‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 35 sur 117 · RéfulaUon^ eh. xix · texte numérisé non relu

RéfulaUon^ eh. xix

LES GiUTIÛUBS DE MÂLBBRAIICHE. 83

Nous avons signalé les points les plus importants de la critique de Fénelon. Nous pouvons conclure :

l^^Que Toptimisme de Malebranche est une explication séduisante, mais fausse : car elle détruit la liberté divine et aboutit à supprimer toute distinction entre Dieu et son ouvrage ;

2* Que, si Ton consulte la vraie notion de la perfection et la vraie notion de la créature, on voit qu*un maximum de bien ou de perfection dans les choses créées est une chimère et une contradiction ;

Que, par conséquent. Dieu est sage, mais libre, et que son ouvrage est beau, bon, parfait, en un sens, mais non le meilleur et le plus parfait qui puisse être;

3"" Que Dieu est nécessité de s*aimer et de n*aimer jamais que le bien, mais que d'un autre côté, étant infiniment supérieur à tout bien distingué de lui, il se trouve, par cette supériorité infinie, pleinement libre de choisir tout ce qui lui platt entre tous ces biens subalternes, lesquels, quoique inégaux entre eux, ont une espèce d'égalité en ce qu'ils sont infiniment inférieurs à TÉtre suprême;

4* Que la volonté humaine est vraiment libre et malgré cela vraiment dépendante de Dieu, et que ce sont là deux faits et deux vérités qu'il faut opposer à Malebranche, dont les explications systématiques tantôt exaltent et tantôt anéantissent la puissance de notre libre arbitre;

84 DBUXlftlIE PABtn. — pTAPITM 1.

8* Enfin que, dans tout ee^qui touche à la Pro- YJdenee, il faut savoir ignorer beaucoup an lieu de tout bouleverser par d*insoutenables explications.

Que reste-tr-il donc des théories de Màlebranche? Que Dieu n*agit point par caprice, qu*il est infiniment sage, que dans toute sa conduite il se conforme aux vérités éternelles et à Tordre, que son ouvrage est excellent malgré les défauts que nous y pouvons remarquer. Mais comment Dieu, toujours infiniment sage, demeure-t-il infiniment libre? C'est ce que Fénelon nous paraît avoir heureusement expliqué. La plupart des belles maximes de Màlebranche sur la Providence restent vraies, pourvu qu'on les détache de son système et qu'on fasse mieux que lui la part du nécessaire et du libre, de Tordre immuable et de Tart dans la sagesse et dans les ouvrages du Créateur.

Critiqua du système entier par les écrivains de la Compagnie de Jésus.

Voici une critique qui fouille dans tous ses plis et replis le système de Màlebranche : critique malveillante souvent, défiante toujours, fort peu touchée de Texcellence des qualités, empressée à chercher les défauts et habile à les trouver. Il ne faut pas trop considérer ici les hommes qui tiennent la plume : ils importent peu. Les deux pièces

LIS CaunoraS DB MALBBRAlfCBB. 65

capitales du procès sont : Tune, une œuvre ano* nyme, c'est l*expIication d*un formulaire philosophique adressé au P. André'; Tautre, un ouvrage fait par ordre supérieur, c*est la réfutation de Malebrancbe par le P. Outertre^ On chercherait en vain une empreinte personnelle dans le développement du formulaire tel que nous pouvons le juger par Textrait d*Ândré; et le livre du P. Dutertre, écrit assurément par un homme distingué qui ne manque ni de sens ni d*esprit, n*a cependant pas d'originalité : l'auteur, d'abord ardent malebranchiste, brusquement converti aux doctrines de sa Compagnie I attaque avec zèle ce qu'il avait tant aimé, et soutient consciencieusement ce qu'il est chargé de défendre; mais quoi qu'il fasse, il intéresse bien moins par sa valeur personnelle que parce qu'on sent derrière lui la Compagnie dont il est l'interprète. Laissons donc là les écrivains de la Société et le P. Dutertre lui-même (qui du reste aurait mieux fait de se taire, par délicatesse au moins); ne tenons pas compte non plus des petites passions qui se sont mêlées à ces débats philosophiques, des mauvais procédés, des violences de langage ou même de fait. C'est l'histoire des idées

1. Cousin, PragvMnit de philosophie moderne^ !!• partie, p. 304-

2. Réfutation d*un nouveau système de métaphysiç[ue, proposé par te P. Matebranche. Paris, l7iS, 3 vol. in-U. U parait d'ailieors q[ue « ce livre ne fit au P. Dutertre aucun honneur, m6me dans sa Compagnie. » Voyez Cousin, ouvrage cité ci'^essus, p« 312, note 2.

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qtti4ioo8 occape ici. G*68.t la lutte de ridéalisme de \ Màlebranche et de la philosophie des jésuites que nous voulons retracer et apprécier. Et comme tout à Theure avant d*examiner les objections d*Arnauld, f l de Locke, de Fénelon, nous tâchions de bien saisir

Fesprit philosophique de ces critiques de Malebran* che, ici, n*ayant plus affaire à des hommes pris individuellement, mais à une Compagnie qui est une sorte de personne collective, c*est Tesprit phi* ^ losophique de cette Compagnie que nous nous proposons d'abord de chercher: autrement nous serions de mauvais juges du débat.

- Pourquoi cette défiance continuelle de la part des jésuites et cette prévention contre la philosophie de Malebranche? Us la croient dangereuse pour la foi. Mais pourquoi? Parce qu'elle leur paraît une orgueilleuse prétention de Tesprit à tout juger et à tout expliquer. Bien plus encore que les autres cartésiens, le malebranchiste est porté à mettre dans ses décisions propres une confiance absolue, car il les prend pour les décisions mêmes de la sagesse éternelle avec laquelle il se croit en communication incessante. N'est- il pas à craindre qu'il s'élève au-dessus de l'autorité de l'Église, et qu'il ne veuille se soumettre aux dogmes qu'après les avoir soumis à l'examen de sa propre raison confondue avec la Raison souveraine? S'il les trouve contraires à ses systèmes, ne les abandonnera-t-il

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