‹ La philosophie de LamennaisChapitre 5 sur 29 · I.AMC>!«AIH TIUUI.00li:^ >1 IIIIOCRATF · texte numérisé non relu

I.AMC>!«AIH TIUUI.00li:^ >1 IIIIOCRATF

qu'ullo n'csl pus dans la raison iiidi\id(K'lle. Il faut dune la (iMTciier aill('ur>, rCsi-à dire dans la n'.isoii uni\i'rs)'llr.

Vuici les ar^'iiiiiiMis de l.;inii'nnais : 1" l«> jn|i«-in«Mit d<r plusieurs :i |iliis d .luloiii)- (|ii)' ri-liii d un m-uI ; i" iiirinr dniiH lt*s hi'ieni't's, U* s«>ns tommuii est eiuore raiKoriU-, car les si-ioiircH s'apimicnt sur ce qui est reconnu par tous les jionnnes. Lamennais oublie de rap|M*ler el d'expliquer les erreurs universelles, par exemple celle de la négation des antipodes et relie de rininioliiliu- de la terre; 3* en murale, pour la distint tiun du bien et du mal, l'accurd des opinions vaut mieux que tous les raisonnements. Ici encore il eût fallu expliquer les erreurs universelles telles que les sacrilii e> lnimains. l'escUnage, la torture, etc. ; •«' (|uaii<l on n'e<tl pas d'accord, on s'adresse a un arbitre ; 5° I enfant qui i->l le plus près de la nature s'en rapporte à l'autorilé de ses parens et de ses maîtres ; (i* nous avoDS tous un penchant invincible à croire à l'aiilorité du sens commuu. (ion« ludion : le vrai critérium de certitude est dans l'aulurité du genn> liuniaiu, ei la certitude croit avec le nombre des témoins. On demande pouripioi la certitude serait dans la société el non dans l'individu, (l'est que l'indixidu n'est pas fait pour lui-même et ne se suflit pas à lui-même. Il est fait pour la société, et il n'est rien sans la société. La vérité est une • producii«)n sociale •. Le développement de la raison est di) au ileveloppement de la société.

Cette doctrine fût-elle admise, on ne voit pas tout d'abord qu'elle ailb* au but visé par l'abbé de Lamennais, à savoir de xiuineltre !;i raison in<li>iduclle à l'autorité et surtout à l'aiilorité de l'Kfilise. Voici |(ar(|uel lien ces deux doctrines se rejoignent. Si chaque individu uc peut rien décider par lui*

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même, il faut qu'il se soumette à quelque chose d'antérieur et de supérieur à l'individu : or ce quelque chose est la « tradition », c'est-à-dire la vérité reçue parle genre humain dès l'origine. L'autorité est donc « la raison universelle manifestée i»ar le témoignage et parle langage». Mais cette vérité elle-même, d'où vient-elle ? Puisque aucun individu n'a pu la trouver par lui-même, tous ont dû la recevoir d'ailleurs. Elle vient donc d'une source plus haute ; elle est révélée. Cette raison est Dieu. Dieu est la vérité même se manifestant au genre humain. Lamennais admet entièrement la doctrine de Bonald sur l'origine du langage ; la raison n'est autre chose que la parole divine. La vérité nous est révélée en même temps (jue le langage.

Ainsi, c'est parce quelle émane de Dieu que la raison générale est infaillible, et nous croyons quil y a un Dieu en vertu de la raison générale. IN'y a-t-il pas là une pétition de principes analogue à celle que Lamennais reprochait à Descartes? Dans son chapitre sur Dieu, qui d'ailleurs est fort beau, Lamennais confond, sans s'en douter, deux idées différentes, à savoir, dune part, que Dieu est prouvé parle témoignage, par le consentement universel ce qui est fonder Dieu et la vérité sur un fait tout extérieur; et, d'autre part, que Dieu est la vraie source, le vrai fondement essentiel de la vérité, ce qui est la doctrine de Platon et de Descartes, de Malebranche et de Leibniz, de Bossuet et de Fénelon, c'est-à-dire de tous les grands dogmatistes, lesquels ne reconnaissent cependant d'autre autorité que la raison.

Dans la Défense de VEssai, Lamennais s'efforçait de répondre aux difficultés soulevées contre son ouvrage. Cette

i.lMI'^.NAIS IIIKOI.UI.II N H IlIMMIlVie i>.)

«It-fiMise, sur (|ii(>l<|ii('s points, éeiaircit la pcus<-«* de railleur; (M* Il ti'- lit- aiis>i sur (|ii)'li|ii)-s points l'audMir rt'rulf (il (Irvaiit l)'s oltjf) lions. On la coiiiImIIiic, dit il. tuinin)' s il a>ail soul)-iiii I ini|iiiiss.in< I- alisoliif de nos farultés, <'t on l'a at'ciis*' de sci'ptiriMin*. .Mais il n'a pas dit, au iiioiii>i n'a t il pas voulu din* (|U«> nos l'aciiltt-s fussent absolnim-nt inipuissanh-s. il n'a pas dit (|ir<-lli's nous troiiiprni toujours. Il A dil, < oiuinc Mescartes. i|ii'c||f> nous Ironipeiit souvont, i-l (|n'fllfs iif porli'iil pas axt-c l'Ilt-s un si|:nt* infaillild*; pour distin((U)'r ipiand elles nous Iroiiipent et quand elles ne nous troinpeni pas. Il leur a refusé, non la v«-rité, mais la terliliide et rinfailliliilité. Voici d'autres uhjeclioiis, a\ee les réponses de I aiileiir : Si l'Iioniini* n'a pas le iiioyen de distinguer la vi-rité. eoninienl reeonnailra I il la vraie ailloli lé .' Lanioniiais répond (|iroii ne prouve pas l'autorité, mais <|n on la ronsiale roiiiine un fait. Soit ; mais eneoro l'aulil la roiisl.der, el on lie le peut <|iie par le moyen des l'atiilli-s dont Lamennais a soulenu rinsnltisani e et I iiieerlilude. — Nous ne eoiinaissons le «-inoi^tna^e que par la raison individuelle ; c'est doue toujours la raison individuelle i|ui jn^e. Cette diflicullé. répond Lamennais, vaiiilrail rtnilie l'>s catlMdi(]ues eu général aussi bien que contre noire système : rar cerlainonn'nt c'est par la raison que nous (onnaissons les premes de l'Kcriliire. el certainement l'Kcrilure est au-dessus de la raison. D'ailleurs ou confond deux choses : la raison et les moyens extérieurs par lesquels la \erilé lui est manifestée. Sans doule, riioinme ne peut romprendre (|u'a\ee son esprit, jii};er (in'aAec sa raison. Aussi ne disons nous pas 4|iie le téinoi;:na^e est la raison même ; il est la lumière qui éclaire la raison, il n'est qu'un

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motif de crédibilité, mais le plus fort de tous et le seul infaillible. — Au moins ne nierez-vous pas la certitude de l'existence personnelle ? La certitude de fait, non ; mais la certitude rationnelle, oui; car Descartes lui-même le reconnaissait. Il n'y a que Dieu qui ait la certitude rationnelle de son existence. — Enfin, on objectait à Lamennais qu'il était à craindre que ce mode nouveau de démonstration n'affaiblît les preuves traditionnelles du christianisme. Lamennais répond qu'il les laisse toutes subsister en les fortifiant ; cela est fort douteux ; car s'il n'y a de certain que ce qui se fonde sur l'autorité du genre humain, comment croire à la certitude d'une croyance qui n'a pour elle qu'une faible portion de l'humanité? 11 faut arriver à dire que ce n'est pas le nombre des autorités, mais la qualité qui décide. Mais n'est-ce pas changer de principe ?

Deux mots en terminant cette analyse sur ce système si souvent discuté dans les écoles, et combattu au moins autant par les théologiens que par les philosophes. Il a été surabondamment démontré que cette doctrine est insoutenable sous sa forme absolue, et dans sa prétention de supprimer l'examen et de tout subordonner à l'autorité. N'y a-t-il pas cependant une part de vérité dans la thèse de Lamennais ? N'invoque-t-il pas un fait vrai et attesté par la conscience de chacun, lorsqu'il dit que chacun de nous doute de lui-même, tant que son opinion est isolée et qu'il ne peut compter que sur sa seule adhésion? N'est-on pas au contraire tranquillisé et affermi lorsque l'on rencontre quelqu'un qui pense comme nous ? « Je ne suis donc pas fou ? » dit-on alors. Plus le nombre des adhérens augmente, plus on est tranquille. De là le besoin qu'éprouvent tous ceux

IVMKNNVI.s IIIIOIOI.IKN KT TlIKiMItMC ...i

<)iii oiil une opiiiioii vive de l\\\\c cuips, de s'oi';;:tiiisfi- en ^'inii|H's, (le foriiier des sectes, des écoles, <l»'s p;irlis, «le iiiiilli|ili<T p^ir laiilni'ili- du iinriibn' des \oi\ la \:il<'iir de

< li:i(|iie voix individuelle. Mais cela iiiènie a son «'\ccs. (ilia(|ue ffroupe peut élre éjîai'é comme clia(|ue individu : lespril de seel«» el de parti a ses dangers comme lamour- |ir(ipiein<li\idiirl. Aussi les esprits les plus éclairés éprouventils le liisoiii de soiiir des ^troupes, des sectes el des écoles, el de s'fiHcndrr avec les autres ;ii((ii|)es, les autres sectes, les autres t'-c(des. ^Miand nu en \ieMl à un point où tout le inonde esl d'accord, on a l'esprit loul à lait satisfait. .Même dans les sciences, l'accord esl encore un crilérinm. Ksi d)-claré al)S(duinenl vrai ce dont on ne discute plus. Tant i|U°on dispute, c'est qu'on clierriie. Le [trincipal argument du positi\isme contre la nietapliysi(|ue est tiré <les C(»ntrttverses éternelles des nuMapliysiciens, tandis que, dans le* sciences, il y a un fonds de vérité toujours croissant (|ui échappe à la coniroxerse. Cet argument ne snppose-t-ii pas ce «|ue demande |»rçcisément Lamennais, à savoir que l'acionl des hommes est le sij.'ue non de la vérilé, mais de la ( (Mtitude? Ilerhert Spencer a dit é^jalement que « ce quil y a de vrai en |jhilosophie, c'est ce qui esl admis d'un <oinmun accord par les hellijîérans, c'est-à-dire le résidu (|ui demeure (|uand on l'ait ahstraction de Ions les disseulimeiis ».

Ce principe «le l'aci'ord, siirne de vérité, ne si-rnilio point du tout que le nomhre fait loi ; mais il sijïiiilie (|ue les

< hances d'erreur diminuent à mesure qn'aujimente le noinhre des chercheurs. Faites une addition, il peut s'y liouver (|uel(|Ues chances d'erreur ; mais ^i cent personnes

font à la fois la même adtlilion, il n'est pas probable que ces cent personnes puissent faire à la fois la même erreur. Si elles s'entendent sur le résultat, ce ne peut être le produit du hasard : c'est donc, selon toute vraisemblance, qu'elles ont rencontré la vérité. De même une seule personne, même dans les sciences, peut se laisser tromper par telle ou toile cause d'erreur : tel fait peut échapper ; telle illusion peut s'imposer d'une manière persistante ; et, s'il s'agit de choses morales, telle passion, tel préjugé d'éducation peut nous aveugler. Si le nombre des témoins augmente, les chances d'erreur se partagent dans des sens divers : l'un se trompera dans un sens, l'autre dans un autre, mais l'accord ne se i)ro(luira pas. 11 n"y a que la vérité qui puisse être cause de lunité dassenliment. On peut donc accorder que le consentement des hommes, au moins des hommes compétens, est une garantie de certitude, sans melire en péril la véracité de nos facultés.

Si la décision finale appartient à tous, ou peut dire (|iic la recherche et la découverte n'appartiennent (|u'à chacun en particulier. De là la liberté d'examen. Ainsi la méthode de recherche appartient à la raison individuelle, lors même qu'on accorderait que le critérium final est dans l'accord des diverses raisons. Au fond, jtersonne, |»armi les philosophes, pas même Descartes, ne dit que la raison individuelle, en tant quindividuelle, est juge de la vérité ; ce serait la maxime de Protagoras, combattue par tous les plus grands métaphysiciens; la vérité, au contraire, est une, impersonnelle ; et la raison elle-même, prise en soi, est impersonnelle. La difficulté est de démêler dans les jugemens de la raison ce (jui est impersonnel et ce qui est

IVMK.NNAl- illl.Ul.(IOIt> KT TIIKOLU AI I. .W

iii<li>i(lii)>l, ri- (jiii' nous voyons m l:iiil <|im- r:ii>oii iiii|M-isoiiiH'lIe el «f (|ii»' nous voyons «mi t:inl (|iic raison inilisiduellc ; c'est en ce sens <|ne l'accord devient nn «rih-riiiiu. Car tant <|n'on dispute, où est la preuve que l'on possède

la véritable évidence ?Si telle chose est évidente pour i,

[)oiir(|noi ne l'ost-ello pas pour Ions ? Si, au contrain', on e>l dairord, ("est (pi'il ne ri'stc plus df inolif <le donlf. V la vt-rili', l'accord lui nicnic n'est pas toujours une raison décisive ; car un n'a peut-être pas assez examiné : de là la nécessité de l'examon et le droit de la raison individuelle ; mais, après examen, le seul p(»int d'appui vraiment solide cst<-e qui n'est conlcstc par personne, au moins dans les limites de ce qui est accordé : c'est ainsi (|ue le Coijiin de Oescarles est absolument certain, comme vé-rité de l'ait, quui(|u'il puisse y avoir encore débat au point de vue de l'intcrpiélaiion métaphysique. Le systéun* de Lamennais, loiil paradoxal qu'il est en n'-alilé. n'en a pas moins mis en lumière une vérid* notable, et nous a obligés utilemeni à serrer d'un peu |)lus prés le problème diriicile de la certitude.

La poli!i(|ue de l'abbé de Lamennais, dans la première période de son rôle militant, c'est-à-dire pendant la Restauration, est d'accord avec sa philosophie. 11 soumet loui, dans l'ordre des gouvernemens, aussi bien que dans l'orilre de la vérité, à l'autorité, et à l'autorité de l'Lj^lise. Et l'Kglise, c'est pour lui l'église catholique, repré sentée et constituée dans son chef visible, le pape. Comme P. Jamlt. — LauieDDais. 3

Joseph de Maislre, il rétrograde au delà des principes de l'Église gallicane ; il proteste contre 1682. 11 voit dans le pape l'autorité suprême et infaillible, le représentant de la souveraineté. Sa politique est donc ce que l'on a appelé rultramonlisme. C'est lui, on peut le dire, qui a été le chef et l'initiateur de cette doctrine et le véritable organisateur du parti. Le livre du Pape de Joseph de Maistre était presque exclusivement historique. 11 avait plutôt pour but la justification de la papauté dans le passé que sa glorification dans le présent. Lamennais fit passer celte opinion de la théorie dans la praticpie. C'est lui qui a entraîné et rallié le clergé français dans une doctrine qui lui avait toujours été antipathi(iue. Il était né chef de parti. Il le fut toujours, même en changeant de drapeau. Plus tard, il voulut eulraîncr l'Église dans une direction différente, et il n'y réussit que médiocrement. Voyons-le d'abord dans sou premier rôle.

Rien de plus étrange que la renaissance de l'ullramontnnisinc en France au xix« siècle. Comment celte politique, si contraire à la tradition catholique française, et que l'on n'avait pas revue en France depuis le xvi« siècle, comment a-t-elle reparu de nos jours ? Comment se trouve-t-elle avoir été un des résultats de la Révolution ? Expliquons d'abord la question.

L'Église catholique, par cela seul qu'elle est catholique, est universelle, c'est-à-dire s'étend au delà des frontières de chaque État. C'est un grand avantage au point de vue religieux; car la foi n'a pas à craindre d'être altérée par les différences de territoire. Mais en même temps, au point de vue politique et social , c'est un grand inconvénient ; car

LjiML.N>Al:> TU1.ULUI.11..> tl Illl.ui.ll.lli:. o'J

rliaquc ({OiiveriiciiM'iil |ir«-U*ii(i t'Irr niailrf clie/. lui ; cl il rsi toujours plus ou iiHiius ruiitrain' au\ |)rcrugali\cs de la suuvoraiiicti- que l'Klal re^'oive une parlic de son impulsion (miWne au |)oiut di* vue spirituel) d'un pou\oir qui n'est pas le sii'u. hi> la unt> (ftHlariir dt> («lus les ^ou\ern*-n)ens à relàrlier. quehiucl'ois luènif a rompre les liens relijrieux qui uniKsent ri\({liHc à son eenlro. Quelquefois celte tendance te manifesie par une rupture absolue, un changement de dogmes, « nninif on l'a \u au \vi' siècle; et ce fut l'une des rauso de la n-forme. Les Klats protestaiis ont mieux aime: riu-rc'sie et rinsiahililé religieuse que la dépendance, même ii'làchc'e, d'une autorité extérieure . Chez d'autres peuples, Il sepanilion s'est arrèl«-e au s«l»isme, c'est à-dire à la séparation puremtMit dis( iplinaire et en quelque sorte administrative à l'égard du gouvernement roniain. (i'est l'étal de ri-'iglise russe et de l'Kglise anglit anc. Knliii, une grande nation ( atliolique, la Franee. tout en restant pntfondément catlioIi(|ue, et même, on peut le dire, le rentre du catholicisme, tout en «onservaiit ses liens avec- Home, a\ail résolu le problème par une solution moyenne, d'une politique habile et savante, c'estàdireen établissant certaines limites, certaines restrictions de pouvoir pontifical, en fixant les conditions auxquelles ce pouvoir exercerait son empire en Kran< e. Ces rondilion» sont ce que l'on a afipelé les libertés de lUglise gallicane, et ces libertés ont trouvé leur expression formelle et législative dans les maximes de HiS-2. Il y a donc eu une F";glise gallicane qui n'était ni héréii<|iie. ni s«liismaiique. et i|iii soutenait lindépendance du |)ouvoir tem|iorel à I ei:ard du spirituel, (iet eiai de choses, a\cc alternative de querelle cl de paix, a duré jusqu'en 1781».

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