‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 9 sur 98 · Réponses à Arnauld j t. IV, p · texte numérisé non relu

Réponses à Arnauld j t. IV, p

notre esprit une réalité qui les fonde. 11 réussit sans peine à établir qu'elles ne sont pas des êtres substantiels; mais il ne saisit pas bien le rapport qu'elles ont avec Dieu ; il ne comprend pas qu'elles sont étemelles en Dieu, qui les pense éternellement. Ainsi, il tend sans le vouloir à diviniser l'esprit de l'homme quand il conserve leurs caractères vrais à ces essences où il ne voit cependant que de pures conceptions humaines ; ou ce sont les vérités éternelles elles-mêmes qu'il renverse, quand il leur conteste ces caractères de nécessité et d'éternité qui leur sont propres. Je sais bien que, dans le cours de la dispute, il cite de très-beaux passages de saint Augustin et de saint Thomas, qui établissent que les idées des choses ou les essences sont contenues dans l'intelligence souveraine du Créateur*. Mais il semble ne citer ces textes que pour reprocher h Malebranche des contradictions ; et quand il s'agit de classer nos différentes sortes de connaissances et d'en indiquer l'origine objective, ces textes dont il

faudrait alors tirer parti sont complètement négli-

1. Des vraies et des fausses idéesy notamment ch. xiii et xiv. Voir, au contraire^ l'usage que Malebranche fait, dans la Réponse (notamment ch. VII, IX et xxi), d'une suite de beaux textes de saint Augustin éloquemment commentés : voilà « raulorité qui, principalement, lui a donné l'envie de pousser la nouvelle philosophie des idées (ch. ix, 1 5) ; » c'est « saint Augustin qui l'a trompé; que M. Amauld s'en prenne à lui (t&td.); » oui, « nous convenons^ saint Augustin et moi, que Ton voit en Dieu les vérités éternelles (ch. xxi, 9). » Malebranche triomphe; et quoiqu'il prête à tort ses propres exagérations à saint Augustin, le fond de sa pensée est ici vraiment solide : dans ces chapitres la victoire lui reste.

gés et oubliés*. Quel pauvre classement que celui qu'essaie Arnauld et comrne rorigine des idées ou connaissances de l'esprit humain est mal indiquée '! Il veut que nous tenions de Dieu (ce sont ses expressions) l'idée de l'infini, et aussi les idées des sons, des couleurs, les perceptions de la faim et de la soif, et puis les perceptions des objets fort simples et des plus simples rapports qui nous font apercevoir si facilement la vérité des premiers principes. Que veut-il dire par ces mots : Nous tenons de Dieu ? Il ne l'explique pas nettement. Malebranche dit : « L'esprit a une idée très-distincte de Dieu, qu'il ne peut avoir que par l'union qu'il a avec lui. » Arnauld, qui cite ce passage en l'approuvant, a bien soin d'introduire entre parenthèses ces mots : cest-a-^ dire quil ne peut tenir que de Dieu^ comme je Ven-^ tends. Mais comment l'ehtend-il? Veut-il dire seulement que dans la connaissance humaine il y a des données, et puis un travail de l'esprit qui opère sur ces données? Les idées que nous tenons directement de Dieu, sont-ce ces données premières soit des sens, soit de la conscience, soit de la raison? C'est probable : et alors s'opposent à ces idées que nous te-

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