‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 60 sur 117 · Euait de Théodicée, m · texte numérisé non relu

Euait de Théodicée, m

9. De ipsa ruUura et de vi insita crealurarum. Erdmann, p. t54 . 3. Lettre ui«à Remond de Montmort. Erdmann, p. 704. T. u. il

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une fois pour toutes? Au fond, c'est la même chose. Malebranche n*admet-il pas que tout est réglé d'avance? et Leibnitznepense-t-il pas que Dieu opère à chaque instant dans les créatures? Otez donc aux êtres créés toute activité externe : il n'y a plus entre les substances ou les forces qui composent l'univers qu'une correspondance tout idéale. Leibnitz n'a donc corrigé qu'à moitié l'erreur fondamentale de Malebranche, et il est entraîné à son tour aux mêmes conséquences ftcheuses.

Voyons maintenant comment la Providence est conçue dans les deux systèmes.

Dans une lettre du 14 décembre 1711 S Malebranche remercie Leibnitz qui vient de lui envoyer les Essais de Théadicée. H ne dissimule pas la satisfaction avec laquelle il a lu cet ouvrage. Il y a retrouvé ses principes les plus chers : là, comme dans les Entretiens métaphysiques et dans les Mé^ ditationsj Dieu suit invioiablement la loi de Tordre, se détermine au meilleur, choisit parmi les mondes possibles celui qui, par Texcellence même de l'ouvrage et la sagesse des voies, offre la plus grande perfection concevable. Après avoir signalé cet accord entre les deux doctrines, Malebranche, déve-

1. Coiuin, Fragm. de philos, mod., 2« partie, 6« lettre, p. 67. «Je vous avoue, dit Iftalebraocbe à Leibnitz, que les ouvrages de M. B(ayle) m*ont souvent irrité^ et Je loue votre soie et en- même temps votre modération dans la manière dont vous rëAitez ses pensées dangereuses et séduisantes. »

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loppant les conséquences qui lui semblent sortir légitimement des principes posés, écrit : c Dieu a pré^ le péché du premier homme et toutes ses suites; il pouvait Tempécher. Oui, mais il ne le devait pas. Car, en demeurant immobile à la chute de Thomme, il exprime par là que le culte de la plus excellente des créatures n'est rien par rapport à lui ; son immobilité porte le caractère de sa divinité et de son infinité qu'il démentirait s'il mettait sa complaisance dans quelque créature, quelque excellente qu'elle soit. II a en vue Jésus-Christ qui divinise le culte de ses créatures... C'est là son vrai et premier dessein. La chute du premier homme le favorise. » Leibnitz répond excellemment : c Je ne sais pas s'il faudra recourir à cet expédient, que Dieu demeurant immobile à la chute de l'homme et la permettant, marque que les plus excellentes créatures ne sont rien par rapport à lui ; car on en pourrait abuser, et inférer que le bien ^t le salut des créatures lui est indifférent, ce qui pourrait revenir au despotisme des supralapsaires et diminuer Tamour qu'on doit à Dieu. Dans le fond, rien ne lui est indifférent, et aucune créature ni action de la créature n'est comptée pour rien chez lui, quoiqu'elles soient comme rien en comparaison de lui ^ » Ces lettres marquent bien la grande ressemblance

t. Cousin, loco cUalo^ p. 70. Dixième lettre de Leibnitz.

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qui existe entre les deux systèmes et Tune des prin- •cipales différences qui les séparent. Comme Maiet>ranche, Leibnitz croit Dieu assujetti par sa sagesse ^u choix du meilleur, et si la distinction entre la nécessité métaphysique et la nécessité de convenance, eptre les vérités éternelles et le choix de la sagesse, entre le principe de contradiction et celui de la raison suffisante, donne aux vues de Leibnitz une netteté que nous ne trouvons pas à un égal degré dans Malebranche, néanmoins, il y a sur ce point fondamental accord entre les deux philosophes : ils professent Fun et TautreToptimisme, et Tappuient sur les mêmes bases. Leibnitz ne laisse pas dans Tombre la bonté divine, il ne la sacrifie pas à la sagesse, son dessein est de concilier tous les attributs divins entre eux, et, s*il n*y réussit pas toujours, du moins il fait effort pour y arriver. On peut bien trouver dans ses ouvrages des explications qui compromettent la divine bonté, mais on trouve à chaque instant des assertions qui la proclament hautement. 11 prétend que Dieu a égard à tout, que rien n'est omis ni négligé dans le plan divin, que l'individu a son prix (un seul esprit vaut un monde), que tout est bon, non-seulement dans Tensemble, mais même pour chacun de nous, si nous savons entendre les choses et entrer dans les desseins de Dieu'. Mais ce n'est pas tout.

1. Voir, outre les Suais de Théodicée, le Discours de métaphy-

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