les termes, le plus petit dans le royaume des cieux, répondent à l'idée rendue par ces autres, celui qui aura mis de côté un des moindres de ses commandements. La parabole sur la diversité des talents et celle des récompenses a le même sens. Un grand nombre d'autres textes viennent à l'appui de ce point de vue sur la pluralité des conditions et des demeures futures, demeures et conditions qui doivent être en rapport avec les situations morales, les épreuves à passer, les progrès à faire. En effet, le Fils de Dieu dit d'une manière très^prédse : a II est beaucoup de demeures dans la maison de mon père ; »• mots qui doivent se prendre dans le sens le plus complet^ celui d'universalité des demeures afiEectées à la totalité des familles spirituelles, qui sont toutes h Dieu.

Cette variété de demeures, infinie sans doute, vient

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fësoudrie elie-méme la question de savoir, si les premières demeures de la rie future seront aussi les dernières, les demeures définitives et suprêmes.

Les dernières demeures et les félicités supréàies sont nécessairement réservées au dernier degré dé perfection auquelle il est possible à chaque espèce et à chaque individualité d'atteindre. Si cela est, l'entrée dans ce que nous voulons appeler la demeure suprême, la sphère de la sainteté, ne doit pas être la stiite immédiate de la mort ni du jugement de chacun^ et il est rationnel d'admettre une longue série de nuances, puisqu'il s'agit d'une longue série de progrès ou de modifications. Indéfinies, ces modifications, nonseulement ne pourront jamais cesser, puisque leur cessation serait la mort, mais, toujours plus vives, elles seront toujours plus profondes, et nous élève^* ront toujours davantage vers Dieu, l'idéalité de nos idéalités, la volonté de nos volontés, notre étude, notre amour, notre espérance dernière, celle qui ne peut pas ne pas se réaliser, puisqu'elle a pour objet la réalité des réalités.

Peut-on admettre une pâlingénésie complète et universelle? Peut-on proclamer le principe, que ce qui a été à Dieu en son origine — et c'est tout embrasser — ne peut pas être perdu pour Dieu à tout jamais, à qodque degré d'altération qu'il soit tombé?

La théorie contraire, c'est-à-dire la décadence et la dégénération arrivées à un degré qui implique

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rimpossibilité d'un retenir et qui justifie Téteroité des peines, est-elle enseignée dans les textes sacrés?

On a cité pour la négative un texte absolu, a C'est la volonté de mon père, qui m*a envoyé, que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés , mais que je les ressuscite au dernier jour. (Jeofi 3047.)

Cette parole est circonscrite par elle-même : Auoun de ceux qu*il m'a donnés; elle ne regarde donc que ceux qui ont été donnés au Fils de Dieu. De tous ceux qui lui ont été donnés, il n'y aura aucun de perdu. Il le déclare à tous : <t Je n'en perdrai aucun. Je les ressusciterai tous. » (Lac XIX, 10.)

Pour résoudre la question, il ne s'agit donc plus que de savoir si tous lui ont été donnés. Or, à oet égard, il ne paraît pas y avoir de doute : la création tout entière, sans exception, n'est-elle pas destinée à être glorifiée par celui qui est dans le monde, non pas seulement la manifestation de la gloire de Dieu, mais la manifestation de la nature de Dieu?

De lui et par lui et pour lui sont toutes choses. (Rom. XI, 36.)

Dans la plénitude des temps, il. réunira toutes choses en' Christ. (Éph. 1, 10-12.)

Il a plu au Père<iue toute plénitude habitât en lui et de réconcilier par lui toutes choses avec soi. {Coloss. I, 16-19.)

Cela parait ne point laisser de doute. Aussi les

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anciens docteurs, tels que Clément d'Alexandrie et Origène» qui maintiennent la liberté jusque dans l'enfer, la liberté ne pouvant jamais faire défaut à un être moral, admettent-ils même l'amendement ou la r^epentance de Satan.

G'est l'hypothèse de l'anéantissement complet du mal, du rétablissement absolu dans le concert du bien et du beau de tout ce qui a failli ; en un mot, la théorie delà palingénésie universelle.

Cette théorie se fonde sur le^ textes sacrés que nous venons de citer et auxquels s'en ajoutent d'autres. (Act. m, 21 ; Apoc. XXI, 1-6; 1 Cor. XV, 24, 25.) Elle est fondée aussi sur un argument de haute spéculation.

Si le mal n'est pas venu de Dieu dans sa création comme un agent à jamais nécessaire pour l'accomplissement de ses desseins et par conséquent voulu de lui ; s'il y est entré comme un abus de liberté et un agent contraire à ses vues, il ne saurait s'y maintenir à perpétuité, et la fin de son règne est marquée, à quelque distance que ce soit de son origine. Dieu seul peut régner à jamais dans la création de Die^u.

Cette théorie, qui est devenue chère à l'humanité et que toutes les espérances du cœur semblent inspirer à toutes les conceptions de la raison, n'est pas affectionnée seulement par le rationalisme, elle Test surtout par le mysticisme qui se complaît dans les intuitions panthéistes.

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Elle est combattue, elle est frappée de condamnations sévères par un dogme religieux, celui de*réternité des peines, professée avec une égale précision par les deux communions chrétiennes qui insistent le plus, Tune sur le principe d'autorité, l'autre sur le principe de liberté : De infemo nulla redemptio^.

Or ce dogme est fondé non-seulement sur les textes les plus positifs (Matth, XII, 32; XXV, 46; XXVI, 24; Apoc. XIV, 11; XX, 10; XXI, 8,27), mais encore sur les considérations éthiques les plus graves.

Et Ton aurait beau dire que c'est là essentiellement une question spéciale, une question de dogme et d'exégèse sacrée, dont la philosophie religieuse peut faire abstraction : la raison ne peut pas faire abstraction du problème que le mal jette dans le gouvernement de Dieu, dans la vie de l'homme, dans l'avenir du monde spirituel.

On aurait beau dire aussi qu'il n'est pas donné à l'intelligence humaine de sonder ce mystère et qu'il faut renoncer au stérile plaisir de le débattre.

D'abord, il n'y pas de débat stérile ni de plaisir stérile.

Puis, il n'est pas de plus grande question dans la métaphysique que celle du gouvernement et de la destinée finale des esprits faits à l'image de Dieu.

Enfin, il n'est pas de question plus séduisante pour

. ' J. Regnaud, Ciel et Terre. — H. Martin , la Vie fiUure.

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la philosophie religieuse que celle qui offre une conciliation aussi difficile, d'une part, entre deux ordres de textes religieux, et d'autre part entre un dogme de haute théologie et une thèse favorite de haute philosophie;

C4ette question restera donc à Tétude tant qu'il y aura des questions et des études.

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