Des vraies et des fausses idées, ch. iv-xi
. 18^ DSUXIÈIflS PARTIE. — CH1|»ITRB I.
en iant que sa substance est représentative des êtres créés .et participable par eux; en ce sens donc ce n'est pas lui que nous voyons, mais ce qui en lui a des rapports avec les créatures ^
Je devais venger Malebranche de ces injustes ai- :^^
taques d'un critique trop désireux de le surprendre |
en contradiction avec lui-même. Une fois ces fantômes écartés, j'avouerai qu'Àrnauld saisit avec une | admirable sagacité tous les points faibles du sys- ' tème et excelle à les mettre en lumière soit par une ') alimentation vigoureuse et subtile, soit par d'in- ' / génieuses saillies. Il nous montre Malebranche fair \ sant la guerre aux êtres représentatifs tels qu'on les admettait dans l'école, puis les adoptant à son tour parce que de vieux préjugés le dominent à son . insu ; ces préjugés il les signale avec une parfaite netteté : c'est l'assimilation fausse de la connais- ; sance ou vue de l'esprit à la vision corporelle : de i là cette fausse persuasion que les objets ne peu- / vent être connus s'ils ne sont présents, et que ce qu'on voit ce ne sont pas les choses, mais leurs / images *. C'est plaisir que de suivre Arnauld dans ^ cette lutte contre les êtres représentatifs. Reid \ même n'a rien dit de plus sensé et de plus vif. Sans doute on voudrait qu'Ârnauld n'oubliât point que ^' pour Malebranche les êtres représentatifs ne sont <
LES CaUTIQUBS DB MÀLEBRANCHB. 19
pas, comme il le répète, de vainies entités; puisque Malebranche ne leur accorde que provisoirement une sorte de réalité et s'achemine par eux jusqu'à Dieu même, qui est le seul être représentatif véritablé^ Mais, à part cet oubli et cette injustice, tout est excellent dans la discussion : la prétend ue nécessite d'un intermédiaire entre Tesprit et l'objet dans la connaissance des corps est renversée. En vain dit-on qu'on ne conçoit pas comment l'esprit peut connaître des choses matérielles. Ces fantastiques suppositions éclaircissent-elles. le mystère? N'embrouillent-elles pas tout, comme il arrive toujours quand on veut expliquer l'inexplicable^? En vain 'objecte-t-on encore que la matière n'est pas assez parfaite pour être vue immédiatement par notre âme. c Quand il s'agit seulement d'être connu, que peut faire à cela l'imperfection des objets matériels? Si la connaissance suppose quelque perfection, c'est dans ce qui connaît, non dans ce qui est connu* Les corps les plus grossiers sont connaissables par cela seul qu'ils sont. Être connu n'est qu'une simple dénomination dans l'objet connu, et il suffit pour cela de n'être pas un pur néant; car il n'y a que le néant qui soit incapable d'être connu, et être connaissable est une propriété inséparable de l'être. De sorte que c'est l'imagination du monde la plus