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ni (II' ilrM>s|H)ir N'«M'lia|i|i;i i\r siiu aiiir. Nous a\oii> lilr la lottrt' <*(i'aii|i;(', p^^'^salll^^ iiassiuiiiu'c qu'il écrivil à soii IriTi' dans rollo oiTurronre. Ce n'avait élé alors qu'une irxolle secrcte el inl«'Tiruri' «loni |it'r>onne n'avait «mi la (tMiliiliMirc II n'i*n fut |ias ilc iiiriii*' i-n 1K3^{. Vain< u r( liiiniilir, Lanit'nnais s<> laissa alii-r. par une rraclion l'aril*' à <-oiii|ii-i'nilr<*, mais nioiiis l'arilc |iriil-rln' à ••xcusor, à un aili' di' rév(>ll«> el dv colrn* qui ri*l(Mitil dans le monde iMiliiT. Il «'st dini<'il<* di* jusiilicr « ««t atlr si Ton s«injrp à la r«-lra<'lali<Mi |ir<-<-rdi>nli* : il l'sl dillirilt' <l«- ( (>iii|»r«>iidri' relit* rrtractalion si rmi son^'i- <|ii)' lo lirûlol qui allail nivlln* l'inrendif dans l't'glise étail di'jà luut prêt. Il rsi prohaliki|uc l.atn«>nnais s<* salislil la cousciiMue vu drclaranl. 4-MUini<' il l'axail di-jà fail. et oouiuie il le fait cnrorc dans iiiii' l<-tiic a l'iiii (le ses amis, l<* iuar(|iii> de (^iriolis (3 fé- \iier IH.'lii. qu'il «'lait résolu à ne plus se nu'-ler «les affaires <li* la reli^'ion et de l'église. Or le li\re qui allait paraître lie parlait que des aflain's des peuples el des rois, el non (II- n-lles de l'h'lglise. il était dune, il eroyait élre dans les limilfs do la soumission |»ré'eédente. Quelques jours même a\aiit eelle renom ialioii finale, olileniie jtar l'anliexèque de Paris, il écrirait à un ami : • La question est maintenanl iieitemeiii posnv II s'agit de savoir si les ralholiques doivent ii'« oiiiiailrr dans le |iape l'unique souverain au spirituel et li-mporel... Koiiie essaiera de nouviMU d'envelopper la i|ii)*stioii pidiliqiie dans la i|uestion religieuse, et moi je les sé|)arerai de nouveau ('H novembre i>533(ll. » N'élail ee pas là encore un subterfuge? n'élail-ce pas préeisénieut
1, Colle lellrc so lr<)u>c dans les Confidences de Lnmennait, ptitiliérs |>nr M. de La Villc-Radel (ISSTO.
cette réserve qui avait été condamnée à Rome, et qu'il allait abandonner définitivement dans sa renonciation du H décembre 1833?
Le sort en était jeté. Lamennais voulut « en finir ». C'est lui-même qui s'exprimait ainsi en confiant à Sainte-Beuve son manuscrit des Paroles d'un croyant, et en le chargeant de le faire imprimer. Ce livre fit un effet prodigieux. A l'imprimerie même où on le composait, les ouvriers interrompaient leur tâche pour le lire tout haut. Sainte-Beuve raconte qu'étant allé à l'imprimerie pour suivre les piiases de l'impression, « il trouva les compositeurs qui avaient quitté leurs casses et s'étaient réunis en rond autour de l'un d'eux, qui déclamait avec un enthousiasme indescriptible le feuillet de copie qu'il tenait en main (1) n. L'impression produite par ce livre étrange est merveilleusement résumée dans une lettre Ci) d'un des plus fidèles amis de Lamennais, M. de Vitrolles, qui lui rapporlail en ces termes les jugemens recueillis autour de lui (11 mai 18.34) : « Mais comment avez-vous laissé écrire et publier un pareil ouvrage? — El comment aurais-je pu l'empêcher? — Mais c'est une œuvre abominable, tous les principes de la société y sont attaqués; quelle violence, quel talent! — II n'y a plus de gouvernement possible, si les lois sont impuissantes pour faire condamner l'auteur par les cours d'assises. — C'est sublime, et puis c'est vrai. La légilimilé est un dogme impie. Il n'y a que Dieu de légilime. — Vous ne me direz plus que Lamennais soit religieux et croyant? Tous les dogmes de la religion sont renversés dans son ouvrage.
(1) Sninle-Beuve, ConsHtutiounel, ?3 soitloiiihrc 18CI.
(2) Correspondance inédile, par Eiig. Forgues, p. 247.
IVML>.NVlN Ml M. M ir II \c'| I ii.iw ui;l
— I.f roiist'il (!»•> MiiiiiNlrt'S :i vU- réuni. (iui/«»l ti.ui imuii lr> pDiiriitiiles; «If Ui^;ii) clail contre, non qu il ii«' ln»ii\;ii lifiivre exérrahlo. mais parco qu'il craiul le standalc cl I iiiiilililt-. — Cliah'aubriaiid «lisait en coiifideiicc : Oiruc- VPZ-vous (jin- <l.iiis iiMMi artiti»' j"ai «ru alh-r au dfl.i «N* lout ri' qu'on ixiiivail dire, el «mi \Mila un (|ui nie lai>se liit-n loin m arriiTf .' — Mais enlin, dit (iastelliajac, si l'ahlM' de Lamennais avait In n-Ivan^ile... —Quelle heauléde |>eiisée. (|iie||o (lerfeetion de style! La langue n'avait |ias eneore oITerl dr pages semlilaliles à l'élégie de la niere el de la lilh'! — Hiiello fureur dans le chapitre des Rui» !... L'auifiir a oul-heroilnl Uérode. cnnime Sliakspeare fait dire à ILunlfl. — Ce qu'il y a «llieureux, «'est «pTil est prouvé i|tril est l'on, el qu'il sera inresNammenl aux Petites-Maisons, et j'espère liicn que (Ijiateauliriand ne lardera pa» à l'y suivre. — (i'est un lionnel roug«> planté sur une rr«ii\!
— C'est l'apoealyiise de Satan ! — C'est Itabiruf deliité par KzéehicI ! En voilà asftezl et j'en pourrais remplir eucon> qiiaiie pages. • Après avoir rap|M>lé tous ee» jugemons pris sur le vif. et qui é« lalaient dans lotîtes 1rs eoiivi-rsalioiis, le liartiii de N ilrnll«>s poursuivait sur le ton d'un** admiration profonde el d'une tendre amitié : « Vous suliissi'£, mon ami, les eonditions de votre géuie. Il est enfant de la tempèie, et voii<( la suive/ au loin sans 1<> savoir. Il y a dans tout cela <|uelqiic chose de myslerieiix. d'iiiexplicahle pour nous, |iour voiis-mèiiie. Notre c<eiir cl \otre esprit ont été dupes de voire imaginalion ; et quel funeste présent qu'une telle imaginalion I (^hie je héuis le ciel de ma simple et médiocre raison en voyant à quels excès peut conduire ce don lalal (lu'oii appelle le géuie ! Hélas! le»
gémissemens, les reproches de mon amilié sont inutiles ; la parole échappée ne saurait revenir. Que Dieu en écarte les terribles conséquences ! »
Telle fut linipression produite par les Paroles d'un croyant. Ce livre extraordinaire, écrit en style biblique, dont certaines parties, pour Ihorreur, peuvent être comparées à Y Enfer de Dante, et d'autres, pour la douceur, à Vlmilation de Jésus-Christ, est un des plus étonnans de notre siècle. Les parties noires ont vieilli, mais les parties pures et sereines sont restées intactes et sont aussi exquises quà l'origine. Ce livre est si connu qu'il n'y a rien à en citer. Rappelons seulement que, dans notre littérature chrétienne et évangélique, il ny a rien au-dessus de la page qui commence en ces termes : « Vous n'avez qu'un jour à passer sur la terre ; faites en sorte de le passer en paix, » et qui contient cette admirable apostrophe : « Oh ! si vous saviez ce que c'est qu'aimer! » Comment celui (pii sentait si vivement les beautés de l'amour et de la paix a-t-il passé ses jours dans la haine et dans la guerre? C'est que le rêve d'un bien extrême dépassant la nature humaine lui faisait voir partout un excès de mal qui n'existe pas davantage? Au fond, il n'y a pas de doctrine précise dans les Pai'oles d'un croijanl. C'est un poème et non un traité. Ce (|ue l'on peut y découvrir, c'est la doctrine des millénaristes, queUiue chose d'analogue à l'Eranyile éternel de Joachim de Flore au moyen âge. C'est l'illusion d'une société parfaite, idéale, paradisiaque, gouvernée par l'amour, empêchée parla méchanceté des despotes, et qui sera obtenue par la liberté. Pour reconnaître ce qu'il y a d'illusoire dans ce point de vue, il suflit de comparer les griefs de
LA1IE%:<(AIS mil lui. IT M|fV0LlTI0>5AIRt: 01
l'.iiili-iir «Diilrt* \a MM'ii-it- (If MMi tfiiips avci- la |)fiiiliirii(li-ak'«'t idylli(|iit' duiil il nous lait la ix-iiiliin-. Tous c'cs^Tiefs nul cessé dclrc lt'jjiliiin'>. Hi-slri«'li«»ii du Miffrajie. mooopulu ili' ronscifîiii'iiK'iit . Ii'^islalioii loiiipn-ssivf d«' la presse, altsciKV (If lilicrié (le n'iiiiioii, de liberlé des grèves, elr.. lel> soiil les maux ((nilre Ies»|iiels il dérlaine. Ih-puis. re temps l(>ii> CCS j;riefs (Mit di>paru ; et, eepeiidaut, s<imines-iiuu> dans le paradis |ilus (lu'auparavant ? Le progrés est vraiiiieiil impossible, si l'on ne ( oiiiiid-ik c pas par jouir des biens relatifs (|iie l'on possède; car tons eeii\ 4|ue l'on acquerra ne xTont jamais (|ne des biens relatifs ; et. comparés à un absolu indéiinissable, ils seront toujours des maux. <Mi peut sans doute demander sans cesse plus que l'on a, mais c'est à la condition de ne point méeonnaitre ce que l'on a. Employer lin lan^a^e qui serait a peine juste appliqué a un Néron I iinire des gouvernemens modères qui ne \oiit pas tout de suite à re\trémit(> de leurs priiicip)>s, c'est nu défaut de justesse qui gale la plus grande «■lo(|neuce. Il est \rai de dire, pour atténuer les torts de Lamennais, que s'il y avait i-ii Irance à cette )-p<i(|iic une litierté relative, il restait ciK (ii'e en Knrope une grande part de \raie tyrannie; des peuples entiers étaient opprimes, et l'ancien régime était encoi'c tout puissant dans beaucoup d'Ktals; mais Lamennais ne faisait pas cette distinction. Il combattait tout san<» reserve, el il liMait à la liaine et au méprisions les pouxoirs (lu monde. Il croyait trop aux vertus du peuple: il croyait tro|i aussi à la nécessité d'une dissolniion universelle pour faire éclore lu société qu'il rêvait. Il avait francbi les liiiiites qui séparent le libéralisme de la démocratie, et la il(-mocratic réglée de la démagogie el do l'anarchie.
Nous ne suivrons pas Lamennais dans toute sa carrière démocratique. Il se fit pamphlétaire, luttant de popularité avec Timon (de Cormenin) dans sa guerre contre le gouvernement de Juillet. 11 contribua pour sa part à la chute de ce gouvernement. Tous les livres qu'il écrivit à cette époque, le livre du Peuple, Une Voix de prison, etc., ne sont plus que de faibles imitations des Paroles cVuïi croyant ; on n'y trouve aucune idée personnelle : ce sont les lieux-communs démocratiques, mêlés çà et là de socialisme vague. Un seul doit être signalé comme caractéris* tique, ce sont les Awschaspans et les Darvans. Ces mots représentent les génies bienfaisans et les génies mall'aisans, les bons et les méchans. Toute sa vie, Lamennais a ainsi divisé les hommes en deux classes : d'un côté, le parti du bien ; de l'autre, le parti du mal ; et toute sa vie aussi il a assimilé les méchans à ceux qui ne partageaient pas ses opinions. iSeulemenl ceux qui étaient les bons dans la première période de sa vie sont devenus les méchans dans la seconde, et réciproquement. Mais c'était toujours la même tolérance. Juscju'au bout il fut l'ennemi du tolérantisme ; jusqu'au bout il eut des anathèmes. 11 fut toujours l'homme de VEssai sur l'indifférence. Telle fut la malheureuse unité de sa vie.
Nous en avons fini avec la politique ; nous allons rentrer dans la philosophie. Au moment où Lamennais semblait le plus fini, le plus épuisé, au point de vue politique et polémique, il se renouvelait en publiant la plus sereine et la plus noble de ses œuvres, l'Esquisse d'une philosophie, ouvrage trop oublié et auquel le nom même de Lamennais a fait tort. On était tellement habitué à être troublé ou
i\MiNN\iN mil lui. ET nt.voi I Tio^Aïkt y«j
révolté par ses écril> (|m un Hm»- de piiic iihilosupliic, ahsoluiiiiMil désintéressé, sans passion. i<mii s( i('nli(i(|iii*, parut c|ucl(|ut' (hosc d'ennuyeux. Les pliilosopin's n'en tirent pas (le cas pan e (|uils y viieiit une ( oniurrenre avec leurs propres systèmes, fi !.• public n'y coinpijt rien. C'est aujouKriiiii un IJMi' ;i txliunier; nous y consacrerons la Un de ccllf élude.