LES DISCIPLES DE MÀLBBBAKCHB
Ainsi, ce jésuite malebranchiste, persécuté pour son attachement aux doctrines de Malebranche, a conçu lé dessein de les introduire dans renseignement philosophique, et, pendant plusieurs années, il a travaillé à Taccom plissement de ce dessein. Le inalebranchisme, érudil et mêlé à la science théologique avec Thomassin, disputeur avec François Lami, associé au jansénisme avec Boursier, con* serve dans le P. André son caractère philosophique mais très-religieux, demeure doux et paisible, quoique sans cesse attaqué, se garde de toute atteinte janséniste, se réconcilie avec le sens commun en ce qui concerne les causes secondes, reste attaché à la doctrine des vérités éternelles subsistant en Dieu, et essaie de pénétrer dans les écoles, pour y remplacer le péripatétisme décrépit et mourant. Enfin, grftce à ce même P. André, c'est encore la philosophie de Halebranche qui, la première en France, fait la métaphysique du beau. Nous lisons dans les Méditations chrétiennes : c Pourquoi penses-tu que tous les hommes aiment naturellement la beauté? C*estque toute beauté, du moins celle qui est Tobjet de Tesprit, est visiblement une imitation de l'ordre... L'ordre et la vérité se rencontrent même dans les beautés sensibles, quoiqu'il soit extrêmement difficile de Ty découvrir; car ces sortes de beautés ne sont que des proportions, c'està^ire des vérités ordonnées ou des rapports justes
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et r^lés. » Il y a en germe dans ces quelques lignes une théorie du beau. André a développé ce germe. Déjà vieux; devenu professeur de mathématiques, à Gaen, ne se livrant plus qu'avec réserve à la philosophie, il a composé [cet Essai sur le] Beau qui est le premier ouvrage français d*esthétique.
Après cette revue rapide des principaux maiebranchistes, contemporains du maître, je puis conclure :
1* Que ce qui fait le prestige et la force de la philosophie de Malebranche, c'est son caractère religieux, sa foi dans les vérités éternelles, et le vif sentiment de l'action de Dieu dans les créatures.
2* Que tous les malebranchistes proclament l'inefficace des causes secondes, à l'exception d'André, et que plusieurs suppriment même les* tempéraments que Malebranche apportait à sa théorie.
3* Que l'exagération de ce principe donne au malebranchisme un air de parenté, d'abord avec le spinozisme, et ensuite avec le jansénisme, bien que tous les malebranchistes aient horreur de Spinoza et que plusieurs le réfutent, et que, d'un autre côté, le système de la grâce de Malebranche soit contraire en plusieurs points à la théologie janséniste.
4* Que ce système de la grâce avec l'optimisme
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est sans doute ce que les disciples cle Malebranche goûtaient le moins dans sa philosophie, puisque fort peu le soutiennent, plusieurs n*en disent rien, et quelques-uns le combattent.
5* Enfin, qu'André, qui ne dit rien de l'étendue intelligible, qui rejette les causes occasionnelles et qui croit à Tefficace des créatures, qui ne retient de la doctrine de Malebranche que la partie la plus belle et la plus assurée, qui enfin la réconcilie avec rimaginalion devenue chrétienne en y cherchant les principes d'une théorie du beau, André, dis-je, est sans contredit le plus remarquable disciple de Malebranche. Né en 1675, en relation avec Malebranche de 1706 à 1715, persécuté pour ses opinions philosophiques jusqu'en 1726, il ne publie son Essai sur le Beau qu'en 1741 (l'édition complète est de 1763), et meurt en 1764. Sa vie militante appartient bien à la première période où nous l'avons rangé, mais il a assisté en grande partie à la seconde, dont il nous reste à parler.