‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 44 sur 117 · Nouv, de la Rép. des LeU., tvrU 1685, trU · texte numérisé non relu

Nouv, de la Rép. des LeU., tvrU 1685, trU

2. Continuation des pemées divet^ses, ch. lyi (i. il, p. 265).

LBS GUnomS M MALOftAlOB. 109 ^

corieax et plos décisif. S*il y a dans U philosophie . §

de Malebranche on point bien établi, c'est Porigine ; |^

des Tentés éternelles, rattachées, non à la Tolonté, . ^

mais à la sabstance même de Diea. Bayle se prend ^:

à penser qn'ao point de vne de la rd^îon il y an- ^

rait de grands avantages à sonCenir, comme M. Descartes, que Dieu est la cause libre des Tentés et des essences. Ce dogme préviendrait les rétorsions des Stratoniciens on philosophes qui admettent une îuUHre universelle, et prétendent se passor de Dieu; ce dogme servirait merveilleusement aux missionnaires de la Chine pour étonner les Chinois, les faire taire, et ruiner cette nature qui tient chez eux aussi la place de Dieu. Mais ce dogme est-il certain? U soulève des difficultés jusqu'à présent insolubles. Cependant, ajoute Bayle, € cela ne me décourage peint; je m'imagine, comme ont âdt d'autres philosophes en certains cas, que le temps' développera ce beau paradoxe. Je voudrais que le P. Malebranche eût pu trouver bon de le soutenir, mais il a pris Vautres mesures. > Voilà Bayle, au naturel, jouant avec la vérité ; et il continue faisant ressortir les difficultés de l'opinion qu'a soutenue Malebranche. € S'il y a des propositions d'une éter- • nelle vérité, qui sont telles de leur nature et non par l'institution de Dieu, si elles ne sont point véritables par un décret libre de sa volonté, mais si au contraire il les a connues nécessairement véritables

iiO DIOUtlIS FAITIB. — CHAPirRB I.

parce que telle était leur natare, voilà une espèce ^(àjaium auquel il est assujetU, voilà une nécessité naturelle absolument insurmontable\ > Et ailleurs, c^'est précisément cette opinion que Bayle expose avec une sorte d'éloquence, la prenant enfin ou paraissant la prendre pour son propre compte, c Dieu existe par la nécessité de sa nature infinie. Sa puissance et sa science existent par la même nécessité. Il a des idées éternelles et indépendantes des décrets libres de sa volonté... Prenez garde, je vous prie, qu*en remontant par nos abstractions à cet instant idéal où Dieu n*a encore rien décrété, nous trouvons dans les idées de Dieu les principes de morale sous des termes qu) comportent une obligation. Nous y concevons ces maximes comme certaines et dérivées de Tordre éternel et immuable. » Et c'est le fondement de la justice naturelle et de la distinction essentielle du bien et du maP.

Maintenant, que la lutte s'engage entre Malebranche et Arnauld sur la théorie des idées, sur la Providence généraile, sur la grâce, quelle bonne fortune pour Bayle, et comme il suivra le combat d'un œil attentif et curieux! Dans ses Nouvelles de la RépubUque des Leiùes^ il annoncera tous les écrits des deux adversaires : il en fera très-exactement l'analyse, ayant à cœur de les faire con-

1. Conlinualion despeméeê diverses, ch. cxir (p. 348). î. /W(f., ch. cui(p. iOft-410).

LB8 CRITIQUES DE MALBBaAlICHB. lil

nattre, il en indiquera le plau^ signalera les parties les plus remarquables, citera môme certains passages. Puis il dira son mot, discrètement, rapidement, non sans ironie et sans malice : c dans cette assiette flottante ' > où il est placer il jugera les combattants, et leurs procédés, et leurs doctrines ; le bon sens et un sentiment naturel d*équité se joignant à cet esprit d*indifërence, il aura dans ses jugements de la modération, de la finesse, de la justesse : sa critique manquera d^élévation, et de ce sérieux que donnent seules des convictions enracinées, mais elle sera pénétrante et judicieuse. Ainsi, dès le début, annonçant la Réponse de Malebranche au Z/wie des vraies et des fausses idées ^ il écrit : c Le Traité de la nature et de la grâce ayant fait connaître à Messieurs de Port-Royal que Fauteur de la Recherche de Iti vérité n'était pas janséniste comme ils Tavaient cru, n*eut pas le bonheur de leur plaire^ » C'est* méchant, mais comme c'est finement dit, et comme il y a du vrai là-dedans! Plus tard, parlant d'un autre écrit de Malebranche qui venait de paraître, il dit : a Ces deux grands hommes, tous deux esprits extraordinaires, grands philosophes, d'une morale rigide, ne sont pas plus contents l'un de l'autre

1. G*69l ce que Pascal dit de Montaigne daAs son Enirtiien avec M. de Saci.

t. Nouo. de la Rép. des LeU,., avril 1684, art. 2.

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que s'ils étaient de petits auteurs ^ » Le trait est sanglant, mais il est mérité, et nous-mème, pour rendre Timpression que nous causent ces luttes prolongées, nous ne pourrions que répéter des paroles d'une simplicité si forte: seulement nous les dirions avec un sentiment de tristesse que Bayle n'a point. C'est encore une excellente remarque que celle-ci : Malebranche trouvant pour appuyer ses pensées les plus étranges, des preuves qui ne sont point sans valeur, et Amauld d'un autre côté lui proposant des difficultés extrêmement embarrassantes, < cette dispute peut nous faire de grandes leçons (thurmliié^. » Mais l'humilité que propose

1. Nwn. delaRép.det LeU., Juillet I6S5, art. 8, p. S3S. Il tifit de la Réponse à une Diueri. de M. Amauld contre un idairciu. du Trailé de la nature et de la prâee.

7, IHd., avril 1684, arC 2. — Il liMit citer un autre passage où Bayle, toujours iudiflérent à Tobjet de la dispute, laisse échapper une véritable Joie d*érudit, parce que Malebranche raconte dans sa Ré" ponse à la Défense d*Àrnauld coounent il a été amené à la théorie de la vision en Dieu. « On est heureux, s*écrie Bayle, de savoir l histoire des pensées de ceux qui ont inventé de nouveaux systèmes ; » on est heureux de connaître « par quels progrès et par quelles conséquences ils sont venus au point oix il leur a plu de se fixer » : le malheur est qu'ils fassent « trop rarement • au public de ces instructives confidences. (Nouv. de la Rép. des Lett., mai 1685, art. 3.) Toute la curiosité du critique se révèle dans ces paroles : curiosité légitime eans doute, quoi qu*en ait dit Malebranche en plus d*un endroit où il condamne les érudlts ; mais curiosité vaine, si le souci de la vérité philosophique, loin de s*y mêler, est bannie par elle. — Voici ^ Tanalyse du passage de Malebranche auquel Bayle taxi allusion : Malebranche raconte « qu'après avoir fait une division exacte de toutes les manières dont nous pouvons voir les objets et avoir reconnu que toutes renfermaient des contradictions manifestes, emharrassé extrêmement ^ et comme hors d*espérance de pouvoir se délivrer de ses^doutés, il se souvint heureusement de ce qu*il avait

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Bayle, c*e8t l'abaissement de la raison, et le scepticisme: nons recevons donc le conseil qui est très-bon, nous rejetons Tesprit dans lequel il est donné.

S*agit-il maintenant des questions mêmes qui sont débattues entre les deux adversaires? Bayle a bien des fois vu très-juste. Ainsi, à propos du principe de la simplicité des voies, il dit que c cette pensée a quelque chose d'éblouissant, à savoir qu'un système simple et très-fécond est plus convenable à la sagesse de Dieu, qu'un système plus composé et moins fécond à proportion, mais plus capable de prévenir les irrégularités. » Il a été luimême c de ceux qui crurent que le P. Malebranche donnait par là un merveilleux dénouement ; mais il est presque impossible de s'en payer après avoir

lu autrefois dans saint Augustin, comme plusieurs autres, ians y awdr faU beaucoup éC Mention^ savoir que nous n*avons pas d'autre Maître intérieur que la Sagesse étemelle. » Saint Augustin parle de cette doctrine avec une assurance qui ne lui est ordinaire qu*à regard des vérités qui lui paraissent évidentes : Malebranche y cherche donc « le dénouement de la plus grande difficulté qu*il ait jamais trouvée. » Mais saint Augustin distingue entre les vérités éternelles et les choses changeantes : ce sont seulement les vérités étemelles {que le Maître intérieur nous enseigne. Pourquoi f c*est que « du temps de saint Augustin, on n*avait point découvert que les qualités sensibles ne sont point répandues dans les objets de nos sens, mais que ce sont de pures modalités de notre àme, comme on Ta découvert par la nouvelle philosophie. » Malebranche initié à cette nouvelle philosophie, qui est celle de Oescartes, a donc expliqué par la vision en Dieu la connaissance même des objets matériels. Voir sur cette hùtoire des pensées de Malebranche ce que nous avons dit dans le premier volume de la présente Elude, ch. x, p, 52-54, et ch.ui, p. 251-255.

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il4 DBUXIÈIfE PAUTIB. -^ CHAPITRE T.

Iiples livres de M. Aniauld contre ce système, et après avoir bien considéré Tidée vaste et in|mense de Tètre souverainement parfaite m Seulement, écontez-le ailleurs: il rapporte la définition que Malebranche donne quelque part des miracles: € un miracle, c*estune chose qui n'est pas une suite des lois naturelles ; » il ajoute, toujours d'après Malebranche, que les miracles sont rares, parce qu'autrement la simplicité de la conduite divine serait troublée. Puis, se gardant bien de perdre une si bonne occasion de lancer un trait contre les miracles, il dit avec une apparente naïveté : € Il y a des gens qui souhaiteraient que le P. Malebranche eût dit, sans nulle exception, que Tordre ne permet jamais que Dieu trouble la simplicité de ses voies'. > Mais je voulais donner des exemples de critique judicieuse et équitable. J'y reviens. Bayle donc donne raison à Amauld qui déclare que € les voies sont pour l'ouvrage et non l'ouvrage pour les voies. » Rien de mieux. Le voici maintenant qui défend Malebranche contre Àrnauld, et, comme il s'est même engagé pour cela dans une dispute particulière, la chose vaut la peine qu'on s'y arrête un peu.

C'est de la question du plaisir qu'il s'agit. Ar-

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