‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 71 sur 117 · LB8 DISCIPLES DE MALEBRANGHE · texte numérisé non relu

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croirais pourtant que vous pourriez exposer le plus clairement que vous pourriez les sentiments du corps avec leurs preuves, avertissant vos disciples de ne se rendre qu'à ce qui est évident, sans rien affirmer trop positivement. Ce n'est pas tromper les jeunes gens que de leur exposer les opinions des autres quoique fausses, c'est au contraire les inciter à faire usage de leur esprit pour reconnaître les plus vraies. Vous pourriez réfuter les endroits où Descartes s'est trompé, et, pour contenter mes censeurs, ceux où je me suis trompé moi-même, car je ne suis pas infaillible '. »

Il me semble que cette parfaite simplicité et cet entier désintéressement font beaucoup d'honneur à Malebranche. Il n'y entre aucun calcul, on le sent bien ; il ne se propose que de venir en aide à son ami.

Mais André n'avait pas seulement en vue de mettre sa conduite à l'abri des reproches de sa conscience et des censures de ses supérieurs. Dans cette même lettre que nous citions tout à l'heure, il dit à Malebranche : « N'auriez-vous point quelque chose sur le logique, sur l'ordre des questions, et principalement sur le syllogisme qui, dans la méthode ordinaire, me paraît bien embarrassant et bien difficile pour des enfants qui commencent?

i. Lettre d'André, 8 août 1709; réponse de Ifalebranche» 24 août. (Cousin, p. 450-452.)

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Quel tour jr pourruUron donner pour le rendre un peu plus à leur poftée et pour leur rendre agréable rentrée de la philosophie, dont les avenues épineuses ne manquent presque jamais de les rebuter? » Et, au nom du maître intérieur, il conjure Maie* branche de lui envoyer Tinstruction qu'il demandé, c Je n'ai rien à vous dire sur la logique, répond Blalebranche. Je n*en connais de bonne que la naiure/& jointe aux règles que j'ai données dans le livre de la Recherche de la vérité. Je n'ai jamais fait usage de ce qu'on m'a enseigné des syllogismes. Un peu de bon sens et d'attention découvre quand un argument ne vaut rien. » Puis, André, lui ayant demandé quels ouvrages il pouvait consulter : c Je ne sais pas trop quels sont les livres qui vous seraient utiles, » répond Malebranche, peu ami des livres, nous le savons. Il indique cependant Pourchot, renommé pour ses Institutiones philosophiœ^ et un certain du Hamel, auteur d'une Philosophia vêtus ac nwa^ ad usum scholarum accommodant. En 1715, André, écrivant à l'abbé de Marbeuf, se montre plus que jamais préoccupé des inconvénients de la méthode d'enseigner admise dans les collèges, et des moyens d'y remédier. Ce sont des maximes païennes que l'on apprend aux enfants. Dans la philosophie qu'on leur enseigne, il n'y a ni ordre^ ni sidie^ ni ombre de bon sens, c Le premier pas que doit faire un enfant au sortir du collège,

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pour devenir honnête homme, c*est d'oublier tout €equ*on y apprend. Peut-être que, s'il y avait un bon cours de philosophie, où nos vérités les plus évidentes fussent traitées une à une, avec les objections et les réponses à la manière des scolastiques, on verrait enfin cesser le désordre de leur pédanterie ; du moins il est certain qu'un pareil ouvrage la pourrait faire voir dans tout son jour et pourrait encore servir d'introduction à la lecture des bons livres, ce qui ne serait pas un petit avantage. 1 Et André entreprend c un cours de philo- Sophie chrétienne^ solide et suivie, dont toutes les vérités soient liées ensemble par un enchaînement visible, depuis la première vérité connue à tout le monde jusqu'à la dernière découverte de nos plus savants auteurs. » Pour ne pas effaroucher la nation des scolastiques, il se propose de c garder de leur philosophie toutes les questions qui pourraient être de quelque utilité par quelque tour d'esprit qu'on leur pourrait donner, ou encore mieux, en éi^aluant leurs grands termes qui, assez souvent, ne font que dire scientifiquement ce que tout le monde sait. » C'est la prépai^tion à la piété chrétienne qu'il a en vue dans ce cours de philosophie. II croit donc bon de commencer c par une logique nette, précise, et même, autant qu'il se peut, agréable. » Il veut que cette logique soit c un recueil exact des règles du bon sens, » et qu'on y entre-

lOS DBinuim PÀtTis. — chapitre n.

mâle des questions choisies et faciles pour exercer les esprits naissants, et pour leur apprendre ainsi à en faire la juste application. » 11 croit bon encore c d'y répandre quantité de réflexions qui serviraient à rendre le sens des enfants droit, Tesprit juste et pénétrant, et même à leur donner le bon goût de toutes les choses qui sont du ressort du jugement. > Il conçoit une morale faite à peu près sur le même plan, qui soit c une logique du cœur. » Après cette double préparation, il juge convenable c d'entrer à pleines voiles dans la métaphysique, qui est une science générale qui donne les principes de toutes les autres. » 11 veut qu'on y établisse d'abord c les vérités primitives et fondamentales qui sont les sources infaillibles de la connaissance humaine. > Puis il veut qu'on c traite à fond » de Dieu et des attributs divins : alors le moment est venu d'étudier l'âme et d'en faire connaître la nature. Une physique ou exposition du système général de la nature doit achever ce cours de philosophie. » Or, à quelle philosophie André se proposet-il d'emprunter les principes de cet enseignement ? A Malebranche. a Jamais, dit-il, noire philosophie ne sera universellement regardée comme la philosophie du bon sens, qu'elle ne soit reçue dans les collèges ^ »

1. Lettre à Tabbé de Mtii>euf, % septembre 1715. Voyez encore lettres àlf.Larcbevéque, 15 féniereDS tYril 1715. <OoiisiB, p. 181.)

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