‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 10 sur 117 · Essai sur Ventendement humain, liv. IT, ch. xxrii^ I · texte numérisé non relu

Essai sur Ventendement humain, liv. IT, ch. xxrii^ I

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mènesi au dehors des choses, et qa*en prétendan(f éviter les chimères, il ruine la connaissance humaine en lui ôtant tout fondement II faut rappeler Fesprit à rerpérience, mais il ne faut pas dire que Texpérience est le fondement de la connaissance, il faut dire qu'elle en est le point de départ* Locke n*entend rien à cet art d'aller chercher au sein des données expérimentales les vérités nécessaires sans lesquelles la réalité n'est ni intelligible ni possible. Regardez-le interrogeant la conscience : ses questions sont superficielles. Il ne considère dans l'âme même que ce qu'il y a en elle d'extérieur et pour ainsi dire de sensible. Il connaît et décrit ces opérations secondaires de l'esprit qui sont bien apparentes ; mais le fond de l'âme, aussi bien que le fond des choses, lui échappe. Tout jugement lui semble le résultat d'une comparaison, parce que, à la surface, alors que notre pensée s'exprime par des mots, nous paraissons n'affirmer que des rapports de convenance ou de disconvenance. Il ne sait pas discerner ces jugements primitifs que nous portons sur les choses et par lesquels nous affirmons sans comparaison aucune l'existence des objets et leurs qualités. 11 ignore de la raison et son objet et son acte propre : aux vérités éternelles il substitue, pour éclairer, l'esprit, les données des sens; aux notions il substitue dans le fait de la pensée les opérations discursives.

36 DEUXIÈME PAUTIB. — CHAPITRE I.

' Avec cette inintelligence des véritables conditions da connaftre, Locke n'était guère préparé h entendre Halebranche et à l'apprécier. Il devait aisément saisir les erreurs d'un système qui méconnaît trop la valeur de l'expérience, il devait aussi ne pas même soupçonner ce qui s'y cache de vérité ^ C*est de lui surtout que Malebranche aurait pu dire qu'il ne lentendait pas. Si entre ces deux philosophes la lutte eût été directe, ils n'auraient pas manqué de se reprocher sans cesse de ne pas se comprendre *.

Locke fait la guerre aux métaphores et aux comparaisons : c'est quelquefois fort sage. Hais il arrive aussi que cette scrupuleuse sagesse n'est que l'impuissance de saisir le sens profond de grandes expressions trop légèrement blâmées'. Par exemple,

1. Il no voit dans Malebranche qu'une ambitieuse tentative pour expliquer rincxplicable, et de grands mots qui ne sont bons qu'& amuser re$prit, et ne sauraient jamais Tinstruire. Voyez notamment, p. 153, t55, ICI, 1G7, «84, âeVKxamen.

?. Dans les Réflexions sur la prémot, phys.y § 18, Malebrancho nomme Locke en compagnie de Hobbes. « Si Dieu n'était que toutpuissant, sans sagesse, justice» bonté..., alors son souverain domaine, ou son indépendance, lui donnerait droit & tout, ou il n'agirait que comme tout-puissant. Hobbes, Locke et quelques autres auraient découvert le vrai rondement do !a morale, l'autorité et la puissance donnant, sans raison, droit k foire tout ce qu'on veut quand on n'en a rien à craindre. » Et Malebranche traite ces^hilosoplies d'insensés. Dans ses autres écrits, il no parle point de Locke, mois il téil plusieurs fois allusion & la morale de Hobbes.

3. n y a plus : Locke, trouvant dans Malebranche que a Vétendue do l'ospnt est très-limitée, prétend que cela ne cadre pas avec cti qu'il a avancé auparavant, que Tàme n'est pas étendue. » (P. 171.) Ridicule chicane. La critique de ces mots : « Dieu est le lieu des

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quand il rejette comme une chose inintelligible cette union immédiate entre Dieu et les esprits dont Malebranche parle tant, sa critique fait sourire ' : est-il donc vraiqu*il n'y a dV////o/i qu'entre des surfaces corporelles qui se touchent? Ce mot ne peut-il point se prendre métaphoriquement? Et Malebranche n'a-t-il pas lui-même expliqué qu'il entendait par là Vacthn immédiate de Dieu sur les esprits?

Locke remarque fort à propos que dans la formation de la connaissance humaine il y a un travail de l'esprit dont la théorie de la Plsion en Dieu tient trop peu de compte, et il insiste à juste titre sur l'extrême différence qui existe entre l'Intelligence divine saisissant tout intuitivement et l'intelligence humaine assujettie aux détours de la réflexion^ : mais conclure de là qu'il serait plus facile que nous vissions avec la raison et les yeux de l'homme qu'avec la raison et les yeux de Dieu ^, c'est montrer qu'on n^entend rien aux principes de cette grande philosophie qui place au-dessus de tous les esprits créés, dans la vérité immuable et éternelle, la règle et la lumière de toute pensée.

Locke déclare qu'il ne comprend pas comment la variété des idées est compatible avec la simpli-

esprits, comme Tospoce est le lieu descorps^ » (§ 23, p. iGTbis), est plus Juste, mais développée avec uac mescjuino insistance.

t. Examen^ § 4-7, p. 150-151.

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