CHAPITRE IX
Iêb. perpétuité du inonde spirituel et tes dettînéei fluprémei. — Eschatologie.
L ~ La perpétuité dm monde spirituel et V immortalité.
Au point de vue du sens commun, de I9 spéGulation sensualiste et de. la spéculation panthéiste, on élève toute une série d'arguments, non pas contre la permanence de l'espèce humaine ou celle du monde spirituel en général, admise universellement, mais contre celle des individus qui le composent. Et ees doutes» de même que ceux qui concernent Texistenee de Dieu, se produisent à certaines époques avec une grande énergie, parfois même avec une confiance extrême.
A les entendre, tout ce qui se voit, dans Tunivers, démontrerait que, dans la création entière,il n'y a point de permanence pour les individus ; qu'il n'y a partout que transition. Les types seuls y sont constants; le général, l'espèce et l'idée, le sentiment et la volonté, l'esprit et la pensée, s'y perpétuent, mais non pas les existences qui leur servant de véhicules.
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Tout véhicule s'use, toute forme se brise, et une continuelle transformation absorbe Tindividu tout en perpétuant le type. Nul n'a le droit de se plaindre de ce qui est refusé à tous ; nul n'a droit à une durée constante, et c'est l'orgueil de la fatuité que d'y prétendre.
A chacun est donné une mesure d'existence notable ; il s'y joint beaucoup de maux, sans doute, mais des maux qui ne sont que la conséquende et qu'en proportion des fautes, couverts d'ailleurs par une main bienfaisante et voilés des illusions d'une éternité de bonheur.
Si l'homme qui se plaint voulait ouvrir les yeux; il éviterait des fautes qui font toute ^n infortune, et accepterait les vanités qu'une main bienfaisante offre aux mécomptes de son ambition. Mieux avisé, il comprendrait que, pour être immortel, il faudrait n'avoir pas commencé. Il a commencé, et il ne veut pas finir !
D'un monde où tout meurt et où il se voit mourir lui-même, il prétend, contre toutes les évidences^ passer dans un autre et y vivre à jamais; borné au fini, enfant du temps et prisonnier de l'espace, il aspire à l'infini, à l'éternité. A l'entendre rêver, il n'y aura plus, un jour, pour loi aucune des limites qu'il rencontre maintenant partout. Puis, il n'est point ici ce qu'il est; sa réalité est ailleurs. Ailleurs, où? Et qu'a-t-il pour y être nécessaire, pour y être possible?
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Il dit sou âme de Die» et immatérielle, donc immortelle. Mais il ne sait ni ce qu'est la matière, ni ce qui n'est pas elle. Ce qu'il devrait savoir, c'est ce qu'il voit : que son âme se développe avec le corps, s'affaisse avec lui et s'évanouit souvent même avant lui.
L'immortalité! le plus beau livre écrit par le plus beau génie de l'humanité, celui qui résume l'Orient et l'Occident, le Phédon, ne la démontre pas.
Or, Plafton y met tous ces arguments en un jour tel que nul ne saurait mieux faire; malgré toute la fermeté de sa conviction et toutes les émotions de son enthousiasme le plus sublime, il ne prétend pourtant jias forcer la raison par l'ascendant de sa parole. La sérénité de son jugement, malgré toute l'exaltation de son cœur, se borne à dire que ces arguments, ti- Hs de la vie née de la mort, de la préexistence des âmes et de leurs imperfections mômes, font croire à l'immortalité : elle ne dit pas qu'ils la démontrent. Platon a raison ; car ses arguments sont faibles quand il insiste sur le principe qui veut, qu*wn état naisse d'wn état contraire, et que, la mort naissant de la vie, la vie naisse de la mort, puisque, si cela n'était pas, tout tomberait finalement dans le même état, toute variété cesserait et partout régnerait une triste uniformité. €'est là un de ces jeux d'esprit qu'on aimait dans les écoles grecques. Cela ne porte donc pas la cofi'Vietion dans l'esprit, car on ne voit pas comjseal la vie terrestre sort de la mort céleste, ni
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comment la ne eéleste nah de la mort terrestre.
Toile les objectioiis. MaiSy pour répondre d'abord à la dernière, à l'insuffisance des preuves de PW ton, et à la faîMesse du principe, que la mort enfante la vie, que veut-on prouver par les défaillances d'un homme ou la faiblesse d'un principe? Au dessus de l'un et de l'autre est l'éternelle raison^ Or, pour eUe la vie future ne sort ni de la mort terrestre, ni de la vie qui la précède ; elle est-, au oonliraire, la vie {propre de l'être intellectuel et moral, la vîearrivée enfin àœ degré où elle ne doit plus fonctionner dans uii orga^ nisme terrestre. D'ailleurs, Platon dit très^vmi en ee sens, que nous prenons pour la mort ee qui- n'est qu'une transformation; et que, s'il n'y avait pas, dans le monde, succession continue de c^ changements qu'on appelle de9 martSy presque tous les cbangeifuents qu'on appelle des naisswnceSy ou n'auraient pas lieu, ou auraient besoin d'étré motivés autie^ tnent;
C'est là ce qu'a vu Platon, et ce qu'il a trop généralisé, comme il a fait dans son second argument tiré de l'existence de 1- ème avant la vie terrestre. De celle exiàtence il trouve la preuve dans les àM^<aîr, les notions générâtes dès-choses que l'àme' possède aotoeHeiûeût pour e/û avoir vu les essenees ou les iàéei durant son existence antérieure, indépendmle de l'organisme actuel, ce qui prouve qu'elle peutesisler indépendante aussi postériairemient à cetierganîsmei
rasMHAnPOUiGiB. 40B
Or, il faut convenir que cet arg^B^nt n'aiiraît d» pmrtée qu'autant que ta {>réexistence serait d'abord dénM^trée autftement. Mm de ee que Yemammsis ut la' prouve pas, il n'eu suit pas qu'elles soient toutes deux è reuvoj4»r dans le domaine de la fiction.
Ce renvoi même consenti^ rien ne prouve enisoce qœsi rftme n'a pas existe avant son orgmisme, aile n'existera pas non plus après lui, puisqu'au conU^re tout nous oblige à la distinguer de cet organiscod.
Eneffet, nui;ne.peut Confondre son âme avec ses organes; Si nous nous voyous sans cesse aveo Yotfs^ aisme, et si nous, accomplissons tous nos aptes, avec ate concoiHs, nous nous concevons cependiant sauf lui. Or les intelligences qui se conçoivent le mieoi ainsi, sont précisément celles qui se distisiguent le plus de leurs organes; <$ar mieux elles se savent âi^inctes du corps et immofteUes. sous une fonae ou^ soua une autrey plus elles s'élèvent.
Aucun des arguments contre la préexistence ne lirap^.donc la peamanenee». et de là vient peut^tfe que, si l'une n'est admise que dans un petit nombire de s^ystèmesy qu'on peut qualifier de poétiques^ où de religieux plulât que de métaphysiques^ VautireeaipfO<feeséepar l'humanitértout «ntière, moins les maléria'^ Uatesr systématiques et les sceptiques déterminés. Mais nul n'e^dans lé vrai contre tous, et si les plus belles pages de Platon et les plus, belles pages de Plotin soBt^préeisément odles où ils parient delà vie futorai
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ce n'est point assurément parce que la vte future est la plus belle des questions» c'est peut-être parce qu'elle est la plus belle vérité. Si nous avons aujourd'hui des démonstrations moins brillantes, c'est sans doute par la raison que les arguments contre l'immortalité n'ont plus guère de crédit. Du moins les sophistes de la Grèce ne pourraient plus être imités des nôtres ; leurs déclarations les plus animées ne paraîtraient plus qu'un abaissement systématique de la condition humaine, et la réprobation universelle que cet abaissement rencontre dès qu'il se manifeste dans les écrits de quelque naturaliste excentrique ou de quelque panthéiste émancipé, est désormais une réfutatioB suffisante de toute théorie qui yeut.imposer la morta^ lité même à l'esprit.
Il en est une plus forte, cependant, j'entends le désaccord qui s'établit dans l'âme de ceux qui argumentent : car ces docteurs si tranchants en apparence, sont d'ordinaire, et comme malgré eux, les partisans secrets de toutes les espérances qui, inhérentes à la nature humaine, l'emportent sur tous les systèmes. £t ils ont raison : qui donc voudrait de la vie sans la perpétuité, de la vie réduite à un enchaînement. d'illusions faites pour ne se réaliser jamais, et d'espérances qui, tout en se transformant, ne seraient que des déceptions encore, que des répétitions fastidieuses? Nul, s'il était consulté, hormis ceux qui, l'acceptant sous le bénéfice de je ne sais quelle grossière
jouissance, ne seraient plu^ des êtres moraux.
Mais, si ce matérialisme était toute notre destinée, Dieunous aurait-il faits ce que nous sommes? Puisque nous sommes des intelligences, sommes-nous créés tetrt entiers pour des plaisirs qui ne satisfont que les instincts de la chair; et une âme qui embrasse dans son amour Tinfini et l'éternité» peut-elle avoir pcwir toute mission d'être l'indigne servante d'un organisme animal ?
Platon qui dît que, si la mort ne venait pas mettre fin à cette vie, il faudrait que le monde offrît d'autres aliments à l'flme, dit admirablement la vérité sur l'existence humaine : elle n'est pas bornée à ce qui lui est offert ici, et la divine nature de l'homme, qui tient à la divine nature de son auteur, ne saurait s'en contenter. L'âme ne peut pas plus cesser ses rapports avec Dieu que Dieu ne peut cesser ses rapports avec elle. Gequi n'est pas de la nature dé Dieu peut cesser d'être ou se transformer sans participer à son immortalité ; mais ce qui est de la nature de Dieu demeure avec Dieu éternellement.
La question de savoir si les espèces morales établies sur ladiversitédesglobesy sonttoutes permanentes ou toutes transitoires, et si chacune d'elles doit garder sa demeure, sauf à s'y transformer, ou doit se transférer ailleurs en se transformant, est tranchée dans ce dernfer sens par la famille humaine. Mais d'autres, vivant dans d'autlies conditions, peuvent être appelées à T. n. 23.
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remplir leur destinée tout entière d#osleurr hafailatien présent^.
Tous les systèmes religieux, d- accord aTScla raison universelle» sauf de rares exceptions» ont toujocns professé, comme unprivilégederbumanitéetcoinmi une révélation intérieure, ces deux principes, que tes esprits supérieurs ou célestes sont immortels en teor condition actuelle, et que le$ esprits terrestres le' seront un jour, dans une condition andiogue à odte^è.
La destinée prédite à notre globe devant èl#e une transformation telle qu'elle équivaudra à la' cessation de soa ordonnance actuelto, la fin de l'espèce humaine doit âtre admise dans le même sens, la cessaticm de l'organisme actuel suivant nécessairement celui de la terre. Cependant la plus haute pensée de notre race est dans ces mots d'un philosophe mystiqifte : « L'é* tude de la nature nous feit connaître qu'dle a été créée pour l'homme, et l'étude de l'bomme nousoon* dùil irrésistiblement à la conclusion qu'il n'a pas élé fait pour la terre, mais pour le ciel^ et que Dieu^enl est la raison et le but de l'homme ( Swedenborg, De mUu el amore Bei). Or, cette croyance se fonde «ur un faisceau d'espérances universelles, de preuves philosophiques et de promesses religieuses que rien ne parvient à briser entre nos mains.
En effet, dans la nature de l'espèce humaine, dans sa substance spirituelle, il y a, non-seulement une répulsion instinctive pour l'anéantissemeat, mais des
MBUMATOftOftHè Vil
eipérdosts inextinguibles d'immorialitéi el cos.efpé^ rance&y qui sontpeutrêtre ee qui exerce le plua4«pouf ¥oif sur m» convietions, s^Enblentau pr^&ier aspeot m oft*ir Tappui le moins soIî4e. Elles ^mblenttout«$ sie «Hceëder unjqueixiient pour se remplacer âao» la mission de nous bercer, et s'évanouir ens^m;ble quand Idur mj^sieo.est accomplie, Elle^ nai$3ent avee nous et vivent avec nous jusqu'à la moart, safts cesse s$ cbassieâit le^ unes les autres, se traitent d'iUusims regrettablesr^ l^s unea eoini^e lea autres k meaui^ qu'elles- se remplaeedii et sont ea effet recomnea; poiu? teltos eU} grande partie.
Mais elles jouent en réalité un tqut auU^e rôle. D'abordy et eonaidérées coKimjB emplies moyenssd'édoeatioiii à Tusage du gôuvernemmt divia de nos esprit», elles sont giuiduées atec uoe mtelligjence à ce point merv^ilieuse que toute»' S0nt des véhicules de progrès. Puis^ si tous ces rêves siehamanta^ces douées ▼iimtés, ces fiaUeuses perspectives changent saM ees86» e'esl toujours afin de nous reiid^^ plus coar»* geux, plus heureux, et souvent meilleurs, si bien que nuls d'eux o» s'en vont sans avoir rempli ume ■lîsstao salutaire;
ToKvies ces- perspectives^ nràme les pluasoUddset les {^ légitimes en apparence* ne eassient de ebash ger déforme, il est vrai. Mais celles qui disparaissent se modifient ou se transforment pour faire plae^, siwm à de plus diouees^ d\i^ moine à de plus hautes et
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de plus pures, comme sous la main de Tarltete, aréèteur* studieux, un dessin plus parfait succède à nn essai informe. Et ce cercle magique se continue dans la vie de Thomme jusqu'à ce qu'enfin l'image un peu fugitive soit remplacée par la chose qui reste ou se laisse atteindre.
Plus rëducation d'un être moral est complète, plus il y a de transformations dans ses espérances, dans ses attachements, dans ses vœux ; et plus les modifications détachent du temps, plus elles amènent de réalisations pour l'éternité, réalisations qui sont les objets enfin saisis, des espérances enfin accomplies et devenues les réalités ellesHnâmes, les épreuves changées en triomphe, les transitions converties en perpétuités. Dans notre existence, les espérances sont si peu un enchaînement de rêves ou d'illusions, de jeux frivoles, de vains fantômes ou d'inutiles chimères, que tèutes sont des dispensations sérieuses, mères de saintes préparations et d'heurei»es transitions des choses inférieures aux choses supérieures. Si elles jouent, à nos yeux, dans l'enfance ou dans la jeunesse de l'homme, ^ même dans l'ége mûr ou la vieillesse, le rôle de compagnes un peu aveugles de nos (Buvres, ce sont les amies les plus fidèles de tous nos progrès. Elles remplissent ce rôle d'une façon encore plus sensible dans la vie des nations et dans celle de l'humanité que dans celle des individus, élevant tout et sans ce^se, de degré en degré. Sous ce rapport, rien
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de plus digne d'attention qnerhumanité elle-même : de quelle puissance de actions elle nourrit sa pensée dans ses débuts et dans son flge d'or; avec quelle rkhe idéalité sa jeune audace entre en scène pour jouer ce drame si poétique dont chacun des actes est un progrès et le dénouement Y éternité I Aspirant à chaoune de ses phases ultérieures à des conquêtes plus ambitieuses, à des destinées plus vastes et plus fDrtonées, elle n'a pour tous ses rêves passés qu'un sourire de pitié, travaillant toujours à une ère de prospérité idéale qui fuit de génération en génération, mais que chacune prévoit pour celle qui doit la suivre et qu'elle lui prépare avec la même ardeur que si elle travaillait pour elle-même ; prospérité qu'aucune n'atteindra avant la consommation des siècles, mais à laquelle toutes croient néanmoins avec la même foi et la même raison ! Car ces espérances, toujours plus hautes et plus pures, sont des idéalités providentiellement abaissées sur nous des régions élevées où nous appelle notre destinée dernière, pour inspirer et féconder les œuvres qui nous y conduisent. C'est pour ce but suprême que les grandes conceptions de l'esprit quientourent le berceau de notre race, l'accompagnent, fidèles dans toute sa vie, et la soutiennent à travers les contradictions qui enveloppent la fin de l'individu, contradictions où, sous les formes de la mort, s'accomplissent les crises génératrices d'une vie nouvelle! Delàvientcefaitprovidentielque,malgrélacroyance
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générale de l'homme à U déoadeoce d^ Tesiièfie el onalgré toutes les défaillanees de riodividualité, il a de Tune et de l'autre uae si haute idée et sait si bien à quelle perfection il est appelé, que, partout où il re* trouve quelque trait sensible de son typedWin, ilpfo* clame $a foi àm& l' avenir comme dans le passé.
Siansnos Goneeptionalesj^us în^istibles, rhnm»» ailé a é^ vertueuse et heureuse dans la passé et elle le sera dans Vaveoir, 0r la destinée de Tindividu est donnée par celle de l'humanité. Quiconque des adUes, si imparfaite que son apparition ait éfeé parmi noos, a aidé un peu à notre foi commune en tous» devieiit tout aussitôt pour nous* par voie d'une anUcipation prophétique, ce qu'en fera l'éternité, ce qu'il aurait dû élre dans le temps, un être heureux et pur. Brisant le masque grossier qui altérait ses traits* nous ne le contemplons plus désormais que dans son idéalité. Et ces glorifications sont moins de poétiques que de saintes créations^ émanées d'une source mystérieuse qui a sa légitimité dans notre véritable origine, dans cette participation aux perfections divines où nous appellent les plus belles facultés de notre âtre, et qui nous inspire toutes nos plus hautes pensées et nos espérances les plus légitimes.
De ces idéalisations, il en est beaucoup: sans doute qui ne sont que de^rillantes témérité^ auxquelles nulle réalisation ne répond sous la forme précise que nous leur demandons; mais c'est pour cela m^me qu'elles
Se tfftfirforma&t sans eesse jusqu'à ce qu'elles ^ient pures, et Tjivenir, j'entends Dieu, se réserve de ne les réaliser qu'à celte condition. Elles sont donc légitimes, fondées sur la pensée suprême, sur des raisons éter* ineUes, sur des csKxtifs divins : l'enchaînement provi^ dentiel des choses présentes et des choses futures. Tontes les formes de nos espérances ont leur valeur réelle, et les dernières de ces formes^ celles qui d^vent se réaliser, sont si augustes^ que leurs apparences, même imparfoites et transitoires, ont le droit sacré de mener les e^its. •
En effet, toutes les formes qui sont trop impai^ ftâtes pour qu'elles se réalisent, ont la mission de nous mener vers l'idéalité par des phases plus parfaites. Et c'est l'idéalité qui, seule, est la vérité, car c'est le bien absolu.
C'est donc avec une sagesse admirable que la Providence fait s'évanouir en temps et lie», au fur et à mesure qu'elles ont accompli leur mission, les espérances et les illusions qui nous conduisent, de eoneeption en conception et d'œuvre en œuvre, dans cette ère des réali^s, cet avenir, cette éteraité, où la préparation par- les choses élémentaires est finie, où commencent les choses définitives, où succède, au monde des apparences et des formes transitoires, le monde des spiritualités pures et des véritables perpétuités^
La {d:iiloaophie négative ne voit dans le monde que
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des phénomènes ou des énigmes et se passe du monde des solutions. Comme Tenfant qui brise les jouets livrés à sa faiblesse, les foulant aux piedsdès qu'il s'en est amusé un instant sans en deviner le mécanisme, elle s'imagine que ce qu'elle appelle la nature, traite nimi les êtres intellectuels et moraux, les jette dans l'abîme du néant et les y foul^ avec dédain, après s'en ^re amusée un moment. Mais, fort de sa raison, l'homme ne se persuade pas que toute sa destinée est concentrée en ces tristes jours oùil marche d'énigmes en énigmes, et dès à présent il vit spirituellement pour une tout autre, où tout est principe, ordre, loi, justice, vérité, éternité. Il s'y sent même si bien engagé que la vie actuelle, loin d'être pour lui une série de déceptions, est un premieT degré de sa prise de possession, une série d'initiations à la condition future à laquelle il se prépare.
Ce que le matérialisme appelle l'existence, est une série de vanités et de déceptions, cela est vrai. Mais vivre en matérialiste, ce n'est pas vivre moralement, ni intellectuellement.
S'il est des milliers d'émes qui passent sur ce globe sans arriver à la vie inteltectuelle «ta la vie morale, des milliers qui, dans la carrière terre^re k plus prolongée, ne vivent pas réellement, ce n'est pas, au moins, faute de leçons , d'avertissements, de douleurs et de corrections, ayant pour mission de nous apprendre à vivre et à nous connaître. Or, l'éme qui se
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eoDiKitt, sait bien que sa nature,- c'est la conscience de son affinité et de son intimité avec Dieu; que sa vie, c'est avant tout le sentiment de sa subordination à un ordre moral élevé au-dessus de tous les doutes ; que, dans toutes ses aspirations et dans toutes ses espérances, c'est toujours une existence supérieure, une situation plus nette, une harmonie plus normale avec Dieu, un monde plus spiritu^, qui domine. Et elle en infère ce monde avec une si parfaite assurance, que ce monde est son dogme universel, que cette existence est le but poursuivi de l'humanité dans tous les temps, chez tous les peuples. Sans doute, quand le développement moral et intellectuel est faible, les attachements au supérieur et les prédilections du futur sont faibles aussi ; mais avec ce double développement, ils grandissent les uns et les autres, et là où il est complet, les aspirations se changent en certitudes. '
Tout développement sérieux en morale mène à la religion. Or, dans la foi religieuse, les icTéalités divines de la vie future dominent à ce point la vie présente, qu'elles -n'y laissent subsister aueune déception, qu'elles en chassent toutes les vanités comme toutes les peines. Rare et sublime élévation du cœur qui prouve que les grandes convictions sont les seules vraies! Seules elles mettent l'homme au-dessus des illusions dii jour, même au-dessus des espérances de la terre. Et piartout où rbumanité entre dans cette voie^
4U PRBlilfATOUIfilB.
subordonnant le présent à Ta^eiiir, âemaDâaol à oelui'Kïi des réalités en échange des illusions de celoilà, elle tranche les énigiûes de la science, les héàVi* tions du doute, toutes les difficultés du présent.
L'universelle perpétuitédecesentisnentn'est^Ue pas, avec son action salutaire, laplus sâre garantie de son infeillibilité? Si la conscience de notre destinée ftilure n'était qu'une conception trompeuse, suggérée par je pesais quelle divinitémaligne, oh! alors, queileeruelle prison que cette existeoce tissue devaiaes{»*omesses, de plaisirs trompeurs et d'amères déceptions!
L'abtme qu'on creuse sous ses pas en niant l'immortalité, abtme d'oîi s'échappent Ions les ricanements de la folie et tous les blasphèmes du désespoir, ne nous renvoie-t*il pas è la vérité, lui aussi, avec toute son effrayante éloquefioe?
À côté des espérances d'immmialité, si puissantes sur le sentiment, il est des preuves qui parlent à la raison avec plus d'autorité encore.
On distingue quaire arguHients principaux, qnali^ fiés l'un de métaphysi<|ue, l'autre de psjeholo^que, le troisième de théologique, le quatrième d'éthique, tous les quatre entrevus dans la spéculation ancienne ou moyenne, mais que la spéculation modwne a développés avec plus de force et plus de précision.
L'argument métaphysique, sur lequel Descartes et Leibnitz ont le plus insisté, que Wolf et Mendelsohn ont préswié avec des dévekuppemeals nouveaux et
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un {rfus hattt degré de clarté, est tiré de la simplieité et de la non-^éteadue de rame. Le corps est un orga«> nisme où il y a quantité et qualité matérielles» c'est* à-dire matière de division et de décomposition. L'flme» qui n'a aucune qualité sensible, est en dehors de ces opérations; analogue au divin, elle est indestructible et impérissaUe par sa simplicité. C'est elle qui est le principe de vie de l'organisme humain, qui n'a d'animadon que par son union avec el4e, et qu'elle as*socia à sa vie sans lot permettre de l'associer à sa des*truction. Ayant le principe de son activité en elle, ne l'empruntant ni au corps, ni au monde, ni à l'ordre de substances dont se compose le monde, rien, ni son corps, ni aucun corps de même nature, ne peut le lui enlever ; une cessation de mouvement, une dissolution de parties est pour eUe un non-sens; la mort et l'âme sont deux idées qui s'excluent.
Tel est eet argument, dont on ne saurait ni c^firmer la valeur absolue, ni contester la valeui^ t elative, celle qu'il a dans l'état aeluel de la science.
L'argument psyehologique, pris dans l'ensemble de nos facultés, vait que la nature, qui n'a rien fait sens but, n'ait pas créé de forces sans dessein. Or, elle nous a donné, pour un développemrat indéfini, l'a-* mour de la vérité, le besoin d'aimer et le besoin d'à* gir. Développer ces trois facultés, c'est être heureux, c'est vivre conformément à la nature de notre âtne et répondre è son besoin d'un bonheur indéfini. €e be-
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soin, qui est celui detousrcetfe^âpiratiou, qài c^i ressort de toute notre 4^tbnce et qu'on peut comparer À une soif inextinguible, rien ne peut ici-bas la satisfaire ; et tout ce qu'on peut imaginer pour réaliser le bonheur sur la terre, ne saurait le donner. Ici-bas, la théorie du bonheur n'est qu'une stérile utopie, l'aspiration au bonheur qu'un vain rêye. Toutefois, étant donné à l'intelligence comme une conception suprême, à la raison comme un but, à Tflme tout entière comme une nécessité, le bonheur doit exister nécessairement, et si reculé que soit l'avenir qui le contient, il est; s'il n'était pas, il n'y aurait pas de justice dans la création. Or, la conscience humaine, qui n'est qu'un écho d'une autre, sait que la justice est la substance même de Tordre moral du monde : il est donc une existence qui offre la solution de celle où il ne se voit que des énigmes.
A cet argument il s'en lie un autre qui en est l'appui naturel.
En effet, l'argument théologique vient à son secours de toute la force de son autorité et de ses clartés. Si Dieu est, il est parfait; s'il est parfait, il est juste. Cela ne se discute pas, car s'il y a quelque chose de certain, c'est la justice de Dieu. Eh bien ! c'est lui qui est l'auteur de ces facultés qui aspirent à un bonheur pur et qui demandent un développement indéfini ; et c'est pour cette fin que nous entreprenons tout, sacrifions tout et souffrons tout, te bonheur.
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c'est la vraie fin de Tespèce humaioe ; et si, dans Tordre physique même, chaque chose est faite pour sa fin, à plus forte raison en est-il ainsi dans Tordre moral. Donc, s'il y a quelque chose de certain après Teiistence de Dieu et sa justice, c'est la vie éternelle, le développement indéfini et le bonheur pur, exigés par cette justice même.
Si beaux que soient ces trois arguments, Kant s'est attaché à en démontrer l'insuffisance aux yeux de la raison critique. Nous avons, dit-il, les trois conc^ts i^immaténaUtéy d'incorruptibilité ei de personnalité , et nous les considérons comme trois choses qui donnent la spiritualité ; mais ce sont trois concepts, ce ïie sont pas trois choses. Sans doute, Y animalité circonscrite par la spiritualité donne Timmortalité; mais où est écrit pour nous le droit de la circonscrire de la sorte? Les trois cbnœpts ne nous permettent pas d'affirmer là perpétuité de l'âme.
Ne sachant rien de la nature de celle-ci, nous ne la connaissons que comme un phénomème amené par la forme de notre intuition au moyen de nos observations sur les activités psychiques ; c'est dire que nous ne la connaissons que par le moi, la chose qui pense ; et celle-ci, que par ses attributs, ses pen-
En général, la psychologie transcendentale, prise faussement pour une science de la raison pure, ne faisant pas connaître la substance de Tflme, nous
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ne saurions rien affirmer en 60n nom sur notre^ immortalité. Loin de niertdrJvie à venir, le laboriesx eritique veut toutefois joindre à la gtoire de démontrer que ses prédécesseurs s'étaient trompés en pnenant pour des arguments de simples opinions, c^le d'avoir troufé enfin un argument vraiment irrésistible, et il présente comme tel l'argument éthique, qui montre l'immortalité exigée comme un postulat de la raison pratique, pendant de l'existence de Dieu, exigée aussi par ce po^ttitol.
En effet, suivant Kant, notre raison nous lait un devoir de rechercher l'union d'une vertu parfaite et d'un bonheur parfait. Pour satirfaire à œ postulat, il faut dans notre développement moral un progrès sans fin. Il y a donc nécessité rationnelle pour nous d'admettre une durée personnelle sans fin.
Cet argument a sa valeur. Il n'est en rien supérieur aux autres, et c'est un procédé peu philosophique que de rejeter d'abord toutes les raisons spéculatives d'immortalité, pour proposer ensuite à leur place des considérations morales dont la portée dépend d'un sentiment personnel. Kant dit aisément que a notre raison nous fait un devoir de chercher l'union d'une vertu parfaite et d'un bonheur parfait » ; mais cette vérité s'acquiert difficilement. Pour y arriver, il fiiut ^ux choses : une notion de la vertu parfaite sur la- 4{uelle les philosophes soient d'accord, et cet état normal oti la raison nous fait u» devoir de chercher
pmnnfATOLOOH:. 4t9
-tofpftrfeH i)OBheur idftns; uiia vertu parfaite. Or, si notre raison était la Taiscin-Tiiniverselle, cdla serait aisé; mais puisqu'il fmit, pour que cek soit, que la raison iodividuelle abdique d'abord eu faveur de la raison gâaéraie, il y a une difficulté immense. Car cette abdication est extrêmement rare, i»t il en résulte que très-peu de raisons individuelles arrivent à Fintelligence du devoir.
TIbutes celles qui n'y arriveront pas, seront^lles dispensées dès lors de orotre à leur immortalité?
Il y a pourtant quelque chose à prendre dans cet argUHirat un peu modifié. C'est ceci : L'iiomme est forcé, par sa nature et par la volonté de celui qui Ta fait, de concevoir son devoir, -ooame elle veut qu'il le eonijoive ; et forcé, ea vertu de sa nature, de le concevoir, pour une existence indéfinie ou infinie et aoQ pas finie. En substituant ainsi à un argument fait a^ee des notions abstraites, un arguma^t fondé sur le gouvernement de Dieu, sur la vie et la réalité, oa ressaisit la vérité. Kant lui-même dit excellemment : « Toutes les preuves qui sont à l'usage du monde, restent dans toute leur force; elles gagnent plutôt en clarté et en intelligibilité naturelle à pro*portion qu'elles rejettent davantage toute prétention dogmatique, et placent la raison dans sa propre sphàro, à savoir : dans l'ordre des fins qui est en menue temps l'ordre de la nature. » [Critique de la raiwn 'pwretj trad. par M. Tissot. I, 470.)
420 PliEJUilATOLOGIE.
En général, il est aisé de jeter des doutes sur Timmortalité; le criticisme le démontre; mais ce qui est impossible, c*est d'en faire douter la raison générale. Nul ne peut donner un argument qui fasse renoncer à une vérité que la nature humaine croit tout aussi certaine que l'existence de Dieu, et à laquelle elle tient autant qu'à son existence actuelle. Il ne serait pas insensé seulement, il serait impossibk à l'homme d'abandonner une vérité morale sans laquelle toutes les autres deviennent des énigmes, une vérité qu'il a toujours eue, qui ressort pour lui de toutes ses théories morales ou métaphysiques, mais qu'il a tenue avant toutes théories, et qu'il tient de cette puissance de croire, de savoir et d'entrevoir, qui est innée à son intelligence, à cette révélation interne à laquelle la révélation externe vient répondre dans le monde spirituel comme la lumfêre du soleiK vient répondre dans le monde matériel à la vision de l'œil. Il est d'ailleurs tout simple, puisqu'on ne peut pas démontrer ce qu'on peut montrer, qu'on ne puisse pas démontrer tout ce qu'on ne peut pas faire voir, l'avenir et le supra-terrestre. Sur cette question, comme- sur toute autre, il reste à l'être moral le droit et la liberté du doute, la gloire et le mérite de la foi.
C'est l'âme humaine qui donne du poids aux a^ guments, et la raison préfère, tantôt les preuves métaphysiques, tantôt les preuves éthiques, tantôt
les preuves psychologiques, tantôt les preuves théologiques. '^'
Pour que rhomrne soit en état de reconnaître sa destinée dans le monde spirituel, il faut qu'il soit parvenu à un degré de culture morale et de développement spirituel qui résulte d'un certain degré d'affranchissement du monde sensible et qui lui permette d'apprécier ce qui est au-delà. Or, ce développement est rare, et c'est son absence qui rend la démonstration du spirituel difficile.
Les promesses religieuses répondent aux espérances les plus chères de l'espèce humaine, par les solutions spéciales qu'elles offrent sur la condition future. Il n'est pas, dans l'histoire, un seul système religieux qui n'admette un monde spirituel dominé par des desseins suprêmes et par un gouvernement divin ; pas un seul qui borne ces desseins à notre destinée présente, qui fasse cesser en un temps donné les rapports des êtres spirituels avec leur auteur et maître; pas un seul qui ne les appelle à une condition plus définitive. Toutes les religions de la terre nous disent immortels, et chacune le fait au nom d'une révélation. Si ces révélations n'ont pas toutes pour nous la même valeur, on peut dire néanmoins que l'humanité tout entière, que toutes les religions ont participé à la connaissance divinement donnée de la vie future, puisque dans toutes on en trouve l'enseignement. La vérité est que cet en- I. n. 24
seignement est plus ou moins défectueux, ÎDcomplet,
inexact,mais partout se trouve Tidée de rimmortalité, etaprèscelle de Texisteneede Dieu, ce dogme, plein de grandeur et de fécondité, est la base de tous les autres.
Nulle part cette idée n^est restée ou n'est descendue du ciel aussi pure que dans les textes bibliques, et quand la philosophie sérieuse parle de promesses d'immortalité, ce sont celles-là qu'elle entend. Partout ailleurs elles se sont altérées, soit dans les traditions sacerdotales, soit dans les traditions poétiques ou populaires. Mais le fait est qu'il y a des croyances d'immortalité dans toutes les religions, dans toutes les législations, dans tous les systèmes de politique, de morale et de philosophie, le maté* rialisme et l'athéisme seuls exceptés ; le fait est que ces exceptions, aux yeux de la raison religieuse des peuples, ont toujours passé pour coupables, si bien qu'aux initiations grecques on assimilait les épicuriens et ceux qui niaient les opinions communes des nations aux criminels frappés par la loi.
On aditque, dans des systèmes d'une grande énergie et pleins de Dieu, il n'est pas question de rapports futurs de Dieu avec l'homme; que, dans les livres hébraïques, le Créateur, au moment même où il annonce la mort terrestre, ne parle pas de la vie céleste; que, dans les discours des patriarches, on y fait peu allusion ; qu'elle n'entre pour rien dans le système de la législation de Moïse ; que la plupart
PNfiUMATOLOGHB. 423
des prophètes eux-mômes gardent le silence sur la vie' à venir, et, que dans les livres de Job et de Salomon, il se voit que les morts ne sont plus rien et ne peuvent plus célébrer la grandeur ou les bienfaits de Dieu.
Mais ce silence s'explique non-seulementv comme on a répondu, par le dessein arrêté de Dieu, de ne pas faire peser l'avenir sur le présent , il s'expliqua encore mieux parla raison, que partout en ces tettes l'existence supérieure est sous-entendue, depuis les premiers jusqu'aux derniers. Supposer l'immortalité inconnue aux Hébreux, c'est prendre un parti d'autant plus, bizarre, qu'elle était mieux enseignée à Moïse par rÉgypte et qu'elle est plus expressément professée, soit au temps des patriarches, soit à l'époque des prophètes. Daniel, par exemple, dit (c. XII,2) que de « ceux qui dorment dans la poussière de la terre, les uns se réveilleront pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la confusion. » Isaïe» Ézéchiel et Zacharie (III, 7) tiennent le même langage sur la résurrection du peuple d'Israël pour une vie éternelle, et comparent sa renaissance politique à une résurrection. Et l'on a beau chercher, on ne saurait trouver, ni une époque où ce dogme eût été inconnu, ni une autre ou quelqu'un l'eût tout-à-coup enseigné. L'élévation d'Élie auprès de Dieu^ en quelque sens qu'on la prenne, était précédée de celle d'Hénoch (6uttmann,^tir le mythe (TAnnakos), et de
424 PNEtîMATOLOGIE.
quelque façon qu'on interprète les deux faits, fls attestent que, dans la croyance publique, une vie céleste répondait à la vie terrestre, comme un degré supérieur, et que les parfaits n'avaient pas besoin de passer par la mort de l'organisme actuel pour y arriver. C'est-là une opinion pleine de foi, qui sans s'inquiéter des difficultés physiologiques, ne voyait que la puissance de Dieu.
On a dit enfin qu'il y a, dans les idées du peuple de Dieu sur la vie future, des ténèbres et des lacunes, témoin l'apparition de Saùl, évoqué par une pythonisse, et les traditions du Schéol, où se reflètent celles des nécropoles de l'Egypte. Mais s'il est quelque chose qui doive frapper sous ce rapport, c'est une clarté supérieure, une sobriété merveilleuse. — Voyez la fermeté de Moïse. Ne voulant pas de l'Egypte pour son type, il rejette toute la mythologie des pérégrinations planétaires des âmes menées par Hermès, du jugement devant Osiris, y compris le pesage dans les balances. De même Philon fait plus tard, à l'égard de la Grèce, abstraction de toute sa mythologie, des Champs Élyséens et du Tartare, du bonheur des premiers comme des supplices du second, méprisant les chasses au sanglier par des chasseurs qui ne sont que des ombres, autant qu'il dédaigne les travaux de Sisyphe ou ceux des Danaïdes. Ce qui ressort lé mieux, dans l'ensemble des textes hébraïques, c'est précisément le système des espérances qui, en se transfor-
inant sans cesse, se rapprochent de plus en plus des réalités morales et des perpétuités spirituelles. La YÎe présente y est représentée comme un grand bien, et, plus Dieu aime un homme, plus il lui donne de jouissances et de richesses; néanmoins, au-dessus de toutes les gloires et de tous les honneurs, est celui d'être Tami de Dieu. L'existence terrestre a de grandes douleurs, De fût-ce qu'à titre de châtiment, et si Dieu en préserve ceux qui le servent avec une fidélité inaltérable, s'il les comble de tous les biens, c'est toutefois en les menant de transformation en transformation.
Il entrait évidemment dans l'économie générale de la divine Providence de laisser planer bien des voiles sur l'avenir, non-seulement quant à la vie future, mais encore quant à celle-ci.
Voilà pourquoi, dans ce système, la vie future ne pèse pas davantage sur la vie présente.
Il s'agissait de faire comprendre d'abord l'enchaînement moral de la vie actuelle. Des idées plus précises sur le système de compensation qu'il amènera» sur les peines et les récompenses qu'il a pour objet de réaliser, n'ont pu être données aux intelligences qu'après cette grande leçon établie. Et elles ont été données dans une révélation plus positive. Toutefois, pas plus que la première elle n'a apporté des arguments ; il ne devait pas y en avoir. Et de quelles preuves les révélations auraient-elles besoin? Les
4M PmUHATOLOG».
preuves seraient déplacées dans la parole diviae. C'est aux sceptiques qu'il faut des arguments; les révélations s'adressent aux croyants; elles doBnent des promesses au lieu de syllogismes.
Le Fils de Dieu n'argumente pas, mais, d'uo MX il crée un argument Les partisans de la mortalité s'étant lait une théorie dans le sadducéisme, il la repousse par un mot qui est une puissante réfutation. « Pour ce qui est d» la résurrection des morts, diinl, vous n'ignorez pas ce que Dieu dit lui-mdaie : Je suis le Dieu d'Abraham... Or, tteu n'est pas le Dieu des morts ; il est celui des vivants. »
A ce fait, les- apôtres en ont pu ajouter un autre, plus palpable pour des témoins oculaires, celui de la résurrection de leur Maître. Aussi ils se gardent bien d'y «goûter des démonstrations d'immortalité.
Les révélations ne sont, de la part de Diea, que l'explication de ses rapports naturels avec l'homme, qui sont nécessairement, vu la nature de Dieu et celle de l'homme, des rapports de perpétuité. Ils ne peuvent {dus cesser ; mais ils se modifient sans cesse.
En mettant le royaume des cieux à la tète de tout son enseignement et en instituant ses grands actes, ses sacrements, sur la base d'une vie à venir, le christianisme a mis l'immortalité en un tel jour que la mort a perdu ses terreurs, qu'elle est devenue pour le simple fidèle ce qu'elle est pour le sage : une sortie de prison, une entrée dans la vraie vie, la vé-
nfUCUMATOLOG». 487
riftable patrie. C'est à ce point que la vie terresM, autrefois jugée si belle, s'est décolorée pair Técliat de la vie céleste ; que toutes ses jouissances oat perdu de leur charme, et que le plus grand désir du chrétien accompli est de a terminer sa pérégrination en cette terre étrangère.» En effet, dans l'idéalité cbrétienney dans Tordre de ses méditations et de ses afiections^ ootr^ position dans le monde à venir l'emporte bien sur celle que nous occupons dans le présent La véritable existence ne XM^mmence qu'avee la vie>éter«< nelle. Mais celle-ci commence ici*bas. — « Je vous dis en vérité que celui qui croit en moi, a la vie éternelle.» Que, dans cette prise de possession anticipée d'un héritage à venir, il ne reste^ pas de doute à l'homme spirituel, cela se conçoit aussi bien qu'il se conçoit que, pour un autre, il n'y ait pa& de preuve.
H. — Uétat futwr, La personnalité et V organisme.
Le principe de l'immortalité admis, que nous offre-t-il en réalité?
La théorie de la vie future, si parfaitement établie par la doctrine, les institutions et les mœurs chrétiennes, si positivement proclamée par la philosophie, si universellement reçue par les nations civilisées et naguère encore sortie si victorieusementdescreusétsdu mticisme édifiant d'une main ce qu'il démolissait de
l'autre, est adoptée aussi, par l'idéalisme et par le panthéisme, qui ont succédé au criticisme. Seulement elle Test à la condition de perdre sa nature, son caractère, sa valeur réelle. En effet, l'idéalisme, qui veut que les idées soient la réalité constituant l'être ou l'essence des choses, et que tout, jusqu'à Dieu luimême, soit l'œuvre du moi, ne nie pas la perpétuité du moi; mais son moi est cet esprit abstrait et universel qui n'offre rien de personnel et dont l'immortalité vit de la mort de tous. Et telle est aussi l'immortalité que professe le panthéisme, qui a suivi l'idéalisme de si près, et qui taxe de faiblesse et d'ambition puérile toute idée de continuité personnelle, d^ permanence du moi individuel.
Mais, s'il est quelque chose de puéril, c'est de vouloir persuader à l'intelligence, que ce qu'elle conçoit de plus parfait pour elle, une existence supérieure à celle-ci, est une puérilité. C'est ensuite de prétendre enseigner à tous, que la seule chose à laquelle un être moral et libre attache du prix, la personnalité, est une chimère. Sur cette question, ce semble, nul ne doit prétendre en remontrer à la raison générale, qui sait ce qu'elle attend de l'avenir. D'ailleurs, l'existence inférieure étant déjà si belle, quand nous la comprenons bien et quand elle est bénie de Dieu, à quel titre serait-ce donc une faiblesse que d'aspirer à une condition plus haute? Serait-ce à cause du sentiment de personnalité qui s'y mêle? Mais la moralité de
PNEUHÀTOLOGIE. 429
rhomme est tout entière dans ce sentiment et dans le respect de la dignité personnelle qu*il inspire.
C'est précisément parce que l'immortalité qui nous est offerte par le panthéisme tue la personnalité» qu'elle eèt une sublime déception. Je l'appelle sublime, parce qu'elle l'est; et comment sans cela séduirait>elle des esprits si éminents? Selon Hegel, « l'esprit individuel se reconnaît dans sa vérité en reconnaissant pour sa vérité l'esprit absolu, et en se sachant un de ces moments qui paraissent et disparaissent, et dont la succession^ comme thèse et antithèse (das Setzen and Aufheben), forme l'esprit absolu. Le particulier est une limite, l'universel est la liberté. Or, l'esprit se sait universel, et il est infini ; car il n'est pas né et il ne périt pas, en tant qu'il se sait universel. C'est là sa permanence. »
C'en est une, et fort élevée, mais trompeuse de tout point, puisqu'il y manque la personnalité^ qui seule en ferait tout le prix. Or, on l'a dit avec familiarité, mais avec vérité : « Accepter cette théorie, autant vaut se payer du fait qu'après tout un cheval peint est un cheval aussi. » Et le panthéisme a beau dire que sa théorie d'immortalité est belle au point que le mysticisme religieux s'y précipite très-souvent ; qu'elle satisfait la plus haute ambition que puisse nourrir une spiritualité véritable et substantielle : celle que l'être apparent et fini devienne une seule et même chose avec l'Être réel et infini, avec Dieu ; que la perpétuité
4B0 P{«JUIli4T0ll.0«&
la plus glorieuse est ainsi assurée à l'homme par ^n identifiçatioD avec l'Éternel. Cette perpétuité) qui est Vimmersiou dans rÉteroel, est l'anaibilation de la personnalité, car tout être moral périt li»i-mème ^vec sa personnalité. Et quelle différence y aurait*il estre finir ici ou finir là» à moins que TimmersioD ne sbit précédée, comme le veut le paothoisme .chinois, de quelques siècles de bonheur personnel? Mais alors pourquoi l'immersion? N'y a-t-il point d'autre palisgénésie possible que celle qui anéantit tout, respnt absolu excepté? L'esprit absolu est-il donc une espèce de Saturne qui,, pour régner, doive dévorer ses env^ fants et qui pour être heureux ai4 besoin d'être seul? Sans le vouloir» ce système établit en fait, et uni* quement pour son idée favorite, pour l'identité, l'immense célibataire de l'univers» conçu par l'iùiagination du poëte.
Ce qui est exigé pour l'espèce humaine, la per« manence de la personnalité sérieuse, c'est-àniire individuelle, est exigé aussi par la raison pour les autres familles du monde spirituel. Tout être raorsl appelé à l'existence, est, par sa moralité, appelée l'immortalité et ne peut plus périr.
Est-ce la personnalité tout entière qui est im* mortelle?
Au premier aspect, cette question est étrange ; car on ne conçoit pas une fraction de personne^ et l'on doit conclure que, s'il y a perpétuité, c'est pour la
pftfitJtiAtôidGiE. 43!
persoDfie tout entière. Mais qu'est-oe qai constitue la personnalité dans la famille humaine? Est-ce le corps et Tâme, ou Fâme sans lé corpst
C'est l'ensemble de nos attributs essentiels avec la eonseienee de Tidentitë.
Cet ensemble réside-t-il dans TAme seule ou bien dans l'union de Târaeet du corps?
Dans Tëtat actuel, le corps est bien compris dans ridée de la personnalité. Toutefois, c'est le corps comme forme actuelle et non comme sut)stance permanente. >Sotis sa forme adtuelle, nous Croyons son enfrée dans la vie future si peu nécessaire pour que nous y viviofiè nous-mêmes, que nous le voyons tomber en poussière sans regret. Au contraire, mourir, c'est jeter le vêtement pour faciliter Tascension. Cependant, s'il entre dans la pensée générale du genre humain que notre esprit s'élèvera un jour, serein et libre, dans les régions célestes, jetant sa dépouille à la terre qu'il quitte, il y entre aussi, . qu'un organisme quelconque pourra toujours nous convenir et même nous être à jamais nécessaire. Nous voulons bien rompre avec cette portion du monde matériel où notre existence est terminée ; mais nous ne prétendons pas divorcer avec l'univers sensible. ¥ aura-t-il transformation dans les régions célestes, ou régénération du corps par la puissance divine, ou résurrection en vertu d'une puissance inhérente, d'un germe impérissable de revivifîcation qui lui soit con-
432 PNEUMàTOLOGIfi.
féré avec sa nature? La science humaine est ici réduite à une réserve extrême. Mais on se crée, à ce sujet, une difficulté inutile quand on insiste sur la résurrection en vertu de la nature même du corps, sur sa réanimation propre et sa reconstitution indépendante de toute autre puissance. Si cette idée n'est pas combattue réellement par la^décomposition, et si le fait de sa reconstitution propre est possible, il n'est ni nécessaire, ni probable : il n'y a donc pas lieu de s'en embarrasser. On le ferait à tort, parce que, si les textes religieux enseignent la résurrection par la puissance de Dieu, qui ne se discute pas, aucun d'eux n'enseigne la résurrection par la puissance de l'homme, qui se discute. C'est une loi de Dieu qm prononce la séparation ; une loi de Dieu qui fait, de tout ce merveilleux organisme de l'homme, un peu de poussière, qu'il mêle à l'immense masse de poussière qu'il fait rouler dans les espaces, sous le nom de globes terrestres ; c'est une loi de Dieu aussi, qui doit faire cet autre miracle qu'on appelle la résurrection.
Mais est-il vrai que ce soit un miracle ou qu'il en faille un? Est-il vrai que cet organisme si puissamment uni à l'âme, si intimement confondu avec sa vie, devienne tout entier de la poussière, que rien n'en reste avec l'âme, et que ce qui faisait la vie de cette enveloppe terrestre, demeure à la terre avec l'enveloppe elle-même?
Cela ne doit pas se dire, car on l'ignore, La vie n'était-elie donc réellement que dans l'âme? Et s'il est une vie somatique, comment, elle aussi, tomberaitelle en poussière? — D'ailleurs, si nous demandons bien ce que c'est que la poussière, nous voyons que; d'un peu de poussière jetée par le vont ou par ma main au pied d'une plante et arrrosée par un nuage, la puissance de l'univers fait jaillir la vie et la fécondité. Et plus la poussière est vile et ignoble, fange et fumier, plus en jaillissent la fécondité et la vie. Mais alors, que, dans l'univers du Dieu de vie, on n'affecte pas de dédain pour la poussière du cadavre !
La mort, dans les vues sublimes de Platon, est une des formes de la vie. Or c'est unedes plus grandes questions de la philosophie de savoir, si l'humanité serait bien complète encore, serait elle-même, dans cet état de séparation de tout corps où l'on imagine quelquefois que l'âme se trouve après la mort, ou bien si, dans cet état, elle ne serait qu'une sorte d'abstraction.
Le dernier paraît si évident, que cet état, qui de bonne foi ne se conçoit pas, pourrait fort bien n'être qu'une des hypothèses les plus vides et les plus fausses de la psychologie. En effet, elle pourrait être aussi fausse que cette autre, qu'un jour le monde physique doit disparaître tout entier et qu'il ne doit plus exister que le monde des intelligences.
L'origine et la fin des choses nous étant complètement voilées, le mode de la primitive réunion, de T. u. 25
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l'âme avec son organisme et le mode de leur séparation dernière sur la terre Tétant aussi, nous devons nous résigner absolument à ignorer le mode de naissance d'un organisme nouveau. L'enseignement évangélique appelle positivement ce grand fait la résurrection de la chair, et semble autoriser, par voie d'analogie, en appuyant sur la résurrection de Jésusr Christ, type de l'humanité, une sorte de glorification ou de transformation de l'oi^anisme humain. C'est la doctrine de saint Paul : ce II est semé un corps corruptible ; il en ressuscitera un autre incorruptible. »
Que, du germe rendu à la terre, il sorte ou naisse une nouvelle organisation, cela se conçoit plus aisément qu'on ne concevrait le rétablissement de tout l'organisme ancien. Aussi ce dernier rétablissement n'est-il enseigné nulle part. Selon l'histoire, les disciples intimes du Fils de Dieu ressuscité ne l'ont pas reconnu à son organisme extérieur; ils ne Tout reconnu qu'à ses paroles.
On peut conclure de ce fait, considéré comme normal, que la personnalité qui subsiste ne glt nullement dans la forme extérieure, dans l'organisme. Il faut même ajouter que lorganisme de Jésus-Christ, vu par les disciples sans en être reconnu avant sa glorification ou son ascension, n'était encore que dans une condition provisoire, dans un état de transition. ' On objecte contre toute la théorie de la reprise d'un corps, qu'elle est originaire de la Perse. Autant
PNEtJMATOLOGIB. 43{$
vaut dire que toute idée devient fausse par la senh raison qu'on la montre ancienne. Les vérités se vé^ vMent d'abord partiellement et grandissent ensuite succe$sivement» pour éelater enfin généralement. C'e^t ainsi qu'il platt à la Providence de les faire coBuattroy
Mais notre existence future demandert-elle un nouvel organisme ?
Nous ne concevons pas l'âme, cette spiritualité pure, sans organes pour la servir; et si subtils, si céh lestes que nous concevions ses futurs organes, encore faut^il en admettre. Nous serons la même Ame, sai^f la transformation ; n'est-^il pas à croire, par analogie, que nous serons le même corps, sauf aussi la transformation ?
III. — Les modifications, le progrès et le bonheur à venir. Les premières demeures.
Quelles sont les modifications que la vie à venir doit amener dans l'existence dès le début; quelles sont ses modifications ultérieures et dernières? En d'autres termes, quelles seront nos destinées future$, nos épreuves, nos progrès, nos conditions et nos demeures suprêmes ?
Plus, sur ces questions, la dogmatique est sobre, plus la spéculation est curieuse de soulever les voiles et ardente au travail. Et tant qu'elle est un peu autorisée par les textes, ou fortement guidée par la raison.
4d6 PNEtJHATOLOGIB.
rien de plus légitime que ses inductions ou ses hypothèses.
D'entre les modifications du d^nt, la première, c*est la modification si profonde que la mort apporte aux conditions antérieures de Texistenoe, de quelque famille d'êtres qu'il s'agisse.
La cessation des fonctions de l'organisme actuel est le premier des phénomènes qui annoncent une ère nouvelle, une autre vie. La décomposition des organes suit de près la cessation du mouvement, et si la nouvelle existence est liée encore à des sens, il est évident qu'un nouvel organisme, plus parfait, et cela d'une manière très-sensible, doit succéder au moule plus imparfait qui s'est brisé.
Toutes les doctrines spiritualistes sont d'accord sur ce point, que la crise physiologique qu'on appelle la mort, est pour l'être intellectuel et moral une délivrance d'une forme élémentaire, d'une sorte de prison, une naissance à une vie supérieure, en un mot une transition d'un ordre de choses provisoire à un ordre de choses définitif. Mais chacune des familles spirituelles ira-t-elle du premier changement à son état définitif, et la nôtre passera-t-elle de la terre à sa demeure dernière? Notre esprit sera-t-il, dès lors et à jamais, affranchi de tout vêtement imparfait et des entraves qui en résultent? Et comment, s'il y a organisme plus parfait, celui de l'avenir se liera-t-il au présent?
HffiUMATOLOfilE. 437
Ne possédant aacun fait, ni sur le mode de transition à rétat futur, ni sur la succession plus ou moins immédiate d'une exist^ce à une autre, la raison est abandonnée à e11e*méme à cet égard. Mais elle n'eq est que mieux renvoyée à ses inductions légitimes. Aussi ne s'en fait-elle pas faute.
Et, d'abord, toutes les pensées semblent d'accord sur ce point, que la distinction entre l'esprit ot la matière, légitime en l'état actuel, mais plus apparente que réelle, et en aucun cas aussi profonde qu'elle le parait, ne portant que sur la forme, n'existe pas à r^ard de l'Être des êtres dont l'éternité nous rapproche ; qu'elle ne doit donc pas exister pour nous.
Mais le fini ne pouvant être le parfait, notre organisme futur, si supérieur qu'on l'admette, ne saurait être parfait. Le développement de l'âme pouvant être indéfini, rien ne porte à croire que son prochain organisme doive être le dernier, ni, qu'après l'avoir revêtu pour un temps et un lieu, elle ne puisse plus aller au-delà, et devenir, sous ce rapport aussi, plus semblable à son type suprême.
S'il y a des raisons pour croire que le second degré de notre moded'existence sera le dernier, il n'en est pas d'at^solues, et il n'en est aucune pour admettre qu'il soit de nature à ne recevoir aucjin perfectionnement, aucune modification ultérieure. Toutefois, les époques de transformation d'une espèce entière doivent être rares, et quel qu'en fût le nombre, la dernière d'entre
438 PNBCHATOLOGIBk
eltês doit laisser les dtres finis fort différents eneore de rittfini.
Quant aux questions spéciales» à savoir quelle forme prendra d'abord le nouvel organisme de notre être, soit pour un temps, soit pour Téternité, et sous qjuelles formes successives il passera ensuite, quelles œuvres Tâme y fera, et quelles métamorphoses morales elle j traversera encore, soit pour expier des erreurs et réparer des torts, en s'exerçantàdes vertus nouvelles ou anciennes, soit pour aider aux desseins supérieurs de Dieu, après avoir concouru en ce monde à des desseins élémentaires, œs questions spéciales, la raison ne peut les trancher. Toutefois elle s'assure de ne pas s'égarer en se les résolvant d'après la grande loi du progrès et de la participation aux perfections divines, participation qui, devant être toujours plus parfaite, a pour condition forcée une marche toigours progressive. Elle doit par conséquent nous conduire, à travers une longue série de modifications éthiques, à la seule condition que, même la dernière.de ces modi* fications ne sera qu'une participation aux perfections suprêmes, et non pas l'identiâcatton avec elles. L'immortalité réelle impliquera toujours la personnalité distincte, n'étant ni l'annihilation de l'idëtalisme, ni l'absorption du panthéisme.
Déjà, dans notre sphère actuelle, les modifications hioraleset intellectuelles de notre être sont profondes. Dans des sphères plus étendues, plus saintes et plus
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pures, toutes ces modiflcations seront nécessairement plus profondes encore, et, par conséquent, plus vives, plus électriques.
Dès lors, on le voit, le moment des modifications dernières ne peut pas être venu au début de la carrière future, pas plus que le moment des dernières réalisations : Tun et l'autre se reculant indéfiniment, nous aurons à progresser, comme à désirer et à espérer toujours, par cette double raison, que nous devons exister toujours et être toi^jours plus heureux.
Et d'abord l'objet d'une intuition directe. Dieu, sera celui d'une adoration vraie, de ce culte en esprit et en vérité que le Fils est venu inaugurer. La contemplation des mondes, source ici des plus hautes jouissances dans l'ordre scientifique, ne sera plus là un sujet de pure spéculation, un vain amusement; elle se présentera à tout sous un point de vue nouveau, celui des rapports de l'univers intellectuel, point de vue où la conception humaine est si étroite et si faible actuellement.
Autre progrès. Ici le passé est presque aussi voilé que l'avenir. Car, que savons-nous de la destinée jusqu'ici accomplie par l'humanité, de celle des intelligences célestes de tous les temps et de tous les globes ? Il est là des mondes à eiplorer. Et, dès à présent, nous sommes appelés à ce progrès, par nos aspirations les plus intimes. Nous portons aux générations qui se sont succédé sur notre globe un intérêt jVrofoml ; à celles qui vivent sur les autres, un intérêt
de vive curiosité. Quels efforts et quels sacrifices ne ferions-nous pas, dès ces jours-ci, pour nous y rattacher, pour les connaître les unes comme les autres.! Et sans cesse nos regards voudraient plonger dans les régions de Tunivers qui renferme des êtres semblables à rbomme. Or nos aspirations comme nos découvertes, si élémentaires qu'elles soient, paraissent au moins les gages des révélations futures.
A chaque transformation nouvelle, de nouveaux progrès de science, d'affection et d'universalisme nous semblent assurés. Car, ce qui résulte évidemment de ce que nous voyons ici du gouvernement de Dieu, c'est que chaque chose y vient en son temps et que Dieu fait sans cesse à notre égard ce que son Fils a fait à l'égard de ses disciples : « J'aurais beaucoup de choses à vous dire encore, mais en ce moment vous n'êtes pas encore en état de les porter. »
Dans l'ordre spirituel, comme dans l'ordre matériel, tout ce qui est vie étant progrès continu, ce n'est ni au début dans le monde à venir, ni à telle autre époque, si avancée qu'on la conçoive, que notre condition future se trouvera fixée invariablement. La fin de la destinée actuelle est une époque diacritique relativement au passé, mais elpistique et télétiquequant à l'avenir. Le début prochain, loin d'être une fin, est un autre commencement, et notre condition future peut être un immense progrès sur la présente sans être le bonheur absolu tout d'abord.
De l'hypothèse du bonheur absolu on a tiré trèsfaussement la conséquence, que les trépassés ne pourraient pas avoir de rapports avec les vivants, qu'ils seraient malheureux s'ils savaient combien les leurs ont à souffrir. Mais Dieu nous aime bien plus que ne nous aiment père et mère ; et si néanmoins nos souffrances n'empêchent pas son bonheur, par la raison qu'il en voit les causes, le but et la fin, les souffrances des nôtres, par une raison tout analogue, ne sauraient, un jour, nous troubler. D'ailleurs une des plus admirables paroles du Fils de Dieu nous a fait apprécier le véritable caractère des liens de famille.
La vie future nous unit à ceux à qui nous tenons par les liens de l'esprit, de quelque famille, de quelque nation ou de quelque race qu'ils soient. Toute union céleste a lieu sous la loi commune de notre union avec Dieu. C'est en ce principe d'amour que nous aimons. Aimant tout ce que Dieu aime, rien que ce qu'il aime, notre demeure sera là où sont nos affections les plus élevées. Or, comme ce sont les rapports avec Dieu qui sont la chose décisive, nous serons dans ses demeures.
Déjà nous avons dit que, partout, on est près de Dieu et que ce n'est pas notre demeure future qui pourra nous rapprocher de lui, qu'à la vérité nous nous sentirons plus en face de Dieu par suite de rapports plus intimes, mais qu'on ne peut être, topographiquement, ni plus près, ni plus loin de lui. T. II. 25.
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Noos ajouterons ici que, n'étant pas les plus élevées d'entre les intelligences, nos rapports avec Dieu ne seront, sous le point de vue de l'intimité, que ce que comporte notre nature, notre état intellectuel et moral. Mais, grâce à la grande loi du progrès incessant, notre condition intellectuelle et morale peut être, un jour et en fin de compte, d'une angéliqne perfection*
Non^seulement nous ne serons pas mis immédiate* ment en possession de la vérité absolue et en celle de Ia vertu et du bonheur suprême qui en sont les effets naturels, mais puisque notre être moral paraît assujetti aux lois qui se constatentdans la création entière, nous ne devons pas même admettre que jamais nous arrivions ni à une perfection absolue, ni par conséquent à un bonheur suprême.
Nous ne devons pas admettre davantage, après un moment donné, une éterndle immobilité, un statu qaoy auquel tout, dans l'univers, donne up démenti éclatant.
Tout ce que la raison et la révélation nous permettent d'espérer, c'est une communion indéfiniment progressive et toujours plus intime avec Dieu. Un progrès encore doit être possible même dans cet état que la religion appelle figurémentla vue de Dieu face à face. L'infini seul. Dieu seul, se conçoit dans un état de perfection qui exclut toute modification, tout progrès. Le fini n'en est jamais là; il ne saurait devenir l'infini. Donc il ne sera jamais le parfait.
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Mais la pos^bilitéindéfiQie du progrès nlmpliquetrelle pas celle des retours et des rechutes, et le parfait boaheur se conçoit-il dans cette condition ?
Le parfait bonheur du fini est le bonheur le plus parfait qu'il comporte, c'est Tidéalité relative. Et c'est pour cela que notre condition ne. saurait être le bon^heur divin, la félicité absolue : elle sera seulement la félicité la plus haute à laquellerhommepuissearriver.
D'ordinaire, notre condition est indiquée par des termes tout symboliques, la paix du juste, le repos du bienheureux. Mais ce n'est pas l'absence d'agitations coupables, de tourments cuisants, d'inquiétudes, de' regrets et de remords seulement, qu'on veut exprimer par ces signes; car tout cela ne constituerait qu'un bonheur négatif; ce sont au contraire des joies positives qu'on entend. Ce n'est pas la paix de l'immobilité dans les idées ou dans les sentiments ; ce qui ne serait encore qu'une absence de maux et ne saurait être le tout; ce sont des jouissances réelles, des jouissances supérieures à celles dont nous sommes ea possession ici, mais pour lesquelles les termes nous font défaut, parce que les notions claires nous manquent. Seulement la foi dit que l'émotion donnée par ces joies doit souvent éclater en véritables jubilations.
Nous les goûterons sans être ni la parfaite sainteté, ni la paix divine, ni la vérité absolue. Rien ne veut que Dieu nous fasse Dieu; mais rien ne veut non
plus qu'il se joue de nos vœux les plus sublimes!
Dans tous les systèmes, Tidéalité du bonheur des êtres finis et la garantie de son inaltérabilité, sont dans leur union avec Dieu ; dans tous, le vrai bonheur ne commence qu'avec ce grand fait. Dans quelques-uns, il est absolu, mais c'est là où il est une abdication absolue de la personnalité, un retour complet, une absorption dans le sein de Dieu, et non pas une arrivée à la ressemblance 'de Dieu, au type de ses perfections. Ceux qui veulent Tinfini pour le fini doivent aller jusque-là ; et tous ceux qui professent des théories* d'émanation, de communauté ou d'unité de substance, vont là inévitablement. En effet, si toute existence est émanée du sein de Dieu, toute existence doit y rentrer, et un panthéisme d'avenir répondre à un panthéisme primitif. Mais que signifierait ce grand drame de la vie, indéfiniment varié et multiplié, si avant et après tout, il ne devait y avoir que Dieu, .contenant, émettant et réabsorbant tout en lui-même? De combien est préférable la théorie qui maintient, en face de Dieu, la multitude des êtres dont la destinée, toujours ascendante, s'associe sans cesse plus étroitement à son infinie grandeur, sans jamais arriver à l'absorption en Dieu,qui n'est pas le dernier degré de l'union avec Dieu, qui est la mort finale.
Celle-ci n'ayant jamais lieu, l'homme a toujours des perspectives de progrès : il est fait pour un développement indéfini, comme il est fait pour un temps in-
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défini. Jamais il n'y aura rien d'absolu, de fini dans la destinée de l'homme indéfiniment perfectible de progrès et susceptible de bonheur. Le jour où il y aurait en nous de l'absolu, ou nous serions confondus dans l'absolu, ou nous aurions cessé d'être. Même en théorie,c'est une folie de. prétendre, comme Phaéton, s'asseoir dans le char de Dieu.
En général, toutes les limites peuvent être reculées, mais toutes ne peuvent disparaître. En fait de difficultés, s'il n'y a pas renversement de tous les obstacles, ce qui nous rendrait tout puissants, du moins il y aura des facilités et des forces d'un ordre supérieur. Cet état, loin de nous assigner l'immobilité, c'està-dire une sorte de pétrification où l'âme ne saurait tomber (car la paix n'est ni le sommeil ni la mort), appellera toute la future condition morale et intellectuelle à une activité d'autant plus intense que la vie organique sera moins considérable, que lé spiritualisme l'emportera davantage. Il y aura donc évidemment plus de vie spirituelle, plus de sentiments, plus d'idées, plus de grandeur dans celles-ci, plus de jouissances dans ceux-là. Toutes les limites de nos facultés ne disparaîtront pas dans cette existence plus haute ; mais toutes seront reculées progressivement, comme elles le sont dans la condition actuelle.
Rien ne doit maintenir œs limites posées ici à notre intelligence. Et la plus sensible de ces limites, celle de l'espace, doit nécessairement cesser, quand
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s'évanouit celle du temps, qui en est inséparable.
S'il y a moins de limites de pensée, il y a moins de limites de langage. Notre idiome sera-t4l réchange ou le mode de communication que nous concevons sous le nom de Ungage des anges ? On a voulu précisa celui-ci. On a dit : « Bien que les anges aient une forme humaine, leur nature est spirituelle, de même que l'atmosphère qui les entoure. Leur langage est donc spirituel. Il n'y a qu'une langue dans le ciel; on la sait dès qu'on y est admis, parce que c'est celle de l'affection et de la pensée qui manifeste l'affection. L'affection fournit le son, et la pensée l'articule. L'amour est l'affection dominante chez les anges : aux inflexions de la voix, ils distinguent quel en est le degré. L'amour, qui est la base de leur langue, en fait assez supposer la douceur, l'élégance, l'harmonie... Une parole des anges exprime plus de pensées que mille paroles sorties de la bouche des hommes. Une de leurs idées embrasse également un sens infiniment étendu. »
Moins on voudra préciser de cette façon, plus on aura de facilité à s'élever au vrai.