LES CRITIQUES DE MALBBRÀHCHE. 46S
Combien le système de Leibnitz ii*est^il pas plus ample et plus large que celui de Malebranche ! Comme la loi de continuité surtout jette une vive lumière sur Pensemble des choses ! Grâce à elle, tout se coordonne dans une vaste et belle hiérar* chie. La nature, dépouillée de toute activité par Malebranche, reprend la vie ; les animaux, qui n'étaient plus que des machines, recouvrent le sentiment et des connaissances empiriques ; la vie présente, qui était sacrifiée à la vie à venir, a sa valeur et son intérêt ; les sociétés humaines, qui attiraient à peine les regards du philosophe épris de la société éternelle des esprits, ont leur grande place dans le plan divin et méritent d'en occuper une dans nos pensées et nos soins. Ainsi, tout ce que Malebranche avait frappé de mort revit dans Ijoibnitz, et les choses de Téternité dominent tout sans anéantir ce qui leur est inférieur. C'est là vraiment que l'ordre physique, l'ordre moral et l'ordre surnaturel apparaissent liés dans l'harmonie. C'est ainsi que l'optimisme de Leibnitz nous paraît, et par la netteté des principes, et par la richesse et la variété des vues, bien supérieur à celui de Malebranche. Mais la même erreur fondamentale s'y retrouve : Dieu assujetti à produire le meilleur n'a plus la vraie liberté.
tique. (II. Foucber de CareiJ, Nauveiles kUra el opuscules inédUs de LnbnUz, 1857.)
166 DEinUÈHK FÀRTIB. — CHAPITRB I.
Ainsi, grâce aux remarques de Leibnitz sur les sentimeats de Malebrancbe, grâce aussi à la comparaison générale des deux philosophies, nous avons pu faire avec Leibnitz une critique à peu près complète des principales théories de notre auteur. Après ce nouveau contrôle et cette nouvelle épreuve, que devons-nous conclure ?
Sur la question de Tessence des corps, Leibnitz a raison de soutenir contre Malebranche que retendue est un attribut de la matière, mais ne la con&titue pas toute seule. Seulement il explique mal, par esprit de système, la connaissance des objets matériels : là, c'est Arnauld qui est dans le vrai.
Pour les vérités étemelles, leur nature, leur origine, et la manière de les connaître, Leibnitz dit tout ce qu'il faut dire ; il est admirable de mesure et de précision en même temps que de profondeur.
Il ruine les causes occasionnelles en concevant les substances comme des forces actives ; puis il rétablit ces mêmes causes occasionnelles, ou quelque chose d'approchant, dans son système de Tharmonie préétablie, parce qu'il ôte aux substances Tactivité externe.
Comme Malebranche, il affirme et se platt à montrer la sagesse de Dieu dans le monde : mieux que Malebranche, il essaie de faire la part de la liberté dans le plan divin et de sauvegarder la bonté ; il approfondit davantage les principes où il appuie