Psalm. XLiv
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ne nous rapetisse point le plan divin. La portion de Inhumanité visiblement attachée à Jésus-Christ est encore petite: pourquoi? c'est le secret de Dieu. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le progrès est la loi de la créature, et Dieu dans l'établissement de son Eglise a voulu que cette loi fât observée. Mais l'avenir est à Jésus-Christ; et dans je présent môme et dans le passé, il a pour lui bien plus que quelques âmes sauvées à grand'peine d'un naufrage universel; je rose dire, il a pour lui le grand nombre, relié à lui par des lienr que nous nS voyons pas, sauvé par des moyens qui nous échappent; et sa grâce, gratia Dei SahaioHs nostri^ sa grâce qui a apparu pour tous les hommes, apparuU omnibus hominibusj semblable à la lumière pénétrante du soleil, s'insinue partout, opère partout, exerce partout une merveilleuse influence dont les effets, cachés maintenant à nos yeux, mais révélés sans doute dans l'autre vie, nous raviront d'admiration et nous rempliront de reconnaissance et d'amour.
Quand nous regardons les choses avec ces pensées, les misères de ce monde ne nous révoltent plus: elles nous inspirent une immense pitié, un généreux désir de les soulager selon notre pouvoir, elles ne nous paraissent point en opposition avec la divine bonté. Les triomphes apparents du mal et les défaites de la vérité ne nous scandalisent plus : ce spectacle nous cause une juste et salutaire indi-
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gnation contre les ooapables, il ne nous rend point mécontents de Tordre de Tunivers. Les luttes auxquelles rhumanitéest condamnée, et ce mélange de bien et de mal jusque dans les choses les plus saintes, ne nous étonnent plus: cette vue anime notre courage, et nous remplit d*une humble défiance pour nous-mêmes; et puis, nous nous redisons sans cesse que Dieu seul connaît les intentions de chacun et les juge, que, malgré tout, son règne avance dans Tensemble, et que d'ailleurs la mesure par&ite, la vérité sans ombre, la justice sans mélange, la vertu sans raideur, Tamour sans défaillance, tous ces biens exquis dont nous avons Tidée et le désir, nous seront donnés dans la réalité, si nous le méritons, non pas en ce monde où la condition des choses ne les comporte pas, mais dans Tautre vie, alors que répreuve sera finie pour nous et que nous trouverons dans la connaissance, dans l'amour, dans la possession de Dieu même une sainte et très-heureuse fixité. Ainsi les occupations de la vie présente ne nous paraissent point en contradiction avec notre destinée future : elles la préparent ; et nos espérances éternelles ne nous détournent ni ne nous dégoûtent du présent: elles nous encouragent, et nous soutiennent dans la lutte virilement acceptée et virilement poursuivie. Alors tout se tient à nos yeux; et nous comprenons comment l'ordre physique et l'ordre moral, Tordre de la nature et Tor-
dre de l^ grâce sont liés ensemble. Le plan de la Providence divine, entrevu dans sa grandeur et dans sa riche unité, nous confond, nous charme, nous console, nous fortifie. Nous rapportons tout à Jésus- Christ, non point pour tout déprécier, pour tout diminqjar, pour tout détruire, mais pour tout relever, tout agrandir, tout vivifier. Nous ne voyons pas en lui le chef d'un petit troupeau, pris au milieu de la grande masse des hommes corrompue tout exprès pour mieux faire éclater Tart infini qui en sauve <jttel(iues-ttns: nous le regardons' connne le vrai i^i de Thumanité entière, nous reconnaissons partout sa puissante et bienfaisante action, et nous gardant bien de supposer indiscrètement à son empire les bornes de notre ignorance, nous proclamons avec joie son universelle et efficace souveraineté.
Cette critique de Malebranche paraîtra bien sévère. Peut-être même la trouvera-t-onlnjuste.'On pourra nous demander si nous avons oublié ces paroles qui sont de Malebranche : c La grâce ne détruit pas la nature, mais la suppose et la perfec* tienne.» On pourra dire aussi que Malebranche a très-bien vu le lien qui unit Tordre physique et Tordre moral, et puis ces deux ordres ensemble et Tordre surnaturel. Nous le savons, et nous Tavons montré dans notre exposition. 11 y a plus, en écri-
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vant les pages qui préoèdent, naos nous sommes sem plosiears fois des expressions de Malebranche lui-même, et bien que nous nous en soyons aperça, nous n^avons rien retranché de notre discnssion, nous n^avons affaibli aacane de nos critiqaes. Et pourquoi donc? la raison en est simple. Que de fois déjà n*aYons-nous point remarqué que la philosophie de Malebranche, puisée aux sources les plus hautes, animée de Tesprit platonicien et chrétien, tonte pénétrée de pensées morales et religieuses, abonde en vues excellentes, en traits exquis, et qu*on ne peut s*en approcher sans s*y plaire, 8*y plaire sans profiter, et que la meilleure manière de profiter de ces richesses c'est de se les assimiler ! Mais que de fois aussi n'avons-nous pas signalé les inconvénients et les périls du système qui sans cesse compromet cette belle philosophie, et môme la gâte par Texagération de certaines vérités ou l'oubli où restent certaines autres non moins importantes ! Ces dtfauts nous les avons relevés dans toutes les théories de Malebranche : ils se retrouvaient ici dans la théorie de la Providence, aussi apparents, et plus choquants, s'il est possible, qu'ailleurs ; nous les avons notés avec une extrême vivacité, et condamnés sans ménagement. L'inefficace des créatures, la généralité des voies, mal entendue, un rigorisme janséniste, autant de taches dans cette doctrine si souvent belle : il fallait les effacer, et nous
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ravons fait. Malebranche ne laisse entre les mains de la Providence que des causes occasionndleis, ombres de causes, ombres d*ôtres: nous avons voulu que Dieu maniât des êtres réels, de vraies causes^ œuvres de sa puissance créatrice, agissantes ellesmêmes, et dans les esprits, libres d'une vraie liberté. Malebranche entendant la grandeur et la sagesse à sa manière, néglige trop la bonté : nous avons mon* tré qu'il n'y a ni vraie grandeur ni vraie sagesse sans bonté, et nous avons de toutes nos forces défondu-l^ toute benne, iOlite^doucetÇ tout aimable Providence contre des théories qui la défiguraient. Mais vraiment c'est une chose dangereuse que de prétendre c faire agir Dieu selon ce qu'il est. > Qui donc peut se flatter de ne pas lui prêter des vues humaines? Malebranche a vu le danger, l'a signalé, et puis s'y est jeté avec une imperturbable témérité. Jamais philosophe n'a eu plus que lui l'ambition de rendre compte des desseins du Créateur, et nul ne s'est senti plus assuré d'y avoir réussi. Gi^de et im* portante leçon pour tout hommequi pense ! Il se défiait des images qui troublent et* obscurcissent Tesprit, et ne voulait, en parlant de Dieu, consulter que la pure idée de l'être parfait : ces images sensibles l'ont obsédé malgré lui, et elles l'ont trompe. 11 répétait qu'il ne faut pas humaniser Dieu, et voilà que, dans ses spéculations audacieuses^ il est la victime des illusions qu'il condamnait. Qu'est-ce donc,
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en efbt, qae cette impaissance où est le Créateur dç fitire autre chose que des machines,' et des substances mortes, comme s'il ne dépassait qu*à peine les limites de Tindustrie de Thomme? et qu'est-ce aussi que cette préoccupation d'artiste, prêtée à Dieu, ce souci du bien faire, ce soin presque inquiet de travailler sdon les règles? qu'est-ce enfin que cette attention scrupuleuse à sauvegarder en tout la dignité, la noblesse, la majesté ? N'avons-nous pas vu Dieu c soutenant majestueusement le caractère de la Divinité et laissant périr son ouvrage plutôt que de faire pour le secourir une démarche qui marquerait peu de sagesse et trop de complaisance pour la créature. » On dirait que semblable à la fois aux écrivains du grand siècle et au grand roi qui y préside, ce Dieu se gène, si Ton peut parler ainsi, pour être fidèle à la règle et à l'étiquette. Soucieux du fini de son œuvre, il oublie parfois d'être bon pour mieux faire éclater sa sagesse ; et dans la crainte de se compromettre par trop de condescendance, il devient cruel pour ses créatures. Etranges aberrations ! Mais nous, à notre tour, parlant de cette divine bonté trop négligée par Malebranche, n'avons-nous pas employé des images inexactes, des métaphores trompeuses, des expressions peu dignes de Dieu? En ces matières, pouvons-nous faire autre chose que c bégayer? > Ce sont là de ces grandes vérités dont il faut c parler sobrement, > selon le
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mot de Malebranche lui-même. Quand il s*9git de rinfini, ni notre langage ne peut rendre dignement ni notre pensée saisir complètement Tinépoisable •réalité. Nous disons à la fois trop et trop peu, nous avons Fair de mettre aux prises les uns avec les autres les attributs divins, nous semblons diviser la divine nature. Appliquant à l'Être parfait les mots qui désignent nos qualités, nom risquons de ne lui en laisser que Tombre en voulant les épurer, ou de lui attribuer quelque excès en prétenjlant les porter kJst perfection. Résignons -nous donc à ignorer beaucoup quand nous parlons.de Dieu: c*est sagesse. Et néanmoins il y a des choses dont nous sommes certains. Dieu est puissant, Dieu est sage, Dieu est bon, et nous ne pouvons nous faire une idée trop haute de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté. Nous avons dans nos âmes Timage lointaine, mais vive encore, de ces divines perfections; nous en découvrons dans la nature et dans Thistoire là trace manifeste; et si nous connaissons trop peu le plan de la Providence pour n'y rien trouver de mystérieux, d'inexpliqué, d'incompréhensible, nous en savons assez pour admirer la beauté du dessein, et adorer avec une amoureuse confiance la souveraine Bonté.
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