‹ La philosophie de LamennaisChapitre 17 sur 29 · I.A1IE?I.>'AIS UKTAPHVSKIEX I 1 I · texte numérisé non relu

I.A1IE?I.>'AIS UKTAPHVSKIEX I 1 I

iiH-r </ jiriiiri (|iH' l'rlro sii|i|ios«; iioii-si>iilfiiM'iil uuo force, mais encore une l'orme ; car l'èlre indt-lerniiné n'esl rien, cl s'il cUiit sans forme, il ne sérail pas. Soil encore ; mais (le là à l'anirmatinii dune inlelligenre, il y a encore un altime. Lamennais le iVancliil à l'aide de ( elle proposition, (|iie l'èlre délermin»', c'csl-à-dire ayanl une forme, est parla même inlelli^'iLle ; or on nn pcul êlrc inlelli^ihle i|iie pour une inlelliK<>nce ; et Dieu étant le seul être, il laiii (|u il soit hiinuWne celle intelligence, autrement il ne pourrait jtas être appeh' intelli^ilde. Mais|)cut-on voir dan» ce raiMiniiemeiit autre clio>>e qu'une p«-titioii de principe? Sans doute, s'il n'y a pas d'intelli;;ence, il n'y a pas d'inlelli^ihle. Mais est-il nécessaire que lêtrp soit intelligible, si |)ar hypothèse il n'y a pas d'intelligence ? Il serait f(»rn)e et voilà tout. .Mèmi> faute de raisonnement pour la troi sième propriété ; il faut, dit Lamennais, un principe d'union pour lier entre elles les deux premières propriétés. Soil encore ; admettons cela a priori. Mais qui vous a appris (|ue ce prim ipe d'union est l'amour, cl que savezvous de laïuoiir, si ce n'esl par la conscience qui découvr»^ en nous-mêmes celle factilté ?

Lamennais, après avoir posé sur ces trois propriétés, et être parti de l'un-triple, fait un pas important en transformant cette triade en trinilé. C'est ici que se fait sentir linfluence th('Mdo^'i(|ne et chrétienne, el il esi permis de penser que la première partie de son ouvrafîe appartient encore à 1» période de sa vie croyante et catholique, dette triplicilé devient une trinilé. par cette affirmation que les trois attributs de l'être ne sont pas seulement des propriétés ou des attributs ; ce sont des personnes : « car,

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(lil-il, ces propiiétés. clant individuellement distinctes, sont des personnes. » Mais celte raison est-elle suflisante? les trois attributs ne sont-ils pas distincts en Ihomme aussi bien quen Dieu, et peut-on dire cependant que nos trois facultés sont trois personnes? D'un autre côté, y a-t-il quelque raison de croire que ces attributs sont en Dieu plus distincts qu'en nous-mêmes? et, au contraire tous les théologiens ne sont-ils pas d'accord pour déclarer avec Aristote que Dieu est acte pur, et que, par conséquent, la distinction des attributs est en lui logique et non pas réelle. Qu'est-ce que nous appelons une personne ? C'est un moi doué de conscience et de liberté. Or, chaque personne divine, chaque attribut divin a-t-il son moi, sa conscience propre? Qu'on le soutienne théologiquement, on le comprend: c'est un mystère. Mais transformer en trois moi les troits attributs abstraits de la force, de la forme et de l'union de ces deux termes, n'est-ce pas confondre la philosophie et la théologie? Lamennais ne craint pas cette confusion ; au contraire, il la recherche ; il aime à employer le langage théologique. La Puissance, c'est le Père ; l'Intelligence, c'est le Fils ; l'Amour, c'est l'Esprit. Le père engendre et n'est pas engendré ; le fils est conçu ef engendré. Lesprit procède de l'un et de l'autre. Tel est du moins le langage employé dans le premier volume de VEsqiiisse, qui est de 1840; mais le quatrième, qui est de I8i6, contient en conclusion une note rectificative qui ramène la doctrine de la trinité à une signification exclusivement philosophique, et qui en fait disparaître tout ce qui rappelait le mystère chrétien, c Dieu est un, disait-il alors ; Dieu est personnel et intelligent. La personnalité

LAMENNAIS MKTAPHYSir.lEN i I :{

él:inl !•' mhmI»* cssciiti»?! de hicii, loiil < »• <|iu' l)it'u renferme (II' disliiM t tl dit divers subsiste néressaircmciit sous ce iiiênie mode, eu d'autres lermos, la personualilé uue de l'être uu se spécilie dans cliacuuc de ses propriétés... Le mot de personne a|)pli(|ué au Vi-Vf. au Fils, ù l'Esprit, exprime seiilciiiiiil (|iif cliacime des propriétés partici|)e à sa persoiiiialili-. -t Ou deviue le cliau^cux'iii radiciil indiqué |)ar ces explications, .\utre chose est un l)ieu (jui est une personne et un Mieu (|ui est ^'o/â- personnes. C'est dans la triple personnalité qu'est le mystère. Lamennais l'acceptait enc()rt> au début de s«in livre ; il l'ahaudouue à la fin : « Telle est, dit-il, exaclemeiil notre pensée sur cette partie <\i' la s(ien< (' de Dieu. »

Un autre point im|)orlant, mais assez obscur, de la science de Dieu dans la théorie de Lamennais, c'est qu'il y a, suivant lui. en Dieu, outre l'unité de l'être, < uu principe de distinction ' (|ni t'.iii i|ii)- les trois propriéti*s sont «listiuctes les unes des autres, ("était revenir à l'une dos idées rondamentales de la philosophie de Platon, à savoir (|ue tout être, et aussi hien Dieu (|ue les autres êtres, se < «impose de deux |)iin( ipes : le inènie et l'dulre (tô aùrô, xo £t£;ov). (le principe i\'alli'-rilé , eu vertu duquel une chose est autre qu'une autre, est également désigné, dans le Sophiste, sous le nom de iton-élre (tô (xfj ov). Platon soudent, contre l'école de Parménide, que le non-ètre existe même en Dieu et dans les idées divines : car chacune n'est ce qu'elle est qu'à la condition de ne pas être ce que sont les antres. Sans ce principe de distinction, on s'ahime dans l'unité absolue, dans l'indiscernable. Si nous ne connaissions qu'une seule lumière, nous ne ver-

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rions rien ; si nous ne percevions qu'un seul son, nous n'entendrions rien. De même, si l'clre n'était qu'être, sans aucune distinction, il serait absolument pour nous comme s'il n'était pas.

Mais entrons dans une nouvelle phase de recherches, et de la théorie de Dieu passons à la théorie de la création. Lamennais suppose, sans l'examiner et la démontrer, la théorie platonicienne des idées, des exemplaires divins. Il croit que par cela même que l'on a prouvé que Dieu est intelligent, on a prouvé qu'il possède en lui toutes les idées des choses, c'est-à-dire que le monde existe d'avance dans son intelligence sous forme idéale. Cela posé, Lamennais dit qu'il y a trois théories sur l'origine du monde ; et il les repousse toutes les trois: 1« le panthéisme; 2" le dualisme ; 3^ la création ex nihilo.

Le panthéisme consiste, suivant Lamennais, à confondre le monde réel avec le monde idéal qui réside dans l'intelligence de Dieu. Le monde, dans ce système, n'est qu'un spectacle que Dieu se donne à lui-môme : « Système monstrueux, dit l'auteur, destructif de toute croyance et de tout devoir. » C'est là une exécution un peu sommaire du panthéisme. Le dualisme n'est pas plus satisfaisant. En admettant une matière coéternelle à Dieu, il détruit l'idée même de Dieu, car il en retranche la toute-puissance et l'unité ; et il transporte au monde une partie des attributs divins, à savoir l'immensité et l'infinité. Enfin , le créationisme, ou doctrine de la création ex nihilo, admet la création des substances ; mais c'est dire que l'on peut ajouter de l'être à l'être de Dieu. Lamennais ajoute que le créationisme conduit au panthéisme, mais son argumentation

HMIWAIs Ml I \PIMMt ll"\ Ho

sur ce poinl est obscure, el sérail racilcniorit n-Uufiuéo contre sa propre liypotlK'se.

Il n'est p;is facile de trouver une solution nouvelle en dehors des trois hypothèses précédentes. Lamennais l'a cependant essayé. La solution <|u"il propose est celle-ci : «•'est que Dieu crée le monde de sa projire substance. Il prend en quelque sorte le tr(q>idein de son «''tre pour en faire la substance des êtr<'s (inis; ainsi la substance incn-éc devient la substance crét'-e, et les êtres finis existent de «leux manières : d'une manière iib-ale dans rentendement de Dieu ; d une ncinien' ariiiclle ci rè-elle en dehors de Dieu. C'est ainsi, dit Lamennais, qu'il faut comprendre ces vieilles traditions orientales, suivant les(|uelles la cn'ationa été un an'-anlissemenl et un sacrilice de la divinité. Celle doclriue di> Lamennais, |)en connue ou oubliè'e, a été reprise de nos jours par M. Ravaisson dans son hajtport sur la philosophie iln X/X" sii'clt: On peut se demander en quoi cette doctrine se distiii'fue du panthéisme, (|ue Lamennais a appelé un système lunustrueux. Ou a j{énéralen>ent considéré runiti' de substance comme le irait essentiel et caractéristique du panthéisme, i-jn. Saissel, dans sou travail sur le panthéisme, le caractérisait justement en ces ternies: i la consubslanlialitc du fini et de l'inlini. > Or, dans le système de Lamennais, il ne>t pas doulen.x (|ue Dieu et le monde sont cousubslanliels. Il nie ce|ieudant (ju'il soit paullicisle [lour cela: car il adiuel que les êtres finis, quoique composés de la substance divine, ont cependant une existence actuelle distincte de la substance idéale qu'ils ont en Dieu: et cependant Dieu lui-même n'est diminué en rien dans son être el en produisant d'autres en dehors de

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lui. On reconnaît dans ces idées de vieilles traditions gnosliques et alexandrines, et peut-être aussi quelque souvenir des entretiens de Schelling à Munich.

Une autre théorie originale de Lamennais, après celle de la création, c'est la théorie de la matière, dans laquelle se retrouve encore quelque vestige de la philosophie antique, soit platonicienne, soit néoplatonicienne. Suivant Lamennais, la matière n'existe pas à titre d'être distinct, de substance, et elle est cependant quelque chose de réel ; c'est à la fois une négation et une réalité. La matière, c'est la limite: c'est le principe de distinction que nous avons reconnu en Dieu, en tant que ce piincipe se réalise en dehors de Dieu. Tout être lini, par cela seul qu'il est fini, est matériel. Il n'y a pas d'esprit pur, parce qu'il n'y a pas en dehors de Dieu, d'esprit infini. Il faut distinguer la matière et les corps. Dans les corps, tout ce qui est réel, positif, est substance, participe à l'être de Dieu, et par là est esprit. Car l'être est esprit et n'est qu'esprit; mais ce réel du corps étant limité, soit dans l'espace, soit dans le temps, soit dans la puissance, et en général dans toutes ses propriétés, ce réel, dis-je, considéré dans sa limite, est matériel. En ce sens, Lamennais ne craint pas de dire que les âmes sont matérielles. Leibniz l'affirmerait aussi dans le même sens, car il disait que, lors même que Dieu n'eût créé que des anges et de bons anges, il y aurait eu du mal dans le monde, parce que la distinction et la limitation des créatures les eussent assujetties à la matièi^e, et par conséquent au mal; et lorsque Leibniz affirme aussi qu'il y a en Dieu une matière idéale, et que c'est là qu'est la source originale du mal, il l'entend encore de la même manière.

i.AMK.N.wis Ml I m>ii\simf:n 117

Eli résumé, l'univers se ranit'iie à deux principes : la Mijjslance et la limite, Dieu et la matière. Lamennais fait r(Mnai'<|u<'r que c'est le l'ond des cosnioijoiiir's aiili(|iM's, (|ui rt'coMiiaissaieut dciiv t'Icnn'iis : le piim i|H' ;i( lif et If piiu- <'ipi> passif, niàlt' et l'emcll*'. L'univers est un tout <|ui procède de ce mi'dan^e. Qu'est-ce maintenant que l'univers |»ar rajtport à Dieu ? C'est la manll'cslatioii proirressivc de l>icii. la réalisation cxléricurt' de Imit ce (|iii e>i d;ui> mui iiile||ii.'ence. Sans <>ntrer eiKore d;ins le |)rol)leMie du mal, (|ii'il ahordera plus lard, il se place tout d'aliord entre les opiiiiiisles el les aiili opiiniisles (1). Les premiers disaient r|iie Dieu ne peut créer (|iie le plus |)arl'ait ; les seconds, (|ue, en deliiu's de Dieu, il n'y a pas un parfait absolu. Les premiers imposent à Dieu le clioiv dicté par la sajjesse ; les seconds n'adtneiii'iil aiiriiiie liniite a la lilieiic, nièiue la limite du liien. Suivant Lamennais, cette discussion n'a jias d'objet. Il n'y a pas plusieurs mondes possibles ; il n'y eu a (|u'un, celui qui est, lequel est la réalisation progressive de tout ce (|ui est eu Dieu. Il n'est pas a( tuellcment le plus parlait. |Miis(|iril se perteclioune sans cesse ; il tend à la per!ecli(Mi sans jamais y atteindre. Le jour où il l'atteindrait, il cesserait d'être monde el deviendrait Dieu . t L'univers n'est et ne peut être qu'une manifestation de Dieu ; el Miilà pour<|uoi ranli(|uité se le représentait comme un temple dans le(|uel, a\aiit rinirodui tion du mal, tout être est un rayon de sa gloire, toute v(ti\ un bymne à sa louange. Cwli ciiananl yloriam Dci. Il est comme une

1) Il ne s'.isit pas dos pessimistes, dont on ne parlait pas alors, mais (les théologiens (lels que Fênelon et Bossuet) <|ui re|>ouss;iient l'optiinisme, comme contraire à la liberlo <li\ine.

an LA Pirii.osopiiir dk i.amennais

grande et élernelle incaruation du Dieu créateur... 11 a mis dans chaque être quelque cliose de tout ce qu'il est, et les plus parfaits portent en eux la visible empreinte de cette parenté divine : Ipsius et genus siinuts ; sortie de lui, la création aspire à retourner vers lui... Elle se dilate au sein de son immensité par un progrès sans fin... 11 l'atlii-e à lui en s'épandant sur elle ; il la pénètre, il la féconde, il se prodigue à elle pour accomplir une union toujours plus intime et qui ne sera jamais consommée. Autant quil est donné à notre intelligence d'embrasser l'œuvre du Très- Haut, voilà l'univers ; et la grandeur de la pensée est d'entrevoir ces merveilles qui fatiguent et désespèrent la parole, impuissante à les exprimer (1). »

L'univers étant la manifestation de Dieu, on doit y retrouver les trois propriétés divines, les tvoh primordialités, comme disait Campanella, savoir: une force qui le maintienne ; des formes qui en distinguent les parties avec un ordre qui les tient en équilibre ; enfin, un principe d'union qui les associe et les enchaîne, le tout lié à une substance qui est le fond de leur être, et une limite qui les termine en les circonscrivant.

Quelle idée maintenant devons-nous nous faire de la vie de l'univers? Cette idée est celle du développement, ou, comme nous dirions aujourd'hui, et Lamennais emploie souvent lui-même cette expression, « de l'évolution ». L'univers a dû commencer par l'état le plus simple. Toutes les traditions rappellent l'idée d'un chaos primitif, d'un œuf divin. La science à son tour, par la théorie des nébu-

(1) Esquisse, 1. 1, liv. m, ch. i.

LAMENNAIS .MI.TArUYSlClEN ll'J

leuses (1), semble bien nous lïiire eiilfridie ([iie l'uiiiveis a commencé par un état de dispersion absolue. A priori d'ailleurs, les propriétés divines ont dû se manifester dans leur ordre logique. La première des trois est la puissance ou la force ; car avant d'avoir telle ou telle forme, il faut L'Ire, et pour cela il faut une puissance. L'univers, en conséquence, a commencé par être uikî masse fluide, où les propriétés fondamentales ne se manifestaient (|ue par les phénomènes les plus généraux, à savoir : le mouvement, la lumière et la chaleur. La force, dans son état absolu, donne l'immensité divine; mais, jointe à la limite, elle donne l'étendue. Il n'y a (|ut' doux notions positives et concrètes : rimmensité et l'étendue. L'espace gi-ométritiue est une abstraction. Lamennais essaie, à la manière allemande, de construire a priori les trois dimensions. D'abord la force rayonne en tous sens : c'est la ligne droile, la longueur ; puis ce rayonnement est circonscrit par une forme (jui donne la surface ; de la surface et de la ligne naît le solide, .\insi se manifeste la force dans l'univers. Comment se manifeste l'inlelligence ou la forme? C'est par les trois degrés ou espèces d'êtres qui seront plus tard mieux définis et qui sont : les êtres inorganiques, les êtres organisés ou vivans, et enfin les cires intelligens. Dans la première classe, la forme est à l'état irrégulier ou dlITus ; dans la seconde, elle est déterminée ; dans la troisième, elle est concentrée. Enfin le principe de l'amour se manifeste également dans ces trois espèces d'êtres par une unité de

(I) Cet exemple des nébuleuses, qu'Herbert Spencer emploie si souvent au point que sa théorie a pris le nom en Angleterre d'Iiypothése nébidairc, est aussi l'exemple dont se sert le plus souvent Lamennais.

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plus en plus intime : 1° par la simple juxtaposition dans l'espace ; 2» par l'unité individuelle ; 3° par l'unité intellectuelle et sociale.

Si l'on revient sur cet ordre graduel et ascendant des êtres pour les étudier plus en détail, on trouve d'abord les êtres inorganiques. Ils sont dits inorganiques parce qu'ils sont destitués de cette sorte d'organisation qui accompagne la vie et l'individualité ; mais, ayant une forme, ils ne peuvent être complètement dépouillés de toute organisation. Ils ont leurs formes diverses, qui sont contenues en puissance dans la forme primitive, laquelle, avons-nous dit, est celle d'une masse fluide résultant de la combinaison des trois fluides primitifs (électrique, calorique et lumineux) ; or, en tant que ces formes sont contenues dans celte matière universelle, elles peuvent être appelées des germes. Que ces germes sassimilent dans des proportions diftérentes les élémens primitifs du fluide universel, et ces fluides passent alors de l'étal libre à l'étal latent, c'est-àdire que de fluides ils deviennent des corps. A mesure que la forme se développe, on voit ainsi appaïaître graduellement, par des combinaisons de plus en plus complexes, l'innombrable variété des êtres inorganiques. La force partout répandue les réalise individuellement par une évolution régulière de la forme générale, « de même que cette autre force appelée attention réalise individuellement les idées particulières contenues dans la forme générale d'une idée ». Chaque germe a une puissance d'affinité qui attire à lui les élémens extérieurs qu'il s'assimile, et par là montre quelque analogie avec la vie ; mais il ne se les assimile qu'extérieurement et par juxtaposition, de telle sorte que

H\II.N.N.U.s Ml.IAI-U\SltlLN 1-1

li'iir exisleiU'C uv cuiistitiie pas une iiidi^idiialilc M-rilable. On rt'mari|iiora que celle assiiiiilatioii ne peut avoir lieu sans eriipriiiiler à d'aiilres coniliiiiaisoiis les t'Ienieiils qui les cunipuseiil. de idle miiIi- que. dans le premier étal des corps, la |>rodn('tion implique la deslruclion. el «jue ces deux formes de moiivemens sont essentiellenienl lii'-es l'une à l'autre. Tel étaiil le mode {{éiH'ral de dévcloppenoul dis êlrt's inor^aniqiH's. <-es êtres se distin;:uenl par trois qualités prinn»rdiale>, qui sont : rimpéuélraliililé, la pesanteur el la li;{ure ; la premirre, expression de la force arrêtée par la limite; la seconde, e\|»ression iln principe d'union, el la troisième, expression de la forme.

Kn passant «les êtres inorganiques aux êtres urbanisés, Lamennais invoque un principe qui était déjà dans Arislule el (|M'il a n-troiivé, soii par lui même, snil par ses suiiveuir» de pliilosopliii' thomiste : c'r>l que, tout en s'élevant à un plus liaiil dej;ré de perfection, les êtres ne se delaclienl pas de la série inférieure, et qu'ils coiiser>enl les formes pn'cé'denles en\cloppées dans les formes snjMTieures, ultérieurement acquises. Ainsi. le> êtres vi\.ins. par l«'ur matière, par leur rapport à l'étendue. c<inlinueni à siihir les lois des êtres inorganiques, et sont soumis comme eux aux trois qualités précédentes : impéiiélraliililé. pesanteur et li}!ure. Mais ils s'en distinguent par un caractère tout à lait nouveau : l'indiNidualilé. Dans les êtres iiior^aniipies, et" (|ui doniiiii', c'est la limite : la rtirmc s'y pn-scnle d'un»* manière indélinie, c'est-à-dire sous forme d'accroissemeul exté'rieur. Dans les êtres orfianisés apparaît l'unité vitale. La forme n'y est plus exti-rieure, mais intérieure ; l'être t roii non plus par juxtaposition, mais par intussusception.

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Eiiliii le mode de production est diflerenl ; et sans s'engager dans la question des générations spontanées, il faut admettre que la forme préexiste ; et, à ce titre, c'est un véritable germe. A la vérité, Lamennais a employé déjà le même terme pour expliquer la formation des minéraux ; mais il ne s'agissait là que de formes spécifiques ; ici il s'agit de formes individuelles.

Entre les végétaux et les animaux, Lamennais n'admet pas de différences fondamentales. Il y a un passage insensible d'un règne à l'autre : ce n'est qu'un plus ou moins grand développement, d'un règne à l'autre, de l'intelligence et de l'amour. En revanche, selon Lamennais, il y a une barrière infranchissable entre l'animal et l'être intelligent, bien qu'il y ait une liaison intime entre ces deux classes d'êtres. Les qualités des êtres organisés, comme celles des êtres inorganiques, sont au nombre de trois : spontanéité, manifestation de la forme ; vie, manifestation du principe d'union.

Quant aux êtres intelligens supérieurs à l'animal, nous n'en connaissons qu'un, qui est l'homme ; mais il n'est guère vraisemblable qu'il n'y en ait pas d'autres, que cette nouvelle série qui commence avec l'homme ne comprenne qu'une seule espèce d'êtres, tandis que les séries antérieures en ont des raillions et des milliards. Mais nous ne savons rien de ces êtres supérieurs, et nous ne pouvons en parler que d'après l'homme. Inutile d'insister sur les caractères généraux des êtres intelligens, puisque l'homme doit être l'objet d'une étude séparée et complète. Disons seulement que Ihomme se distingue de l'animal, comme la personnalité se distingue de lïndividualité. L'animal est un indi-

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