Ed. Erdmann, p
à Locke qui, par impuissance de dépasser les données sensibles, nie les vérités éternelles et la connaissance de l'âme; à Malebranche, qui, par esprit de système, veut que toute connaissance soit directement puisée en Dieu et nie que nous ayons de l'âme aucune idée.
En résumé, de l'examen qu'Ârnauld et Locke font de la doctrine de Malebranche, il ressort :
l"" Que les idées ne sont rien en dehors de l'esprit qui connaît ;
T Que l'hypothèse de la vision en Dieu est inacceptable: Arnauld et Locke s'accordent sur cesdeut points ;
3° Que ce n'est pas l'expérience qui est le vrai fondement de la connaissance humaine, comme Arnauld incline à le croire et comme l'affirme Locke, mais que ce sont les vérités éternelles, mal connues par Arnauld, altérées et niées par Locke, fermement maintenues par Malebranche;
4"* Que l'âme se connaît elle-même, non pas d'une manière adéquate, mais d'une manière claire et suffisante, quoi qu'en disent, pour des raisons dififérentes et presque opposées, Malebranche et Locke, et ainsi qu'Arnauld le montre très-bien;
5* Qu'Ârnauld a entrevu la vérité quand il dit que la pensée de l'être infini et la pensée de l'âme sont au fond de toute connaissance : mais il n'a
pas su profiter de. cette vue si vraie ; Malebranche a négligé dans l'explication de la connaissance rânie même et ce qu'elle fait: mais il a compris ce que Dieu donne et opère : il s'est perdu par l'exagération de cette vérité ; Locke n'a rien saisi ni du rôle de l'âme ni de celui de Dieu : il s'est arrêté dans le sensible ;
6'' Enfin, qu'entre la théorie de la vision en Dieu et celle de l'inefficace des causes secondes, il y a un lien sans cesse démontré par Malebranche, parfois aperçu par Arnauld, et que pour réfut er complètement l'hypothèse de Malebranche, il faut restituer l'activité aux corps et aux esprits.
Arnauld encore, et la critique de la théorie de la Providence .
' Considérons maintenant les attaques qui ont été dirigées contre la théorie de la Providence : Arnauld, nous le savons, est encore ici au premier rang*.
Ce qu'Arnauld reproche avant tout à Malebranche, c'est son audace. M. Descartes ne craignait pas d'avouer qu'il trouvait difficile d'accorder la Pro- , vidence et la liberté : aux yeux du P. Malebranche,
1. Ré flewions philosophiques et ihéologiques sur le nouveau système delà nature et delagrdce^ repartie, 1685; Uo et 111© pan., 16SG.
cette sagesse si louable n'est que de la timidité ^ Saint Augustin et tous les Pères ont déclaré avec saint Paul que les jugements de Dieu sont impénétrables : le P. Malebranche a un système qui éclaircit et explique tout ^. Plein de confiance dans ses méditations philosophiques^, persuadé que la Sagesse éternelle l'éclairé et lui répond, il débite «ses nouvelles pensées* » avec assurance; et quand on devrait, selon la règle excellente de saint Augustin^ proposer les choses extraordinaires plutôt comme des questions à examiner que d'un style affirmatif
et d'un air de maître, lui, dans sa témérité, les attribue à Dieu même, puisqu'il ose faire parler Dieu : en sorte que ses lecteurs éblouis sont exposés à prendre ses opinions hasardées pour les oracles de la vérité éternelle \ Il croit donc savoir ce que Dieu a dû faire, ce que Dieu a fait ; il décide sans hésiter de ce qui est le plus digne de Tin faillible sagesse^; il parle des desseins, des voies, des démarches du