‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 114 sur 117 · Discours touchant la mélhodCy etc., Erdmann, p. lit · texte numérisé non relu

Discours touchant la mélhodCy etc., Erdmann, p. lit

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c Tatilité et retendue de la critique, peu eoostdérée par quelques philosophes, très-habiles d'ailleurs, qui s'émancipent de parler avec mépris du rabbin nage, et généralement de la philologie ^ »

Malebranche lance Tanathème à l'imagination et croit Tart inutile ou même dangereux. Avec lui nous méprisons le petit esprit littéraire qui fait plus de cas des mots que des idées et des choses, qui rétrécit Tâme, et la rend incapable de pensées sérieuses, parfois même de généreux sentiments. Mais nous ne pensons pas qu'il faille envelopper dans la même proscription la littérature tout entière. Quoi donc! faudrait-il qu'il n'y eût au monde d'autres livres que des traités de métaphysique et des ouvrages de piété, avec quelques poésies édifiantes, en surplus, tolérées sans doute en vue des fidbles? Pourquoi se défier de toutes les œuvres du génie humain, les juger toutes inutiles ou corruptrices, mépriser tous les arts, et considérer l'imagination, qui est leur mère commune, comme une folle ou une fourbe dont les excès et les ruses doivent nous inspirer une salutaire horreur? Une telle doctrine ne méconnaît pas seulement la faiblesse humaine, elle reproche à Dieu ses plus beaux dons. Sans doute l'imagination s'égare souvent, et cause beaucoup de maux: je ne songe pas

1. Nouœaux Euaii^ liv. III, chap. ix. LeibniU, en écrivant ces moU^ ne pensaU-il pas à Malebranche?

480 noisitaB partis. — ghapiteb yi.

à le nier» et j'estime que la lectare de la Recherche «ieia Wii^ de Malebrancheestexcelleate poarnoas prémooir contre les illusions où peut nous jeter l'enchanteresse. Mais s*il y a dans Timagination une partie liée au corps, qui existe par le corps et pour le corps, il y en a une autre qui ne se sert du corps que pour s*éleTer bien au-dessus. De la première on peut médire, et c'est un devoir de la contenir et de la dompter; celle-ci il la faut respecter et honorer. Un objet quelconque étant donné par Texpérience soit sensible soit intime, se le représenter avec toute la beauté que comporte sa nature, et puis, quand ce type idéal est conçu, travaillera le réaliser, est-ce donc si peu de chose? Oter à Thomme cette faculté, serait-ce ajouter à la perfection de son être? On admet trop facilement que Timagination est une marque de faiblesse. Il est vrai. Dieu n'imagine point, de même que Dieu ne raisonne point. Mais, si l'intelligence infiaie n'a pas besoin de recourir aux lents détours de l'induction ou de la déduction, ce n'est pas assurément qu'elle ignore ces rapports nécessaires ou constants qui unissent les choses, c'est qu'elle les saisit d'un coup d'œil. De même, si Dieu n'a pas à se faire des images embellies des êtres réels, et si on ne peut supposer en lui, sans porter atteinte à sa perfection , le sublime travail du génie humain enfantant les chefs-d'œuvre de l'art, ce n'est pas que Dieu soit incapable de conce-

voir la beauté idéale et de faire des œuvres qui la reflètent : c*est que, les types des choses étant éternellement présents à sa pensée, il voit sans effort toute la perfection relative et toute la beauté propre à chaque être, et Thisloire du monde n*est que le progrès de la création en marche vers cet idéal que le poëte étemel a conçu et qu'il réalise par une incessante opération. Et qu'est-ce donc alors que rimagination en nous? N'est-ce pas une imitation de l'activité créatrice? Malgré ses défaillances et ses misères, n'est-elle pas une grande et bonne chose? Elle fait bien des essais, elle recommence bien des fois son œuvre, elle ne rencontre pas toujours la beauté; et, quand elle veut imprimer dans la matière l'idéal qu'elle a conçu, que de luttes! Que d'ébauches brisées! Quelle souffrance et quel découragement à ces heures où l'impuissance se fait vivement sentir! Quels efforts désespérés pour vaincre cette lassitude et dompter à la fois la ma-> tière rebelle à notre action et notre esprit fatigué du combat! Mais quoi, parce que l'imagination est soumise, comme toutes nos facultés, à la loi de l'effort et de la peine, faut-il méconnaître sa grandeur ? « L'esprit, dit très-bien Leibnitz S n'a pas seulement une perception des ouvrages de Dieu ; mais il est même capable de produire quelque chose qui

t. Principes de la nature et de la grâce, g M.

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