‹ La philosophie de LamennaisChapitre 13 sur 29 · I.MIF^>»l<i MBm\l ET llKVnHllO>>Mlif ^I · texte numérisé non relu

I.MIF^>»l<i MBm\l ET llKVnHllO>>Mlif ^I

|iiili(ii|ii«-s t|iril r;ilhiil lii-iioiicr / .N'élail-ce pan luul le s)tt- Iniif d«* la liiéranliie roiisliliiée |»ar l«' moyen ajte 1 el ne <li>\ait on pas se rappeler <|iio c'élait ce retour à ré^ilise priniitive i|ui avait été le mut d'ordre dn prulesianliNme 1 l.'élahlissiMneiit d'nn ralliolirisme libéral ne pouvait donc se l'aire (|iie jm-ii ;i peu, p;ir le f.iii des transactions nécessaires que le teiu|*s ;iuieue avec lui. mais non par une hrusque évtdulioii, eomuie «elle qui captivait l'imagination et répondait aux liassions ardentes de l'abbé de Lamennais. Mais dans le feu de la lutte, d'aussi froides réflexions avaieut peu «le clian(-es d'être accueillies par lui, comme M*s propositions ré\olulionnaires en avaient peu de l'être par la Nouveraine autorité.

Sans méconnaitre cependant la valeur plus ou moins |)lausible des ar;;umens qu'on [louvait lui opposer, Lamennais croyait pou\oir se plaindre au moins de ce qu'à ttume sa doctrine n'avait pas mèuie été exanuDce. Il ne put d'abord obtenir aucune audience, et lors(|u'il réussit enlin à eu avoir une, c'était à la condition qu'il n'y serait question de rien. Kn attendant, il insistait, et, à défaut d'entrnlifii oral, il envoyait au saint-père un Mrmuire qu'il a repriMliiit dans les Afjfiiin's di- Rume. Dans ce mémoin>, il examinait on détail les deux systèmes de conduite qui ••taient possibles en France pour le clergé après la révolution (le 1830: ou rester attaché au pouvoir el se perdre avec lui, comme on l'avait fait sous la restauratiou. et cela en laveur d'un j;»MMerueiueut nouveau essenlielleuient hostile, et qui, sans aller jus<|u'à la persécution, voulait l'asservissement de léjrlise ; ou. an contraire, s'unir au parti de la liberté pour obtenir tine liberté de conscience entière ,

LA niILOSOPHlE DE LAMENNAIS

la liberté d'enseignement pour les catholiques et la liberté d'association pour les congrégations religieuses. Entre ces deux systèmes, Lamennais pensait qu'il était impossible d'hésiter. Il montrait que l'église en soi n'est qu'incompatible avec aucune liberté, que l'abandon du salaire des prêtres ne compromettait en rien ni leur dignité ni leur sécurité. La séparation de l'église et de l'état était, suivant Lamennais , la conséquence nécessaire des doctrines romaines qu'il avait toujours soutenues. Car l'association de l'église et de l'état, sous quelque forme qu'elle se présente, c'est toujours le gallicanisme, la suprématie de l'état sur l'église, par la nomination des évoques, par les limites imposées à son enseignement, par les entraves mises à la libre communication avec Rome. Rome, en s'opposant aux doctrines nouvelles, s'opposait donc à ses propres doctrines. Tel était le mémoire rédigé et présenté par l'abbé de Lamennais. On ne lui fit même pas l'honneur de l'examen. On ne l'invita pas, on ne l'autorisa pas à se défendre et à s'expliquer. Ici, Lamennais est véritablement intéressant. Peut-être encore une fois se fait-il illusion, en se persuadant qu'il eiU cédé à un mot paternel ; mais on ne peut pas dire que cela n'eût pas eu lieu ; et le silence humiliant gardé à son égard, lui, le plus grand apologiste de l'église à cette époque, semble autoriser ses plaintes; on est tenté de lui donner raison lorsqu'il s'écrie: « Je me suis sonvent étonné que le pape, au lieu de cette sévérité silencieuse, ne nous eût pas dit simplement: Vous avez cru bien faire, mais vous vous êtes trompés. Placé à la tête de l'église, j'en connais mieux que vous les besoins et les intérêts, et seul j'en suis juge. En désapprouvant la direction que vous

i.A)iKN>Aift iiniRAi FT n» voi.iTi(i>XAinr h:\

avo/. (luiiiii-e :i vos ••(Torts, je h-ikIn justice à vos intentions. Allez, et di'sorniais, avant d'intervenir en des aiïaires aussi «lélieatcs, prenez conseil de ceux dont l'autoritt- doit rtrf voire j.'uidc. . (le pru de paroles ajoiili- Lamennais, aiiraii ImiiI liiii. Cela n'est pciii (•lie pas aussi certain qu'il le croit; niais au moins tous les torts eussent été d«' son cùté. L'église aurait usé «le maternité envers une grande el généreuse nature, eiitraint-e seulement par un evrès d'idéal. Mais rien ne lui ilii . on resia (|i« part et d'autre dans cette altitude de froide n-serve et de silencieuse défiance qui eiiNeiiimait tout et qui brisait l'àine de Lamennais; car les natures sensibles et nerveuses comme la sienne sont pardessus tout incapables de supporter l'attente, l'incertitude, les sous-entendus, les t-quivoques de la politique, et les lentes et froides resoliiiinns de la \ieilles>t' timide et circonspecte. .Mille émotions contradictoires Iraversaienl et ébranlaient son àme. Il eût |>eut-ètre aimé lui-m(>me à être forcé de couper court à ses desseins par un mol décisif; et si ce mut eiU été accompagné de bonté, c'ertt été sans doute une tl«-liMaiii e ; mais céder sans savoir pourquoi, sans même qu'un le lui deiiiaiidàl, sans qu'on parrtt y tenir, sans être averti autrement que par des intermédiaires dont le langage était vague et bésitant, c'était nue sorte d'Iiumili.ilioii qu'un saint Meniard eût peut-être été capable d'accepter, mais qu'un lioiiinit^ qui n'était qu'homme n'avait pas le courage de s'imj)oser à lui-même.

Cependant Lamennais fut reçu par le pape, et il recunnaii qu'il le fut a>ec bonté ; mais pas un mot ne fut dit, aucune explication ne fui demandée, auc une ne fut donnée. Dans celle audience, qui dura un cjuart d heure, le pape ne

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voulut parler que d'arl; il montra à Lamennais une slaluette de Mickel-Ange, en lui disant : « Reconnaissez-vous la griffe du lion ? » Puis, après quelques mots du même genre, dans lesquels le pape éluda toute allusion à la question en litige, il lui dit: « Adieu, monsieur labbé (1). «Celle courte et froide réception fut tout ce que Lamennais put obtenir. L'ambassade avait échoué. Lamennais resta encore quelque temps à Rome ; ses amis Lacordaire et Montalemberl partirent les premiers. Il attendait toujours une réponse, un examen. Celte réponse arriva enfin sous une forme indirecte, mais, il faut le dire, sous la forme la plus maladroitement malheureuse que l'on eut pu choisir. La papauté eût voulu de gaîté de cœur provoquer un schisme quelle ne s'y fût pas i)rise aulremenl. Ce fâcheux incident fut le Bref aux évoques de Pologne. Pour bien comprendre combien ce bref a pu contribuer à arracher de l'àme de Lamennais les derniers vestiges d'amour et de respect qui y restaient encore pour la chaire pontificale, il faut se transporter à celle époque, se mettre au diapason des sentimens d'alors ; il faut se rappeler quelle élait alors la sympathie ardente du public libéral européen pour la cause de la Pologne. Elle représentait une nation écrasée, une patrie détruite, violemment spoliée et violemment maintenue dans la servitude; elle représentait, en outre, la cause de la liberté religieuse, de la liberté catholique. La cause de la Pologne n'était donc pas la même (|ue celle du

(1) Cp n'cit est emprunte à l'abbi- Uicard, que nous avons lieu de croire bien informe {l'École mvnainicnne) : d'après le même auteur, le pape auiall oU'ert à Lamennais une prise de lal)ac : l'abbé accepta en maugréant, dit l'abbc Ricard, en se disant qu'il n'était pas venu là pour priser.

MMINNMS I limi.VI IT l;l \ti| I Tlii\N\||ir S.'i

lilii'-ralisine i-ii (ji-iicral ; ce ii'rlail pas une cause p'vuliiliuniiiiiri'. Klle n'|»rés('iilail <lfu\ «lioscs. qu»' l't'filist? elIf-im'iiH' a\:tit toujours (ItM-larrt-s iiniolalili-M la palrifet la r(*li}:ioii. (it's (Ilmix causes avaient triomphé en liel^fique, et le sucrên avait olilenu l'adliesinn (!•■ la ( mir (!•■ IIoiim*. I.a Pologne élail \aiiinit'. t'cniM-e sous une réaction N;tn^'lante ei driiuire par tralIVeiix supplices: c'est W iiiniuenl (|Ui* clioisissail la cnur (le KoiiH- pour laccahler i-l lui pnrler le (l«'rnier coup, ei cel;i, iru|i é\i(leninient, |iar (les raisons purement poli* lit|ues et teiu|)orelles, et parce que le pon\oir pontilicul axait besoin <li' I ajipui île la Uussie. < Nous :i\ons l'-lé inforuiés, disait le liref de 1832. de la misère aiïrense dans laquelle ce rovaunn* a éti* plon^;)', et que cette misère avait rté causée uniquement par les menées des inalveillans, (|ui. sous prétexte de I intt-rél de la religion, se sont élevés c Miiin- la |inissance des souverains légitimes. • Le bref souli-uait. à laide d)> l'Kcriture, < la soumission absolue au pou\oiriiistitu<' par Dieu i , sanse\pliquer>i cettcsoumission peut s°appli<|uer à un peuple conquis et qui elicrchc à recuu- (jin-rir son indé|)endance. On se demande coninienl, avec ce principe, on ptiurrait justifier les Macliattées. qui mit cepenilaiil cté toujours cites i oiniiie exemple à tous les lideles. Ou « omprend que Lamennais ait été profondément froissé par ce luef, qui condamnait indirectement toutes ses doctrines et même plus encore, et qui lui ôtait toute illusion sur le rôle spirituel, fraternel, chrétien, de la papauté. Sans cependant combattre directement le bref, il s'en prend au Journal of/irh'l, (|u'il censure amèrement en ces termes: . Tant (|ue lissue «le la lutte entre la Pologne et ses oppresseurs demeura douteuse, le Journal officiel

86 i.v PHILOSOPHIE de lame>nvis

romain ne prononça pas un mot (jui pût blesser le peuple vainqueur en tant de conibals. Mais à peine eut-il succombé, à peine les vengeances eurent-elles commencé le supplice (lune nation dévouée au glaive, à lexil, à la servitude, que le même journal ne trouva pas d'expressions assez injurieuses pour flétrir ceux que la fortune avait abandonnés.» Je le répète, il nous est diflicile de comprendre aujourd'hui les sentimens de Lamennais. La question polonaise a perdu de son acuité. La France a commencé à trouver ridicule le rôle de donquichottisme qu'elle sétail attribué dans le monde. Mais, à cette époque, la Pologne représentait, sous sa l'orme la plus aigué, la lutte du despotisme et de la liberté. Les sentimens les plus amers durent atteindre les âmes catholiques, en voyant un peuple catholique ffétri par le pape pour avoir, comme les Machabées, soutenu la patrie et la religion les armes à la main.

Las d'attendre un jugement qui n'arrivait pas, Lamennais se décida à partir. Mais, en partant, il fit une démarche grave, <|u'on lui a reprochée, et qui contribua à envenimer le débat. Il déclara publi(|uenient que, puisqu'on ne voulait ni le juger ni l'examiner, il allait reprendre la publication interrompue et recommencer VAveuir. C'était une faute, étant donné ([u'il voiihlt éviler la rupture et rester soumis au saint siège. De fait, le silence ponlilical équivalait à un désaveu. Lamennais reconnaît lui-même qu'il eût cédé à de bonnes paroles; mais ce n'était là qu'une question de procédés. Le monde ne peut pas changer d'un jour à l'autre, par cette seule raison qu'un vieux pape timide et entêté n'ose pas traiter franchement une question délicate avec un adversaire redoutable, el n'a pas assez de bonne grâce

ivMi>>us iibtn\r. t.i ii» voi.itio>\\iBE X.

pour iHMlopiMT son iin'Com«'iU«iiiriil dans une dtiuic n luonlranrr. Kn fait, celait l»i' n la iin'mc chose, a «avoir la désapprolialioli, moins ladnsM- il la bonlé. La cour d- Home na ri«n dr stnlinn niai ; elle ne peul pas irail. i d éKal à «i'al '^i^or un (ils relielle. tllc no dil rien, rel tiuflil. cesl a lui a utinprcndre ; car, si on avail voulu r;ipprouver. pourquoi ne I»- lui ertl on pas dit? Déclarer ouvertement, mal>:ré ic silenre désapprobateur, que l'on allait n'prendre r Avenir, cVlail un défi c'était provoquer un juirenient l)eau<oup plus grave que celui qu'on avail demande. I.e silen< e pouvait enrorc, à la rijcueur, aul<» riser, sinon un journal à tendances déclarée», au nioin une défense indirecte et iniliKéc dun catholicisme libéral ce (|ui lo prouve, c'est que les amis de Lamennais ont pu (ontinuer à suivre cette lijjne sans encourir ou\ertement aucun blâme. Ce n'est que beaucoup plus tard que le catholicisme libéral s'est vu tout ii fait désavoué à Hom^ lors du Syllabus de Pie l\, et encore, suus une forme lellenient équivoque, que ses partisans, tout en se soumettant, ont trouve moyen de garder toutes leur» opinions. MaiN une lelle Liiiiude de conduite n'est pas le fait d'un apôtre. In apôtre ne p;.ciise pas. Il va droit de\ant lui. Lamennais, en partant de Kome, avait donc semé le germe de la tempête qui devait éclater bientôt. L'auteur d'un récit récent sur VÉcote méHaitieitne, l'abbé Ricard, nous raconte, sur «les renseignemens qui paraissent pris à de bonnes sources, tout le détail de cette n.»u>elle phase des affaires de Home. \ Munich, par où Lamennais avail passé en revenant en France, alin de se mettre en rapp<.rt avec la petite église catholique de cette ville, il revit Lacordaire

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dont il était séparé depuis plusieurs mois. Celui-ci. parait-il par SCS pressantes objurgations, avait liui, — c'est luimême qui le raconte, — par persuader son vieux maître. « La paiv était faite, ajoute l'abbé Ricard. C'était le 29 août; le lendemain, 30 août 1832, devait être la grande date de la seconde vie de Lamennais. C'est au milieu d'un dîner que la foudre éclata. Les écrivains et les artistes les plus éminens de Munich avaient offert un ban(|uet aux trois vovai^curs. La réunion était animée, cordiale. L'un des présidens dt- la laide venait de boire à l'union des catholiques de France et d'Alb-magne. In domestique s'approche de Lamennais, lui dit queUpies mots à voix basse. Lamennais (|uiite la table. On fait silence. Peu d'instans s'écoulent. Lamennais revient, la figure bouleversée, l'œil en feu, tenant à la main un pli dont le sceau avait dû être brisé fiévreusement. On le regardait; il se lut. Les conversati(ms essayèrent de se renouer, mais en vain. On sort de table. En sortant, b- maître, d'une voix saccadée, avait dit à ses deux com|)agnons : Je viens de recevoir une encyclique du pape contre nous. Nous ne devons pas hésiter à nous soumettre. »

Ainsi, la réponse du saint-siège arrivait enfin. Elle était accablante pour labbé de Lamennais et pour ses amis ; est-il permis de dire, accablante aussi peut-être pour le catholicisme et pour le christianisme lui-même. La papauté rompait tout lien avec la pensée moderne, et, ce qui était plus grave encore, avec les principes libéraux inhérents au christianisme ; car il y avait une part de vérité dans ce que disait Lamennais, à savoir que le christianisme, à son origine, était le parti des faibles, des pauvres, des misérables;

l.iULN.N Vl>> llli»l.ti (i ht Util W<*\Nilht M(

)|u';iu iiiuycii â^f ii*s |>a|M-s aviiiciit souvent proléitè len |mmi|iIcs cuiiin* l<*> rois , «■iiliii, (|ii«' le priiH-ipo lib<-ral, à sa !«uuri-e, cUit un priin ipe ctirtMien. L eni-)( liquc de iX3i fut uni! ru|ilure déclarée uver tous les besuiuti et luus lei» priueipes de la soeiélé nioderue. Celle enevrliquc, renouvelée m l^HT par relie aulre encyclique connue sous le nom de S»/lliibng, a créé le grave ctinflil dont les conséquences ^ont »ou» noH yeu\ el qui met en face deu\ doclrinr> iiiio|ér.tnli'> ditnl auruni* ne pml irinmplu-r que par i <-\ii-rmiualion di* l'autre. S il es| \rai de dire que Lamennais avait poussé trop Itijn ses idées, qu'il avait trop engagé le calliolicjsnie dans la voie de la démocratie el de la ré\uluiiiMi. le fond de sa tlieM>. cepmdaiii, qui riM'ommanilail la rr* oiM ilialion de l'cglise el di- la liherlé. elail plus sa^'e. plus prali(|ue, plus chrétien mènn* que la politique à outrance qui a prévalu dans l'église.

Quoi i|u'il en soil. l'enryclique proi lamée, il fallut prendre un parti, (ne lullc snurdi* s'engage alors entre la papauli* et Lamennais el continue pendant prés de deux ans. Il serait tnqi long de suivre en détail les incidens compliqués de celle lulle. Itappelons seulement, de la part de Lamennais, les actes suiTanls : d'abord, une renonciation publique au journal l'Atrnir; puis un«> lettre adressée au pape, dans laqurllc il se sonmi't à rencxelique. sauf en ce (|ui concerne la polili(|iie ; enlin. une dernière déclaralion de Lamennais, obtenue par les soins de l'archevêque (le Paris. M. de (^)uelen. et conçue en ces termes : « Je, soussigné, déclare, dans les ternies mènies de la ftirmuli. cnnlenne dans le bref du souverain punlife tireguire \\|, du ^ octobre 1X33. suivre uniquement et altHilument la

doctrine exposée dans l'encyclique du même pape, et je m'engage à ne rien écrire ou approuver qui ne soit conforme à cette doctrine. — Paris, 11 décembre 1833. — Lamennais. » — Ces dilîérens actes avaient été obtenus, l'un après l'autre, par les sommations directes ou indirectes de la cour de Rome. Ainsi, en dernière analyse, Lamennais avait cédé ; il avait cédé sans réserve ; il renonçait même aux réserves qu'il avait ajoutées à ses premières renonciations. Il semblait que tout était fini et consommé, lorsqu'un acte nouveau, inattendu, vint tout remettre en question, ou plut»*)! tout détruire, et à une soumission finale substituer une révolte absolue et une rupture définitive.

Sans nous prononcer sur cette nouvelle déclaration de guerre ni même sur le fond des choses, il nous semble, dis-je, que la cour de Rome a été bien dure, bien impérieuse, bien exigeante pour un grand homme, qui, en définitive, n'avait jusque-là, comme catholique, commis aucun péché. Car la conception de la politique catholique défendue par VAvoiir était une thèse libre, au moins tant que Rome n'avait pas parlé ; même l'annonce de la reprise du journal pouvait bien être une faute ; mais enfin ce n'était pas une faute catholique, puis(|ue l'église n'avait encore rien dit : c'était une imprudence et un manque d'égards, mais ce n'était pas encore un acte de révolte. Dans ces conditions, quelques ménagemens eussent peutêtre été dus au plus énergique, au plus éloquent défenseur que le catholicisme et l'église romaine eussent eu dans notre siècle. Quand on songe aux adresses, aux ménagemens, aux souplesses, à l'esprit de patience que l'église catholique manifeste envers les puissances de ce monde,

I VMK»*IS lltlMlM H Itl Mil I IlMN^iim 'M

.iiiaïKi »ll..' f>t <'ii < i.iillii avi'C elles, on M" «Irmamlf >i ,|iMl<|iif ( hosc (le colle douceur el de celle palieiice iiaulail pas pu l'Ire em|iloyé à l'égard d'un praud génie el d une graml"' àiiie. Nitus sommes loin de blâmer la condeseendauce de l'église envers I.-s pouvoirs humains : car les ( hosfs liumaine» sonl les c lioses humaines ; les aflTair.s sont les affaires. Mais parmi l<s aflaircs humaines, ne lanlil pas eompler aussi l'élal des cœurs T Atteindre un ciiMir dans ses plus dures ( onvictions, hriser une volonté qui ne demande qu'à se »«»umellre. mais demande aussi à n.' pas èlre ai ealdée. foulée au\ pieds, esl < .• bien et.nlorm.- ;i la mansuélude ehrélienne ? Ce que Ion demandait à I inifiinalH, ce n'élail pas la soumission, mais une sonmii»sion absolue, illimilée. sans aucune réserve. I.a soumission, l.amenuais I avait faile. Dans une lellre érrile au pape, le T) novembre 4833. il déclarait se soumelire à l'encyclique . 1 .>n laiii qiirlli' déclarait la tradition apostolique; 2o en tant qu file rr-lait les points de dis» ipline. I»e plus, il avait déclaré dans une bltre aiit. rii-ure qu'il resterait désormais en dehors des affaires de lëglise. C'était bien renoncer à la tliése de la séparation de l'I^lglise el de l'I-Jat. Mais il Taisait ses réserves sur l'ordre politique, donnant à entendre ,|uà titre «le eitoyen français, il devait rester juge de la |,nliiii|iM- à laquelle il lui roiiviendrail de donner son .idhésion. Malbenreiisement, c'était pré« isément de l'onlre politique qu il s'agissait. C'est ici le lieu de demander si. (Il taisant cette réserve, Lamennais n'était pas en coiitradi( lion avec lui inême el avec toute sa doctrine antérieure, resta dire avec le système d'autocratie spirituelle qu'il avait réclamée pour Hoiii.- dans la première période de sa

92 i,A Piiir.osoi'iiii: de Lamennais

vie. Il avait donné pour règle suprême l'autorité, et l'autorité de Rome. L'autorité le condamnait ; donc il avait tort. Reste à savoir si l'autorité elle-même en exagérant son propre dogme, et en poussant à bout son ancien défenseur, ne le mettait pas précisément en face de la contradiction radicale de son système. Cest ainsi que les systèmes se retournent contre leurs auteurs et viennent se briser devant leurs propres conséquences. Est-il bien vrai, d'ailleurs, que le système de l'ultramontanisme, tel que Lamennais l'avait coi^'u, conduisît logiquement à de telles extrémités? Non ; car lui-même avait jadis fait des réserves ; il avait dit qu'une autorité absolue du saint-père allant jusqu'au temporel était une invention absurde des adversaires de l'église, que jamais les défenseurs de la papauté, pas même Roniface VIII , n'étaient allés jusque-là; et il se bornait à réclamer l'autorité du pape sur la part de spirituel mêlée au temporel. A la vérité, la limite était difficile à fixer; mais, si loin (lu'on la poussât, il yen avait une; et la soumission absolue et sans réserve qu'on voulait lui imposer n'en fixait aucune. Quoi qu'il en soit, Rome ne fut pas satisfaite ; et de plus en plus pressé par ses amis, Lamennais, (|iii avait nii fond de faiblesse, malgré sa violence, finit par céder, et reiiiit entre les mains de l'arcliovê(|iie de Paris la renonciation absolue qu'on lui demandait et (|ue nous avons citée.

Mais on sait ce qui advient des natures faibles, lorsqu'elles ont été obligées de céder à des obsessions trop pressantes. On se rappelle ce qui arriva à Lamennais lui-inênie lorsque des obsessions semblables, brisant sa volonté, en avaient fait un piètre malgré lui. Le vieil homme se révolta ; un

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