‹ La philosophie de LamennaisChapitre 4 sur 29 · I.VMKNIVAIS TIIKOI.OGIE?» K.T TIIKO( RATK · texte numérisé non relu

I.VMKNIVAIS TIIKOI.OGIE?» K.T TIIKO( RATK

farU'sienne ; Friioluu s'en xit lui tnrnu; dans son Tvaiii'ili' l't:rislnirii tir iJiru, cl la jkhiss»' iiirmc si Itiiii, (|iril \a jiis(|irà iluiitcr (lu : < Jo (n'iisf*. dune je suis, • ce que Desrarles n'avait pas fait. Ii(issu<>r, dans la Conunissance di: Dieu pt tic soi-mihno, affiruio que nous pouvons, si nous le voulons, ne janiai> nous ironiper; il nous suflil, dit-il, di> sM>|ii'ii(li-e riotrejii};i>Mii-iit (|iiaud nous ne souiuies pas en liir'scuce d<> l'i-viilenre alisoiue : c'ol Iticn la niélliode du doute iinivfiscl. Kniin l'un des adversaires de Deseartes, |i> reprt'sentanl de la Soriélu de Jésus, le père Hourdin, bien loin de reproeliei* à heseartes la tém«-rité de son doute lui ri'prnilif au (-onlrairc. de ne lii-n (lire de nouveau, celle iiielliodc i-laiil (|)>puis lnii};icu)ps coniiui- cl pratiquée dans les éfoU's sous le nom de tlunlc mêlapliysiijiir. Ainsi personne no voyait là autre chose qu'un procédé spéculatif sans dan^'er et sans conséquence. Il avait sufli à Descartes de iiiellic à pari les véritt'S delà toi et les priiu ipes de Iditlrc poliliqiie pour éi arler tout "scrupule, et pour (|u'i'n philosophie idiii le iiKiiide rei (Miin'it i|u il a\ail raison. Cependant il n'était pas douteux qu'une l'ois cette méthode aiiopli'c, elle ne dOt s'appli(|uer partout. Itaylc la tourna nu protit du sce|iticisiue. Vollaiie rappli(|ua à la reli^inii . Montes(|uieu, Hoiisseau et tout le wiii' siècle à l'ordre social et p(diti(|ue.

L'ori;;inalilé de l'ahhe de Laineuiiais l'ut de voir ce (|ue n'avaient vu ni de Maistre, ni de Honald, ni les apolo^'isles du \vni« siècle, àsavoir (|iie, si l'on voulait sauver Taiitoritti lie rKi^lise. il t'allail remonter à la source du scepticisme uKtderne, c'est-à-dire au principe du lihre examen, à la rej-le de l'évidence, à l'autorité de la raison iudividuelle. Accorder

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à chacun le droit d'examen et celui de décider sur le vrai et sur le faux, c'est faire de lindividu le juge et le maître de la vérité ; c'est admettre comme viai ce qui paraît à chacun comme tel: c'est l'anarchie. Personne n'ayant autorité pour s'imposer à personne, toutes les opinions sont égales en droit; et comme ces opinions sont contradictoires, cest admettre (|ue le oui et le non peuvent être vrais en même temps. Par conséquent la liherlé de penser ahoutit forcément au scepticisme.

C'est ainsi que la philosophie de l'ahhé de Lamennais répond à celle de Descaries à travers deux siècles. Elle reprend la question juste an point où Descartes l'avait posée au déhut de sa doctrine par sou doute méthodique et sa doctrine sur le critérium de l'évidence. Lamennais prétend que celte méthode concentrée dans l'évidence intérieure est la méthode même de la folie, et quelle n'a aucune défense contre la folie elle-même. Il imagine un dialogue entre un cartésien et nu fou (|ui prétend être Dcscarles, et il montre que le premier ne peut rien piouver contre l'évidence intérieure dont le fou peut se prévaloir : « Ce n'est pas sérieusement que vous prétendez être Descartes; songez que ce grand homme est mort depuis jdus de cent cinquante ans. — C'est vous qui plaisantez (|uand vous dites que Descartes est mort ; car je suis Descartes, et certainement je vis. — Quoi ! vous êtes Descartes, l'auteur des Médlialions et des Principes? Allez, vous êtes un fou. — Une injure n'est pas une raison ; si j'ai tort, prouvez-le-moi. — Allez en Suède, et l'on vous montrera son tomheau. — Comment pouvezvous me proposer d'aller en Suède pour me convaincre que j'y suis enterré? — Jamais homme n'a vécu deux cents ans.

i\»ii\N\is lin iti iK.ii > Il tiiiiiiii\ii ;*9

— Panloiincx moi : «mi lont ras. j*«'n s»'rai> I»» |ir*Miii<T i'\«'m|»I«', — il Miriii t\v \oiis voir pour iMro (crliiiii mio vous ni' s:iiiri('/ avoir m ùm». — Vos sens voiis lroiii|M'iil.

— ronsiilii'/ li's autres Imiiiiiim's. — Los homiiifs s«; iroiiipriil sur l.iiM «II* iIhim-s i|irils |t'ii\riii sr lroni|H>r biir rfll(*-là. — HiTitiiiKiisM-/ :iii moins l';tiiloriit- «le la raison. — CVsl à (-(*lli' la i|ii(> ji> vous rappfllr. l)ilt's moi, (tovpz-vouh que vous e\islfz î — Sans doule. — El roninirut en ('lesvous sAr? — Parce (|u'il m'rsl impossililr d'en doulrr. — Eh Ifit'ii ' jo vous ilrrlan* «un- j"ai ii!ic prncpiioii ir«-s rlairo cl Irrs (li>.liiirli> i|ii«- j«' suis ri't'llniifiit I>rsrarlfs. cl la pnMi\c, c'osi i|iril in'i-sl inipossil)l«> dVu doiiicr. - Jt* vous l'avais bien dil, il fst fou, oi de plus ini-uraliU*. {}up\ dommage ! rar sa folio nirnu* auuonip une trXc ir«>s pliilosop|iii|ue. i

— Sui\ati( l.:iiii)-iiiiais. Ii' pliiioMiplic n'aurait pas l«* droit (II- iliii- i|ii«> n-t liommi* <'sl fou : car vu aflirnianl qu'il psI Di'srarics, il nuit rigoureuscnuMit les principes de la m«-ihode cartésienne.

Lamennais ne manque pas d'invoquer contre Descartes rargumeiit du cercle vicieux, à savoir la preuve de l'évidence par la véracité divine, dette ohjeclion a\ait été faite déjà à Descartes, di's l'origine, par Arnaiilt : i II ne me reste plus qu'un scrupule, disait celui-ci, qui est de savoir commeut il se peut défendre de ne pas commettn> un cercle lorsqu'il dit que nous ne pou\oiis èire assurés que les choses que nous connaissons clairement et dislinciement sont vraies qu'à cause i|ue Dieu est on existe, ('.ar nous ne pouvons être assurés que Dieu est, sinon parce que nous concevons cela clairenieiit et distint tement. » Descartes répond qu'il n'a IMS suliordonne à l'existence de Dieu l'évidence iinniv-

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(liale, mais seulement l'évidence de raisonnement, celle en vertu de laquelle nous croyons vrai ce que nous nous souvenons avoir précédemment démontré : c'est donc la certitude de la mémoire plutôt que celle de la raison elle-même (|ue Descartes fonde sur le principe de la véracité divine. 11 est douteux que cette explication satisfasse complètement à l'objection du cercle vicieux. En tout cas, Lamennais n'en tient aucun compte, il voit dans l'appel à la véracité divine l'aveu de l'insuffisance du critérium de l'évidence.

Ainsi, par sa polémique contre la raison individuelle, Lamennais est entraîné à une entreprise logique semblable à celle que l'on a imputée à Pascal; il reconnaissait luimême la parenté de ces deux systèmes : « L'ouvraii,e de Pascal, écrivait-il à son frère en 1817, avant la publication do son livre, doit se retrouver presque en entier dans le mien, et n'en fera pas loin de la moitié (1). » Cette entreprise commune était d'appuyer la foi sur le scepticisme, (le moiilror limpuissaïue de la raison pour prouver la nécessité de l'autorité. Ne semble-t-il pas entendre la voix de Pascal, lorsque Lamennais nous dit: « Il faut pousser l'homme jusqu'au néant pour l'épouvanter de lui-même ». Il invoque l'autorité de Pascal en citant ce mot célèbre, comme le résumé de sa |»ropre philosophie : « La raison confond le dogmatisme, la nature confond le pyrrhonisme ». On a contesté le scepticisme de Pascal en disant (juau fond sa i)hilosoj)hie est doitmalique et croyante. Mais n'en est-il pas de même de l'abbé de Lamennais? Celui-ci ne conteste pas non plus lexistence d'une certitude. 11 dit seulement

(1) Œuvres inédiles de Lamennais, par Blaizc (I8G6), 1. 1, p. 279.

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