‹ La philosophie de LamennaisChapitre 16 sur 29 · I.V.ML.S.NVIS MMAl'HVsICll.V ll · texte numérisé non relu

I.V.ML.S.NVIS MMAl'HVsICll.V ll

li:iiil, comiiK' It's |»héii(>iiit'n«'s dont ils représj'ulent 1rs causes •. Ltimciiiiais oiii|)riiiiUiit (l'itc mi-llioiip à ses souvenirs (le lliéologien, la philosophie ihéolo^'iquc ou scolasii(|uc ayant toujours él«- une métliode déduclivc. Mais il la rajeunissait en renrichissanl et en rimpréfïnanl de Tesprit Mindirne. Kn réalit»-, il parlait d'une liypothése à la(|nelle il faisait ensuite subir l'épreuve d'une sorte de coiirronintiou avec tous les pliénonièncs de la nature.

\/.\ première aniilhèse fondamentale, avons-nous dit. est la s\nllicse du tini et de l'inliiii ; et le fini et l'inlini avant niH' nulion eoinninne, < rlh' de Irlre, ("i-sl de cette uolioii commune, c'est de la noiinn d'être, qu'il faut partir. Celle idée d'èlre est à la fois la plus claire et la plus obscure de l'esprit humain. < L'être est à la fois ce qu'on voit et ce pai <|iiiii l'on \iiii: i <e (|iie l'eu voii, c;tr tout est être : ( e par (|uoi l'on voit, car, pour percevoir un élre. il faut a\()ir l'idi'e d'èlre. Lamennais tranche ainsi d'un coup II' ^'laiid problème de savoir si toute connaissance commence par des lails on par des idées : si le cogito de Descaries est un simple l'ail on la conséquence implicite d'un prin<'i|)e. Mais en même temps (|ue l'idée (l'élre esl la plus claire de toutes, elle esi aussi la plus obscure ; car élan! 9im|de, elle ne peut être ramenée à des élémens, et elle ne donne la notion d'aucun être en particulier ; et d'ailleurs, l'èlre n'ayant a\icunes limiles, elle ne peut élre comprise par aucune raison linie. Elle est le terme et le moyen de la vision : mais, en tant (|ue substance, elle ne conlient rien de distinct en elle-même ; on ne peut In saisir que dans ses propriétés. Si l'être est à la fois le suprême intelli^'ible et le suprême incompréhensible, il

s'ensuit que tout ce qui est, est à la fois intelligible et incompréhensible, et que la pleine compréhension est une entreprise impossible et insensée. Il faut donc à la fois chercher à tout connaître sans prétendre à tout comprendre.

Cette conception fondamentale qui consiste à partir de l'idée d'être en général, de l'être absolu, a beaucoup d'analogie avec celle qui sert de point de départ à un illustre philosophe italien, peu connu en France, l'abbé de Rosmini (1). Il est vraisemblable que, dans le cours de son voyage à Rome, Lamennais y a vu Rosmini, comme il vit plus tard Schelling à Munich ; et sans doute il causa philosophie avec l'un comme avec l'aulre. L'influence de Schelling est sensible dans sa doctrine et dans son œuvre, comme nous allons bientôt le voir ; celle de Rosmini nous parait également manifeste dans le choix de son principe.

En passant de l'idée d'être à l'idée de Dieu, nous passons suivant Lamennais, du même au même : car Dieu n'est autre chose que l'être. Donc inutile et impossible de démontrer Dieu. Comment démontrer l'être sans le supposer ? Celte notion ne s'appuie que sur elle-même : « on ne peut la (h'diiire de rien, et (|iiand on croit remonter vers elle, elle est encore le jtoint d'où l'on part ». Mais si on ne peut démontrer Dieu, on ne peut le nier. Car comment nier l'idée d'être ? 11 n'y a pas d'athée. Le véritable athée serait celui qui dirait : <■ Il n'existe rien. » Cependant, il ne faut pas confondre la notion de Dieu et la notion d'être : « Dieu est l'être inliui considéré, soit dans ses

(1) Nous esprrons connaître Ijicnlôt avec plus do précision la philosophie de Rosmini. Un professeur de philosophie du collège Stanislas, M. Segond, vient de nous donner le premier volume d'une traduction, dont nous attendons la suite avec impatience.

i':i|i|Mirls av»T Ifs rires, soit dans ro que sa propre essenrc ri'iilVrnu' à la fois de lUMOssaire et «If dislia<'l. t Cesl là iiiK- Mil' pi'i-siiiiiK'lli' d<> l.:iin*'niiais, analogue à celle qui t'l;iil ('■^MliMiiriit l'i (J.iii>i II' intMiir Irnips émi>e par S«lu'lliiig dans sa drrnifn- pliilosopliif, el peut-êlre même y eutil là quol(|uc (lioso de commun : car, ainsi que nous venons dt> le dire, Lamennais a vu St-iielling en passant à Miiiiii II en 1832, nininii- nous l'apprenons par une de ses [••llrrs rt'< eniini-nl |Mililires : « Selielling, «'•crilil à M. de Mirollt's, a evirt-nn-inenl modifié ses |»remiers principes, ou plutôt il les a tolalemenl ctianf^és. Il recoanait mainlenanl rimpossihililé de philosopher si l'on ne prend la tradition [tour hase. J'ai eu avec lui [dnsieurs conversations l'oit iiil*-n>s>:iiitcs pendant mon s«-jour a Munich. Nous nous soiniiics trouvés d'accord sur les fondemens de la iiM-iliodi- philosophique. C'est un li(»mme druil. d'une glande pcr>picacité, et >ans contredit le premier génie de rMlciii;i;:iie. • iSeplemhre 183.1.) Un « omprend cet accord iiioniriitaiie de Schelling et de Lamennais. L'un revenait au chrisliaiiisiiie : l'autre s'en éloignait. Ils se renconirereiii en roule à moitié chemin, ('.e qui est certain, c'est <|iie pour Lamennais comme pour .N'helling. Dieu n'est pas la plus haute des idées. Cette idée l.t plii> haute est l'idée de l'être, hieii, c'est l'être en tant que cn-ateur, en l.iiil que personne. Il est l'être par .sa siihstance ; il est l)ieu par ses attrihnts. L'être n'est pas l'indétenniné : rien n'existe qui ne soit déterminé. L'être a doue des propriétés, et c'est à ce litre seul (|ue nous pouvons le saisir, c'est à ce titre qu'il devient IHeii pour nous. Quelles sont ces propriétés distinctes • i|iii tmit de Hieii W Jv\Ki. — LaiiieniKiis. 7

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un vérital)le Dieu, en laiil qu'il est avec elles », selon l'expression de Platon, qui peut être rappelée ici ? Elles sont au nombre de trois, et il est impossible de ne pas reconnaître ici dans la philosophie de Lamennais la trace de ses croyances théologiques. Son ouvrage est le développement de la doctrine de la Trinité. Fidèle à la méthode déduclive, Lamennais essaie de déduire de l'idée de l'être les trois propriétés fondamentales qui le constituent et le déterminent. S'il eût mieux connu l'histoire de la philosophie, il eût su que cette tentative avait été souvent essayée et qu'elle avait toujours échoué. De l'être, on ne peut déduire que l'être. Uêlre est, disait Parménide, mais pas plus. Encore est-ce une question de savoir si de la notion d'être on peut tirer l'artirmation de l'existence de fait, de telle sorte que, pour savoir que l'être est ou existe, il faut encore sortir de l'être. Mais quant à tirer de là des propriétés déterminées, c'est ce qui paraît absolument impossible. A la rigueur, on peut dire que la notion d'être enveloppe celle de puissance ; car, pour être, il faut pouvoir être ; encore faut-il savoir d'où vient l'idée de puissance, et la plupart des philosophes modernes sont d'accord pour tirer cette idée de la conscience. Admettons cependant, si l'on veut, que l'idée d'être soit identique à celle de puissance, et que si l'une est posée, l'autre le soit également. Mais pour ce qui est de la seconde propriété, l'intelligence, il semble absolument impossible de la déduire a priori. Spinoza lui-même, malgré l'intrépidité de sa logique, a été obligé de prendre pour axiome cette pioposition : riiomme pense, pour conclure qu'il y a une pensée divine. Lamennais croit au contraire pouvoir affir-

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