‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 10 sur 98 · Des vraies et des fausses idées , ch. xxvii · texte numérisé non relu

Des vraies et des fausses idées , ch. xxvii

2. Arnauld avoue lui-même « qu'il n'a pas assez do lumières pour pouvoir- déterminer quelles sont les perceptions que nous tenons nécessairement de Dieu, et quelles sont celles que notre âme peut se donner à elle-même. » 11 n*en veut dire qu'un mot, « proposant seulement ce qui lui paraît le plus vraisemblable, sans rien déterminer absolument. » Ch. xxvn, 4.

nons de Dieu celles que nous faisons, les idées abstraites, par exemple, résultat d'une opération plus ou moins compliquée de notre esprit. Mais, s'il en est ainsi, pourquoi ce langage? Pourquoi remonter directement à Dieu pour expliquer les données des sens aussi bien que l'idée de l'infini et les premiers principes? Pourquoi mêler des choses qui se ressemblent si peu et compromettre cette connaissance des corps que tout à l'heure on avait si bien expliquée, quand on combattait les êtres représentatifs? Pourquoi laisser croire que Dieu la produit directement en nous, et détruire par là ce qu'on vient d'établir? Examinées de près,. ces théories d'Arnauld n'offrent donc point de consistance. Et ce qui rend sa pensée incertaine, c'est qu'il sent bien d'une part que la connaissance humaine ne peut pas s'expliquer sans une certaine présence de Dieu dans l'esprit^ d'autre part que la connaissance suppose dans le sujet connaissant une certaine activité; et sentant ces deux choses qui sont trèsvraies, il ne se décide à affirmer entièrement ni Tune ni l'autre. Il nous dira, par exemple, que la pensée de l'être universel qui enferme toute l'idée de l'être peut être prise avec la pensée que Tâme a de soi-même comme l'essence même de l'âme, comme son fond qui ne change pas, comme quelque chose qui est en elle parce que sa nature est de penser. Mais il s'empresse d'avertir que c'est là un

doute qu'il propose, et il se garde bien d'approfondir cette vue si remarquable*. Quand il parle de nouveau de cette idée de l'être infini, il ne veut pas, nous l'avons vu, qu'on dise que nous l'avons parce que nous sommes intimement unis à Dieu, il veut qu'on dise que nous la tenons de Dieu, et il se contente de cette expression indécise et vague. D'un autre côté, quand il s'agit de l'ac-

tivité de l'âme dans la pensée, ce sont les mêmes réserves prudentes, c'est la même timidité : il montre très-bien que Malebranche s'abuse en prétendant qu'on ne peut donner à l'âme la puissance de se modifier sans lui attribuer le pouvoir créateur; il fait justice de ces craintes chimériques, mais il n'ose pas lui-même affirmer cette activité de l'âme, et en donnant d'excellentes raisons contre les causes occasionnelles, il ne les combat que mollement^. Néanmoins c'est un assez cu-

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