BtUret. mélaph.^ ix
2. Voir dans le chap. i de la premiôre partie du présent ouvrage (t. I, p. t8 et 22), ce que nous avons déjà dit des rapports de Malebranche et de Dortous de Mairan.
LES CRITIOUES DE MALEBRÀNGHE. t27
de réponses vagues ; il déclarait que les prétendues réfutations qu'il avait lues, lui avaient paru impuissantes, parce que les auteurs n'y avaient apporté ni précision, ni équité, ni sang-froid. De Ma«* lebranche il attendait la réponse claire, exacte, solide, dont il avait besoin ; seul Malebranche, avec cette grandeur de génie et cette justesse d'esprit bien connues, pouvait l'aider à sortir de l'état si fâcheux où il se trouvait. « Développez-moi, de grâce, mon Révérend Père, les paralogismes de cet auteur; ou, ce qui suffît, marquez-moi le premier pas qui l'aconduit au précipice, s'il est vrai, comme je veux le croire, qu'il y soit tombé, et marquez-lemoi, je vous prie, succinctement, et à la manière des géomètres. C'est la méthode qu'il a adoptée, et la moins 'propre à couvrir l'erreur. Âttaquons-le dans son fort et avec ses propres armes ^ >
1. Première lettre de Dortous de MairaD, 17 septembre 1713. — Cette Correspondance de Dortous de Mairan et de Malebranche se compose de huit lettres. Nous venons de faire Tanalyse de la première, qui est assez courte. Malebranche répond très-brièvement le 26 septembre 1713. Mairan réplique le 19 novembre : il examine point par point les conseils et les remarques de Malebranche; sa lettre a une dizaine de pages. II n* obtient qu'une très courte réponse, datée du 5 décembre. Cinq mois après, le 6 mai 1714, il fait sans grand espoir une nouvelle tentative, et il adresse à Malebranche une lettre plus longue encore que la précédente. Gelul-ci y fait, le 12 juin, une réponse développée. Mairan, qui n'osait guère compter sur ce bonheur, est rempli de Joie et pénétré de reconnaissance, et» comme il ne se trouve pas encore convaincu,. il compose un véritable petit traité d*une vingtaine de pages, qu'il envoie le 26 août. Malebranche se hâte de lui récrire le 6 septembre. Mais c*est pour lui déclarer (tout en lui donnant encore quelques courtes explications) qu'il faut cesser ce travail inutile. Dans tout le cours de cette correspondance, le
Ainsi, ce système de Spinoza, objet d'horreur et de mépris, avait fait sur un esprit élevé et droit une impression vive, et un homme pouvait en par-
Um de Mairan est très-respeeUienx, al en même temps très-ferme : c*est un disciple q[ui consulte on maître, c'est ira jeune homme, encore obscur, qui s'adresse à un illustre philosophe parvenu à la in de sa carrière; mais ce disciple renouvelle ses oldections embarrassantes avec une ténacité que rien ne lasse; ce Jeune homme réclame, j'allais dire exige, une ré^nse péremptoire aux questions qu'il pose. D'ailleurs, à mesure qu'on avance, on sent que sa conflanoe dans le système de Spinoza augmente, et qu'il cherche moins à sortir de ce qu'il appelait d'abord ,un état flcheuz qu'à satisfaire sa curiosité philosophique. Malebranche garde, dans ses quatre lettres, une très-graude réserve. Il ne veut point discuter : la discussion, inutile toi^ours, serait ici dangereuse : Mairan , troublé dans sa Ibi, est un malade qu*il faut guérir, et non un philosophe avec qui il convienne d'entretenir un commerce de lettres savantes. Cependant des reproches, même affectueux, et des exhortations vives ne seraient point de mise; Malebrandie s'en abstient donc, et res deux premières lettres, très-courtes, sont très-poliéi, mais très-(h>ides : elles contiennent des conseils, mais donnés d'une manière très-générale, par délicatesse; on devine dans ce peu de paroles une tristesse secrète, on y sent de la gêne, et on y trouve très-nettement indiqué le désir de ne pas continuer 'cette correspondance, pans la troisième lettre, il y a moins de contrainte : Malebranche expose dans son beau langage de hautes pensées philosophiques; il veut bien expliquer avec quelques détails, et les erreurs de Spinoza, et la vraie doctrine ; et il le fkit avec bienveillance, avec condescendance, sans jamais discuter. Puis, avec une délicatesse parfaite, d'un ton grave sans être solennel, afTpctueux sans être (kmilier, sévère sans être blessant, il signale à Mairan le danger que court sa foi : « Révoquer, en doute les dogmes de la foi^ ou ne les vouloir croire que lorsqu'on en voit clairement la vérité^ c'est une disposition mortelle, » et toute la fin de la ietâre que nous citerons plus loin. Dans la dernière lettre^ le même avertissement est donné à peu près dans les mêmes termes ; mais, si le ton est encore poli et même bienveillant, la résolation de ne plus perdre le temps à écrire des lettres inutiles, est exprimée sans équivoque, et par cela même la curiosité et l'insistance de Mairan sont condamnées sévèrement. — Cette correspondance de Mairan et de Malebranche, publiée pour la première fois par M. Feuil? let de Couches, se trouve, très-soigneusement éditée, dans les Praff* merUsdepkUosopfM moderne^ de M. Cousin, I^* partie (éd. de 1867, p. 404-487).